Cambodge : Un cueilleur de noix de coco aveugle envisage de prendre sa retraite

À l'image du conte « A Khvak A Khven » (Un aveugle et un infirme) - dans lequel l'infirme devait s'asseoir sur les épaules de l'aveugle pour voyager dans l'espoir d'une nouvelle vie - deux frères âgés handicapés parcourent les villages de leur province pour gagner leur vie en grimpant aux cocotiers afin d'en cueillir les noix.

Pheng Chan au sommet d'un cocotier. Photographie fournie
Pheng Chan au sommet d'un cocotier. Photographie fournie

Pheng Chan, 57 ans, est guidé par son frère de 67 ans alors qu’ils marchent le long de la route pour cueillir des noix de coco dans le village de Svay Tamnak, commune de Chumnoek, province de Tbong Khmum.

Chan, torse nu, une hache à la taille, grimpe aux arbres avec une extrême agilité. Il utilise ses bras pour s’accrocher au tronc de l’arbre, tandis que ses pieds le poussent plus haut, se déplaçant à un rythme qu’un homme valide aurait du mal à assurer. Arrivé au sommet de l’arbre, il frappe sur une noix de coco pour voir si elle est mûre, puis attache une corde au fruit. D’un habile coup de hache, il libère la noix de coco et la fait descendre lentement jusqu’au sol.

Chan inspecte chaque fruit sur l’arbre, et lorsqu’il a récolté chaque spécimen mûr, il redescend au sol aussi facilement qu’il est monté. Pour chaque arbre qu’il escalade, l’aveugle espère recevoir 10 000 riels.

Des images des deux hommes âgés se tenant par l’épaule et de l’aveugle escaladant un cocotier ont récemment été diffusées sur les médias sociaux, et de nombreux spectateurs ont exprimé leur sympathie - et leur admiration pour le courage de Chan.

Le clip vidéo de près de 12 minutes a été visionné près de 2 millions de fois et a suscité plus de 10 000 commentaires sur Facebook, avec des commentaires à la fois compatissants et furieux à l’égard du caméraman.

Alors que son message a dépassé les 600 like, le caméraman Monipiseth Lim a écrit :

« Ne soyez pas en colère contre moi. Si je n’avais pas pris ces images, vous ne sauriez pas comment cet homme gagne sa vie. S’il ne grimpe pas sur le cocotier maintenant, demain il grimpera de toute façon, car c’est son gagne-pain. Arrêtez de râler, cet homme gagne sa vie de la seule façon qu’il connaisse. »

Grâce à la vidéo devenue virale, les frères ont reçu quelques dons de philanthropes — grâce à une collecte organisée par le directeur d’une chaîne de télévision. Sem Bora, directeur général de TNM Online TV, a collecté des dons auprès de philanthropes sur les médias sociaux qui souhaitent aider Chan.

Après avoir vu le clip vidéo, Bora a envoyé une équipe de la province de Tbong Khmum pour rencontrer Chan à son domicile.

« Il y a quelques jours, j’ai remis plus de mille dollars à Pheng Chan et à son frère », raconte Bora à nos partenaires du Post. Cette somme pourra améliorer la vie quotidienne des deux frères et sœurs pendant longtemps, même si elle ne les empêchera pas de renoncer à ce travail dangereux.

Pheng Chan grimpe aux cocotiers et cueille les fruits presque tous les jours dans la province de Tbong Khmum. Photographie fournie
Pheng Chan grimpe aux cocotiers et cueille les fruits presque tous les jours dans la province de Tbong Khmum. Photographie fournie

Chan a quatre frères et sœurs. Il est le deuxième enfant et l’homme âgé, handicapé mental, qui lui sert d’yeux est son frère aîné. Chan est aveugle depuis son enfance, lorsqu’il a souffert de kwashiorkor, une forme extrême de malnutrition. À cette époque, il n’avait pas la possibilité d’aller à l’école.

« J’ai eu le kwashiorkor à l’âge de six ans et je ne suis jamais allé à l’école entre 1968 et 1970 », raconte-t-il.

