Conflit frontalier & Témoignage : « Perdre mon mari, c'est la plus grande blessure de ma vie »
- La Rédaction

- 20 juil.
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« Perdre mon mari est la plus grande blessure de ma vie. Il n'était pas seulement un bon époux, mais aussi le chef de famille et un pilier solide pour nos enfants. » À 49 ans, Mme Oum Saroeuy vit toujours dans le village de Koul, commune de Popel, district de Soutr Nikom, province de Siem Reap. Elle est l'épouse du lieutenant-colonel Uong Vibol, soldat héroïque tombé sur le champ de bataille du temple de Ta Krabey le 9 décembre 2025. Elle nous a confié le récit de leur histoire.

Un fils de Takeo devenu soldat
Mon mari, le lieutenant-colonel Uong Vibol, avait 55 ans. Il était né au village d'Andong Samrith, commune de Thlea Prachum, district de Koh Andet, dans la province de Takeo. Son père, Khiev Uong, et sa mère, Nhou Lang, sont aujourd'hui tous deux décédés. Benjamin d'une fratrie de sept enfants — cinq sœurs et deux frères — il avait été scolarisé dans son village natal jusqu'en classe de quatrième.
Uong Vibol s'engage dans l'armée de la République populaire du Kampuchéa en 1985. Après sa formation en stratégie militaire, ses supérieurs l'affectent pendant deux ans dans le district de Koh Andet, sa province d'origine. Puis les commandements militaires l'envoient en mission au village de Koul, commune de Popel, district de Soutr Nikom, dans la province de Siem Reap. C'est précisément le village où je vis — et c'est là que nous nous sommes rencontrés.
Une histoire d'amour née il y a plus de trente ans
Notre histoire commence il y a plus de trente ans, lorsque Uong Vibol est envoyé en poste à Koul. Nous n'étions d'abord que de simples connaissances, mais jour après jour, nous avons appris à nous connaître, jusqu'à ce qu'un amour sincère naisse entre nous.
Nous avons ensuite informé nos familles respectives de notre relation. Voyant la sincérité de notre amour, les anciens ont donné leur bénédiction, et nous avons célébré un mariage traditionnel khmer en 1995. Depuis, nous vivons chez ma famille, au village de Koul.
En plus de trente ans de mariage, nous avons construit une famille heureuse et eu quatre enfants — trois fils et une fille : Vibol Vichet, 30 ans, marié ; Vibol Socheat, 27 ans, célibataire ; Vibol Veasna, 25 ans, célibataire ; et Vibol Vichara, 22 ans, mariée.
Mon mari était un homme doux, poli et humble, qui ne se vantait jamais. Bon cœur, aimant profondément sa femme et ses enfants, il participait volontiers aux cérémonies religieuses et respectait sincèrement les familles des deux côtés. En tant que chef de famille, il travaillait sans relâche pour subvenir à nos besoins et assurer un avenir meilleur à nos enfants.
De Siem Reap au front de Ta Krabey
Vers 2010, mon mari est muté par ses supérieurs à la 5e brigade d'intervention de la 2e division d'intervention, en poste dans le district de Banteay Ampil, province d'Oddar Meanchey. Après des années de dévouement physique et mental au service de la patrie, il est nommé chef d'état-major adjoint de la 5e brigade d'intervention, avec le grade de lieutenant-colonel.
Lors du premier affrontement armé entre le Cambodge et la Thaïlande, le 24 juillet 2025, mon mari est envoyé par le commandement de la brigade en première ligne, sur le champ de bataille du temple de Ta Krabey. Il est chargé de commander l'unité d'armes lourdes, essentielle à la défense des positions de la 5e brigade. Malgré la tension extrême de la situation, il trouvait toujours un moment pour m'appeler et me rassurer sur son état. À chaque conversation, il me disait : « Ne t'inquiète pas, chérie. Je vais bien ici. J'accomplis mon devoir et je reste prudent. » Ces mots me donnaient la force de croire qu'il reviendrait sain et sauf auprès des nôtres.
