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Cambodge : une économie sous pression, entre chocs externes et fragilités bancaires

Après une résistance surprenante en 2025, le Cambodge aborde 2026 avec une croissance en net ralentissement. La flambée des prix du pétrole, la fermeture prolongée de la frontière thaïlandaise et la montée des créances douteuses dans le secteur bancaire dessinent un tableau macroéconomique plus contrasté, selon le dernier rapport de consultation annuelle du Bureau de recherche macroéconomique de l'ASEAN+3 (AMRO), publié en juillet.

Phnom Penh
Phnom Penh

Une résilience 2025 déjà datée

Le chiffre a de quoi surprendre : 5,3 % de croissance en 2025, alors que les droits de douane réciproques américains, les tensions frontalières avec la Thaïlande et les retombées réputationnelles des scandales liés aux cyberarnaques laissaient présager un ralentissement plus marqué. Le secteur du textile-habillement, porté par une demande mondiale solide et des tarifs douaniers américains relativement cléments (19 %), a tiré l'ensemble vers le haut, tandis que le tourisme et la construction restaient à la traîne.

Mais cette photographie appartient déjà au passé. Pour 2026, AMRO table sur un tassement à 4,2 %, avant un rebond à 4,9 % en 2027. En cause : un choc énergétique venu du Moyen-Orient, qui pousse les cours du pétrole vers 90-100 dollars le baril dans le scénario central de l'institution — avec un scénario dégradé à 120 dollars qui ferait chuter la croissance sous les 4 %, et un scénario favorable à 80 dollars qui la porterait à 4,5 %.

L'inflation importée, talon d'Achille de l'économie

Le Cambodge illustre une vulnérabilité structurelle bien connue des économies fortement dollarisées et dépendantes des importations de carburant : la transmission quasi instantanée des chocs pétroliers aux prix intérieurs. Les prix du carburant sont recalculés tous les dix jours sur la base du benchmark singapourien (MOPS), ce qui explique pourquoi l'inflation, contenue à 2,5 % en 2025, devrait bondir à 4,5 % cette année, avec des effets de second tour rapides sur l'alimentation et l'inflation sous-jacente.

Le royaume ne dispose pas de réserve stratégique de pétrole significative, et les stocks commerciaux privés ne couvraient qu'environ 21 jours de consommation avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. AMRO recommande explicitement de diversifier le mix énergétique — gaz naturel liquéfié, énergies renouvelables, réserves stratégiques, stockage — pour réduire cette exposition.

Un déficit courant qui se creuse, des réserves gonflées par l'or

Le solde courant, passé en déficit de 3,7 % du PIB en 2025, devrait se dégrader nettement à 8,5 % du PIB en 2026, sous l'effet de la facture pétrolière et du recul des transferts de fonds des travailleurs migrants — environ un million d'entre eux étant rentrés de Thaïlande depuis le début des tensions frontalières.

Le rapport consacre un encadré entier aux incohérences des statistiques sur le commerce de l'or. Les données miroir (issues des douanes des partenaires commerciaux) suggèrent un déficit courant réel proche de 9,8 % du PIB en 2025 — plus du double du chiffre officiel — en raison d'importations d'or largement sous-déclarées. AMRO recommande un renforcement des contrôles douaniers et des exigences de connaissance-client pour les négociants en or, en coordination avec la Thaïlande et Singapour.

Le secteur bancaire, principal foyer de vigilance

C'est sans doute le chapitre le plus sensible du rapport. Le taux de créances douteuses des institutions collectrices de dépôts a atteint 8,3 % fin 2025, contre 7,1 % un an plus tôt, avec un pic à 21,4 % dans le commerce de détail. La liquidation, en janvier et février, de deux banques — Prince Bank et Panda Bank — sur fond de sanctions américaines visant leurs actionnaires, a ébranlé la confiance de certains déposants. Un incident de retraits massifs dans un troisième établissement en mars, alimenté par des rumeurs non vérifiées sur les réseaux sociaux, a nécessité une communication rapide de la Banque nationale du Cambodge (BNC) pour restaurer la confiance.

Un test de résistance inversé mené par AMRO montre que le système bancaire dans son ensemble conserve des coussins de capital suffisants — capable d'absorber un taux de créances douteuses allant jusqu'à 24 % avant que le ratio de solvabilité ne tombe au minimum réglementaire de 15 %. Mais l'exercice révèle aussi des poches de vulnérabilité : plusieurs petites banques, aux marges de manœuvre limitées, verraient leur capital fragilisé bien plus tôt.

Face à cela, la BNC a engagé plusieurs chantiers : révision du dispositif d'assistance de liquidité d'urgence, création prévue d'institutions de gestion d'actifs pour racheter les créances douteuses, mise en place d'un cadre pour les banques d'importance systémique nationale, et préparation d'un mécanisme de garantie des dépôts — dont la mise en œuvre devra être soigneusement calibrée pour ne pas, paradoxalement, fragiliser la confiance en période déjà tendue.

Une politique budgétaire expansionniste mais temporaire

Le budget 2026 prévoit un déficit fiscal élargi à environ 4 % du PIB — qu'AMRO ramène toutefois à 2,6 % compte tenu des capacités d'exécution limitées de l'administration. Cette expansion, jugée appropriée face au choc pétrolier, repose sur des exonérations temporaires de TVA et de droits de douane sur les carburants, ainsi que sur des transferts monétaires ciblés aux ménages vulnérables via le système IDPoor. AMRO insiste sur le caractère strictement temporaire de ces mesures, dont le coût profite de façon disproportionnée aux ménages aisés.

La dette publique, elle, reste contenue à 27,6 % du PIB en 2026 — un niveau jugé à faible risque par l'analyse de soutenabilité de la dette, très en-deçà du seuil d'alerte de 70 %.

L'électricité, verrou structurel de la montée en gamme industrielle

Un des apports les plus originaux du rapport porte sur le lien entre coût de l'électricité et incapacité du Cambodge à monter dans la chaîne de valeur mondiale. Les tarifs industriels cambodgiens comptent parmi les plus élevés de l'ASEAN — environ le double de ceux pratiqués au Vietnam. Or les analyses d'AMRO montrent que les étapes de production à plus forte valeur ajoutée (tissage textile, fabrication de semi-conducteurs, emboutissage automobile) sont nettement plus intensives en électricité que le simple assemblage, où le royaume reste cantonné.

L'essor rapide des exportations de pneus, qui ont presque quadruplé entre 2023 et 2025 grâce à un approvisionnement électrique dédié dans la zone économique spéciale de Sihanoukville, illustre a contrario ce qu'une électricité fiable peut permettre. Le développement du solaire — déjà 10,2 % de l'électricité livrée en 2025 — et le renforcement des infrastructures de réseau apparaissent comme des leviers prioritaires à l'approche de la sortie du statut de pays moins avancé, prévue pour 2029.

Source : AMRO, « Annual Consultation Report – Cambodia 2026 », ASEAN+3 Macroeconomic Research Office, juillet 2026.

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anisahroy
03 août
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