En raison de sa déficience visuelle, à l’époque de Pol Pot, il vivait avec ses parents et les cadres khmers rouges ne l’utilisaient pas comme les autres enfants. Il recevait même des dons, comme des vêtements.

Lorsque Chan est devenu adolescent, il a commencé sa carrière de grimpeur de palmiers, bien que sa vie se soit détériorée dans les années 1980, lorsque ses parents sont décédés.

À l’âge de 30 ans, il a épousé une Cambodgienne qui vendait les noix de coco qu’il ramassait.

« Avec mon épouse, nous travaillions pour ramasser les noix de coco et les vendre, et nous pouvions gagner 10 000 ou 20 000 riels par jour - juste assez pour survivre », se souvient-il.

Malheureusement, leur histoire d’amour a pris fin lorsque sa femme est décédée, le laissant avec leurs deux enfants :

« Elle est décédée il y a quatre ans, me laissant seul avec mes enfants. Elle était gravement malade, et nous n’avions pas d’argent pour la soigner. Nous avons une carte d’identité de pauvre, mais la vie est toujours très difficile. »

Il confie qu’il doit travailler dur malgré son âge, sinon lui et son fils auront faim. Il dit qu’il a toujours essayé d’être autonome et qu’il ne veut pas mendier. Sa fille aînée a abandonné l’école lorsqu’elle était en sixième année et est maintenant mariée et travaille dans une ferme et son fils est en train de terminer sa 12e année.

« Quand je passerai l’examen — et si j’ai la possibilité de poursuivre mes études à l’université —, j’étudierai les technologies de l’information », affirme son fils, Pheng Bunnath.

Voyant les difficultés de son père âgé, qui a poursuivi sa carrière dans l’obscurité toute sa vie, Bunnath est déterminé à le soutenir dès qu’il pourra gagner de l’argent :

« J’apprendrai un travail et mon père pourra alors arrêter de grimper aux cocotiers », dit-il.

En plus de faire ce qu’il peut pour son fils, M. Chan a également demandé des dons aux philanthropes qui voudraient le voir cesser de risquer sa vie :

« Je veux que mon fils poursuive ses études à l’université, mais je suis inquiet — car je n’ai pas l’argent pour payer ses frais de scolarité. Avec l’aide de personnes généreuses, mon fils aura la possibilité de continuer à apprendre et j’aurai de quoi survivre. »

Il précise que c’est son frère, handicapé de 67 ans, qui le conduit vers les cocotiers.

« Mon frère est seul, sans femme, sans enfant parce qu’il souffre d’une maladie mentale. Nous sommes nés dans la même famille, et nous ne savons pas quoi faire d’autre. Il est mes yeux et me guide à travers le village jusqu’aux palmiers », raconte-t-il.

Après 37 années passées à grimper aux cocotiers, Chan a admis que grimper en étant aveugle devenait de plus en plus difficile :

« Certains arbres ont des fourmis, des mille-pattes et des scorpions qui me piquent parfois, mais je n’ai jamais été sérieusement blessé. Maintenant, j’ai aussi l’impression d’être bien moins vigoureux qu’avant. »

Jeune homme plein d’énergie, il grimpait jusqu’à 20 cocotiers en une journée pour un salaire de seulement 2 000 riels par arbre. Aujourd’hui, il vise à grimper cinq arbres. Après avoir rencontré Chan, le directeur de Online TV, Bora, a déclaré que les conditions de vie des deux frères étaient difficiles et que le travail était risqué.

« Il est prêt à faire tout ce qu’il peut, en échange de nourriture et de quoi faire vivre ses enfants », dit-il.

Chan pense qu’il devrait être temps pour lui d’arrêter de travailler comme grimpeur et dit que toute personne qui l’aiderait lui sauverait probablement la vie. « Je veux arrêter de grimper aux cocotiers pour gagner ma vie, mais si j’arrête, je n’aurai plus d’argent pour soutenir mon fils, qui étudie toujours. Si des personnes généreuses souhaitent m’aider en versant une petite contribution, je cesserai de travailler comme récolteur de noix de coco. S’il vous plaît, aidez-moi et aidez ma famille », conclut-il.

Hong Raksmey avec notre partenaire The Phnom Penh Post

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