Cambodge : Un Calédonien au fairway — comment Fabrice Ho est en train de contribuer à changer le destin du golf
- Christophe Gargiulo

- 22 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juin
Au Chuun On Golf Resort & PGA, ce natif de Nouvelle-Calédonie contribue patiemment à construire quelque chose qui n'existait pas : un golf de réputation mondiale aux portes de Phnom Penh.

Il aurait pu rester à Siem Reap. Sept ans au Sofitel Angkor Phokeethra une vie bien installée dans la capitale du tourisme cambodgien. Mais quand la famille Chhun Chetna lui a proposé de prendre la tête d'un projet sur mille hectares au nord de Phnom Penh, ce Calédonien d'origine — élevé dans une île où le golf fait partie du paysage autant que le lagon — a dit oui.
Pas par imprudence, il n'est pas du genre. Plutôt parce qu'il a reconnu, dans ce qui n'était encore qu'un chantier, l'envergure d'une idée rare : faire du Cambodge une destination golfique internationale, avec les infrastructures pour le prouver. Arrivé en septembre 2023, huit mois avant l'ouverture du premier parcours, Fabrice Ho pilote depuis l'aventure Chuun On avec la même précision tranquille. Celle de quelqu'un qui sait où il va.
Le projet Chuun On, c'est quoi au fond ?
C'est un projet né d'une passion familiale, d'abord. La famille Chhun — les propriétaires — sont tous golfeurs, le père et les enfants. Leur première installation, c'était le parcours compact de City Golf, à Phnom Penh, l'un des premiers dans la ville. Mais ils voulaient aller plus loin, faire quelque chose de structurant pour le golf touristique au Cambodge. Le résultat, c'est une propriété de plus de mille hectares, dont deux cents alloués aux parcours, avec un club-house, une académie, et à terme deux hôtels. C'est un projet complet, pas juste un golf de plus.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la qualité des parcours eux-mêmes
On a fait des choix techniques très précis dès le départ. Le gazon, par exemple — c'est un sujet que peu de gens perçoivent de l'extérieur, mais qui change tout. Pour les fairways et les départs, nous utilisons du Zoysia Zion : une graminée qui consomme beaucoup moins d'eau, moins de fertilisants, moins de pesticides que les variétés classiques. Nous sommes les seuls au Cambodge à l'utiliser en ce moment. Sur les greens, deux autres variétés — du Zoysia Primo sur le Lake Course, du Zoysia Lynx sur le nouveau parcours.
Nous sommes le premier golf en Asie à avoir ouvert avec ce gazon-là. C'est un gage de qualité, mais aussi un engagement écologique concret.
Le dessin des parcours, signé Brian Curley, est lui aussi remarquable. Les deux golfs sont entièrement différents dans leur caractère, et pensés pour s'adapter à tous les niveaux — du joueur professionnel au débutant. Ce n'est pas si courant.

Le club-house en construction fait beaucoup parler. Qu'est-ce qui en fait quelque chose d'exceptionnel ?
Sa forme déjà : vu du ciel, il dessine un Romduol, la fleur nationale cambodgienne. Ce n'est pas un détail — c'est une intention. L'édifice se déploie en trois grandes parties. La première, un ballroom de 400 places pour les événements.
La deuxième, entièrement dédiée à la restauration : restaurant, buffet, cuisines sur deux niveaux, salles privées.
La troisième réunit un spa, des vestiaires spacieux, un bar à vins et un bar à cigares. Il y aura également un Pro Shop de plus de 300 mètres carrés. Quand tout cela sera finalisé, le projet prévoit deux hôtels sur le domaine : un cinq étoiles de luxe, et un appartement-hôtel pour les séjours longue durée, notamment pour les équipes professionnelles venues d'Asie du Nord qui cherchent un site d'entraînement hivernal. L'horizon, c'est 2029.
Vous venez de signer un accord avec la PGA britannique. Pourquoi est-ce un tournant ?
Parce que c'est une reconnaissance. La PGA n'a pas masqué sa surprise en découvrant le niveau de nos deux parcours — elle ne s'attendait pas à trouver quelque chose de cette envergure au Cambodge. L'accord court sur dix ans. Il n'y a qu'un seul PGA National par pays, ce qui signifie que dès qu'un événement professionnel doit être organisé dans la région, nous sommes le premier appel.
Mais ce qui m'intéresse autant, c'est l'accès à une base de données de plus de 8 000 professionnels — joueurs, entraîneurs, directeurs de clubs — qui programment chaque année des voyages pour leurs membres.
Pour eux, un label PGA National, c'est une garantie de niveau. Concrètement, cela va allonger les séjours : des golfeurs qui venaient trois ou quatre jours pourraient passer une semaine. Et les retombées dépasseront largement nos fairways — les autres golfs de la ville, les hôtels, les restaurants, les sites touristiques, tout le monde y gagnera.
Et sur le plan du golf cambodgien lui-même ?
C'est peut-être ce qui m'importe le plus, au fond. Je suis au Cambodge depuis douze ans. L'équipe nationale aligne les quatre mêmes joueurs depuis douze ans. Ce n'est pas une critique — c'est le signe qu'aucun programme de formation structuré n'a jamais vraiment existé dans le pays. Nous voulons changer ça.
L'académie sera de niveau international, et dans les quatre à cinq ans, l'objectif est qu'elle soit capable de produire les futurs joueurs des équipes nationales. L'accord avec la PGA inclut déjà un programme concret : deux joueurs de l'équipe nationale vont suivre un parcours de trois ans pour devenir membres accrédités de la PGA britannique, capables d'exercer partout dans le monde. C'est du développement à long terme. Pas de la communication.

Où en est le Cambodge, selon vous, sur la carte golfique de l'Asie du Sud-Est ?
Bien mieux positionné qu'on ne le croit — et c'est en train de se voir. Les parcours à Phnom Penh sont aujourd'hui de très haute qualité. Les hôtels sont excellents. La restauration est remarquable, franchement meilleure que dans certaines destinations golfiques bien établies comme Da Nang, par exemple, où les golfs sont superbes mais où l'offre autour reste limitée.
Dans le monde, les golfeurs représentent quelque 80 millions de personnes. En moyenne, ils font un voyage par an spécifiquement pour jouer. Ils connaissent la Thaïlande depuis longtemps, le Vietnam depuis plus de dix ans. Notre objectif — le mien, celui de la famille Chhun Chetna — c'est que le Cambodge devienne une option sérieuse, premium, sur cet itinéraire. On est bien partis.







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