Chronique : Mes chers parents, les symboles cachés du mariage (2)

Pas une cérémonie ne se célèbre sans la présence de bonzes. Le mariage ne fait pas exception à la règle. Une poignée est invitée afin de bénir les nouveaux époux de leurs prières, mais également en les aspergeant d’eau bénite abondement parfumée.

les symboles cachés du mariage


Le parfum et la perfection

D’une manière générale ces rituels ont pour but de souhaiter le bonheur et la longévité au couple. Le parfum qui est mélangé à l’eau tire son origine de l’hindouisme dont les rites sont très présents dans le mariage khmer. En Inde, « parfums » est le nom des Gandharva, les êtres célestes en relation avec la force vitale, celle de la procréation. De plus, si le parfum joue un rôle de purification, il est également la manifestation d’une certaine perfection spirituelle.

L’eau parfumée ainsi utilisée pour bénir les époux contient des pétales de fleurs, un des nombreux symboles de l’amour. En Asie, la fleur de lotus habituellement utilisée lors des mariages représente, entre autres, l’épanouissement, la pureté et l’harmonie conjugale (car deux fleurs sont capables de pousser sur une même tige). L’usage des fleurs revient plusieurs fois au cours de la cérémonie, notamment à la fin, au moment où le couple se dirige au son du gong vers la chambre nuptiale. Les amis et la famille se réunissent pour jeter au passage des jeunes gens des graines provenant des fleurs d’aréquier, symbole de l’amour conjugal.

La fille du roi des Nagas

Sur ce court trajet l’épouse guide le jeune homme. Celui-ci tient le bout de l’écharpe qu’elle porte en souvenir d’une ancienne légende mettant en scène Preah Thong, un jeune prince indien amoureux de Neang Neak, la fille du roi des Nagas. C’est de cette manière que le jeune homme suivit sa dulcinée dans le royaume souterrain du monarque afin de lui demander la main de sa fille. Ce dernier posa une condition à son accord : que le prétendant combatte avec le meilleur de ses guerriers. Et Preah Thong sortit vainqueur du corps à corps. Le roi des Nagas aspira alors l’eau d’une mer qui donna place à un royaume nommé Kampuchea (le royaume né des eaux) qu’il offrit ainsi au couple en cadeau de mariage.

L’oreiller et les fils de coton

Durant la cérémonie, assis côté à côte sur une natte, les mains des futurs époux sont placées sur un oreiller (doré de préférence). Ils écoutent longuement les vœux et conseils de l’achâr (le maître des cérémonies), des Chao Moha et Lok Méba, les « faux » parents, ainsi que ceux prodigués par les véritables parents et quelques invités. Puis, des fils de coton sont enroulés autour de leurs poignets, matérialisant ainsi le lien spirituel qui les unit désormais. En Thaïlande, un fil part de la tête des jeunes mariés pour rejoindre leurs poignets. À cet instant les deux vies se rejoignent et le couple ne fait plus qu’un pour partager le meilleur et le pire.

Soumission ? En apparence seulement

De tous ces rituels qui parsèment le mariage khmer, il en est deux qui choquent particulièrement l’étranger qui y participe. La jeune femme s’agenouille devant son futur époux qui, lui, reste debout ou s’assied sur une chaise. Plusieurs variantes sont possibles : la fille lave alors les pieds de l’homme dans une bassine, ou bien elle lui cire les chaussures ou, plus simplement encore, elle asperge les pieds de l’homme de quelques gouttes de parfum.

Cette action manifeste ainsi son total dévouement et le respect qu’elle porte à celui qui va partager sa vie. En échange, l’homme lui remet un billet de banque ; non en paiement de la prestation ainsi effectuée comme se l’imagine l’étranger, mais pour lui signifier qu’elle gérera l’argent du ménage. Un clin d’œil à la tradition matriarcale en vigueur au Cambodge ! L’homme dispose du respect et son épouse du budget…

La banane sur le lit

L’autre rituel cocasse, que les étrangers peinent à comprendre la nécessité, est celui qui se déroule sur le lit nuptial en présence de tous les invités. Là, l’homme et la femme s’échangent des fruits qu’ils portent chacun délicatement à la bouche de l’autre dans une gestuelle très sensuelle. La femme glisse entre les lèvres de l’homme quelques grains de raisin tandis que ce dernier lui épluche une banane et la lui fait croquer. Etonnement, cette symbolique là n’a pas besoin d’être expliquée.

Enfin, il fut un temps pas si éloigné où la date de la « réunion des oreillers » nocturne ne coïncidait pas forcément avec la nuit de noces. Tout comme la date du mariage, elle était décidée par un kru (sorcier local) après avoir étudié le thème astral des futurs époux.

Il peut alors arriver que ce thème soit véritablement défavorable, auquel cas, même encore de nos jours, il n’est pas rare que des familles interdisent purement et simplement le mariage de leurs enfants…

A bientôt, Frédéric Amat

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