Après la fin de ce premier conflit, le 29 juillet 2025, mon mari est revenu deux fois à la maison : une première fois pour la fête de Pchum Ben, entre le 14 et le 16 septembre 2025, puis une seconde fois, entre le 21 et le 23 novembre 2025, pour se faire prendre en photo en vue du renouvellement de sa carte d'identité nationale.
Le jour qui a tout changé
Lorsque le second affrontement armé entre le Cambodge et la Thaïlande éclate, à 6h50 le 8 décembre 2025, mon mari me contacte pour me dire que les combats font rage à sa position. Il me demande de ne pas chercher à le joindre, la situation étant trop dangereuse, et me promet de me rappeler lui-même dès que les choses se calmeraient.
Après cet appel, l'inquiétude m'a submergée. Je ne pensais plus qu'à sa sécurité, sachant qu'il accomplissait sa mission en zone de combat, à la tête d'une unité d'armes lourdes.
Le lendemain matin, le 9 décembre 2025, j'ai reçu la nouvelle la plus dévastatrice de ma vie. Le commandement de la 5e brigade d'intervention m'a informée que mon mari avait sacrifié sa vie en mission de défense nationale. Un avion de chasse F-16 ennemi avait largué deux bombes sur sa position, au champ de bataille du temple de Ta Krabey, causant sa mort ainsi que celle de sept de ses frères d'armes. En apprenant cette nouvelle, j'ai failli perdre connaissance ; je ne pouvais accepter une réalité aussi douloureuse. Sans la présence de mes enfants à mes côtés pour me réconforter et m'encourager, je ne sais pas comment j'aurais pu survivre à une telle épreuve.
Retrouver les siens
En raison des destructions considérables sur le champ de bataille de Ta Krabey, la recherche et la récupération de la dépouille de mon mari se sont révélées extrêmement difficiles. Dans un premier temps, notre famille n'a pas pu récupérer son corps pour organiser des funérailles traditionnelles khmères. Une première cérémonie funéraire s'est donc tenue le 19 décembre 2025, sans sa dépouille.
Le 15 février 2026, la Première dame, la Dr Pich Chanmony, accompagnée de responsables du gouvernement cambodgien, de l'administration provinciale de Siem Reap et de généreux philanthropes, nous a rendu visite pour prendre de nos nouvelles et nous témoigner ses plus sincères condoléances. Plus tard, deux de mes fils se sont rendus sur le site où leur père était tombé. Ils y ont retrouvé des fragments d'os et des morceaux de vêtements qu'ils ont reconnus comme appartenant à leur père, et les ont rapportés à la maison.
Après le retour de ces reliques, notre famille a organisé une seconde cérémonie funéraire le 3 mars 2026, pour dédier, une dernière fois, des mérites à l'âme de mon mari.
« Préserver son honneur comme un héritage précieux »
Perdre mon mari est la plus grande blessure de ma vie. Il n'était pas seulement un bon époux, mais aussi le chef de famille et un pilier solide pour nos enfants.
Je tiens enfin à exprimer ma plus profonde gratitude aux dirigeants, aux autorités de tous niveaux et à tous les philanthropes qui ont porté attention et soutenu ma famille durant cette période difficile. Je lance également un appel respectueux aux dirigeants et aux institutions concernées afin qu'ils continuent de soutenir les familles des soldats héroïques ayant sacrifié leur vie pour la patrie.
En perdant mon mari, j'ai perdu le pilier solide de notre famille, et nous devrons affronter de nombreux obstacles à l'avenir. Mais je m'efforcerai de vivre et de guider ma famille, en préservant l'honneur et les accomplissements de mon mari comme un héritage précieux. Je souhaite que les générations futures se souviennent que mon mari fut un homme qui a bravement sacrifié sa vie pour servir sa patrie et protéger son peuple.







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