Gastronomie & Entretien : Apprendre la cuisine khmère et asiatique avec Diana Chao

« Le but de ces vidéos est de recréer un instant de transmission d’une Mama à ses enfants. »

La plateforme Youtube fourmille de jeunes créateurs et de créatrices qui proposent des contenus vidéo de toute sorte. Diana est l’une d’entre elles. Sa chaîne Youtube Chez Mama Ly comptabilise 5393 abonnés et totalise plus 429 839 vues. Son but ? Démystifier la cuisine khmère et asiatique en la rendant accessible à tous.

Diana, créatrice de la Chaine Youtube : Chez Mama Ly


CM : Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Diana, j’ai 30 ans et je suis né en France, mes parents sont d’origines sino-khmères. Ma mère est née à Phnom Penh, mon père à Battambang. Ils sont arrivés en France dans les années 1980. Pour commencer je dirai que je ne suis pas Mama Ly, le nom de ma chaîne Youtube est un hommage à ma mère.

CM : Pourquoi ce projet ?

Durant toute mon enfance j’ai été baignée dans tout cet univers culinaire avec beaucoup d’odeurs et d’épices. Mes parents ont été restaurateurs dans le 15ème arrondissement de Paris pendant une quinzaine d’années, mais ils ont fini par changer de métier. Mais, j’avais également d’autres membres de ma famille qui étaient restaurateurs. Ma mère cuisinait beaucoup de plats de l’Asie du Sud-Est.

Sa cuisine était multiculturelle, elle préparait aussi bien des plats cambodgiens que vietnamiens, chinois ou thaïs. Le Cambodge a toujours été un pays influencé par ses voisins à cause des migrations mais également à cause des guerres. Du coup cette influence s’est traduite dans la cuisine de ma mère. Cependant, au fur et à mesure, avec la double culture française et sino-khmère, notre héritage linguistique mais également culinaire risque de se perdre. Je voulais donc absolument écrire un livre pour ne pas perdre cet héritage car je trouvais ça dommage de ne pas pouvoir cuisiner comme ma mère.

Malheureusement j’ai perdu ma maman, il y a cinq ans. Le savoir en Asie se transmet oralement. Après son décès il fallait absolument que je fasse quelque chose. Avec le temps, la mémoire allait me faire défaut. J’ai donc voulu écrire ce livre, un projet resté inachevé pour le moment. Mais il m’a amené à vouloir partager les recettes de ma mère avec la société française et francophone.

CM : Les restaurants asiatiques en France ressemblent souvent à des selfs, ou chacun se sert, ça rend les échanges difficiles …

Oui, je pense que ce n’était pas dans les façons de faire à l’époque. J’ai remarqué qu’en France, on manque beaucoup de pédagogie. Par exemple, lorsque que l’on dit : « je vais manger chinois », les Français s’imaginent manger des nems alors qu’il s’agit d’un plat vietnamien. Je pense que, lorsque nos parents asiatiques sont arrivés en France, ils n’ont pas eu la volonté d’expliquer d’où venaient les plats qu’ils préparaient. Cependant, la deuxième génération, née en France a cette envie de faire découvrir notre culture. Le but de ces vidéos est de recréer un instant de transmission d’une Mama à ses enfants. Je veux montrer que la cuisine asiatique n’est pas difficile. J’essaye également de remettre les plats dans leur contexte national.

CM : Vous proposez également des ateliers, est-ce une façon de rencontrer vos abonnés ? Est-ce que vous êtes restauratrice vous-même ?

Pas du tout, j’ai fais une école de commerce avec un master Marketing. J’ai notamment été responsable marketing dans une entreprise française. Mais j'ai quitté mon travail pour me lancer dans cette activité à plein temps. J’ai donc créé cette chaîne Youtube sans être moi-même restauratrice. J’ai proposé ces ateliers pour des événements de type anniversaire, pour des entreprises et, plus récemment, j’ai été invitée à la Foire de Paris. J’ai pu y faire un atelier en direct, avec des dizaines de personnes autour de moi pendant trois jours.

La vidéaste lors d’un atelier de cuisine


CM : Quand on regarde vos vidéos, on réalise qu’il s’agit d’une cuisine d’une grande simplicité, pourquoi à votre avis ne cuisine-t-on pas asiatique chez nous ?

Oui, tout à fait, j'avais pour objectif de présenter la cuisine asiatique sous un jour plus abordable. Les Français ne connaissent pas tous les ingrédients. Cela peut être un obstacle pour certains. Pour cuisiner asiatique, il faut peut-être trois ou quatre ingrédient de base comme en France, rien de compliqué donc. Quelques plats peuvent prendre plus de temps bien sûr, mais cuisiner une blanquette de veau aussi prend plus de temps. Il faut donc démystifier cette image de la cuisine asiatique. Ce que je présente dans mes vidéos, ce sont des plats que je cuisine au quotidien, y compris quand je n’ai pas beaucoup de temps. Il y a bien certaines astuces, des techniques de découpes méconnues qui sont à apprendre, il faut seulement un peu de pédagogie.

CM : Pourquoi avoir choisi la plateforme Youtube pour diffuser votre savoir faire ?

J’adore regarder des gens cuisiner sur Youtube, j’ai été abonné à plusieurs chaînes. J’ai remarqué qu’il existait peu de chaînes traitant du sujet, et que les personnes qui tournaient ces vidéos n’expliquaient pas très bien la façon dont il fallait procéder pour la cuisine asiatique. Il manquait certaines explications, ce que je pouvais donner grâce à ma culture.

Apprendre la cuisine khmère et asiatique avec Diana Chao


CM : Contrairement à beaucoup de vidéastes qui ont pour sujet la cuisine ou la gastronomie, vous restez assez discrète sur votre vie privée, on ne vous voit pas faire de vlog par exemple. Est-ce une volonté de votre part ?

Pas vraiment, je manquais seulement de temps lorsque j’étais salariée. Travailler en entreprise et produire des vidéos en même temps, c’est difficile. Je tournais le weekend et je montais durant la semaine après le boulot. Au delà des vidéos de recettes, j’aimerais faire des vidéos d’astuces, de techniques, et également des vlogs comme je l’ai fait en Malaisie pour présenter des spécialités du pays. Ce genre de vidéo est en cours de projet, et j’aimerais également montrer un peu plus qui je suis et pourquoi je fais ça.

CM : Pouvez-vous nous parler des liens que vous entretenez avec vos origines cambodgiennes, avez-vous eu l’occasion de retourner au Cambodge ?

Je suis allée au Cambodge seulement une fois avec mes parents, je pense que c’est douloureux pour eux d’y retourner. Je vis dans le 13ème arrondissement, qui ressemble un peu à Chinatown, donc je ne suis pas trop dépaysé (rires). Le lien que j’entretiens avec le Cambodge est celui avec l’association Les Jeunes Teochew de France, composée majoritairement de personnes de mon âge, et qui essayent de remettre les cultures asiatiques à leur juste place. Mes amis franco-khmers me permettent également de garder un contact avec ma culture d’origine.

Propos recueilli par Hugo Bolorinos

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