Cambodge & Société : Les artistes seniors confrontés aux frais médicaux et à une perte de revenus

Le travail se fait rare alors que la pandémie frappe le secteur du divertissement et provoque des situations difficiles pour les artistes seniors du royaume.

Pak Chapech et son épouse devant leur maison dans la province de Svay Rieng. Photo fournie.
Pak Chapech et son épouse devant leur maison dans la province de Svay Rieng. Photo fournie

La pandémie a fortement touché un groupe d’artistes qui luttent pour payer le traitement de leurs maladies chroniques alors que leurs revenus sont en baisse.

Le conteur populaire Pak Chapech

L’un d’entre eux est le conteur très populaire Pak Chapech, qui a été décoré par le roi du titre d’« héritage vivant ».

Pak Chapech, 68 ans, raconte qu’avant la pandémie, il était capable de proposer des « soirées conte » deux fois par an. Cependant, il n’est pas monté sur scène depuis deux ans. Chapech, qui vit dans le district de Romeas Hek, dans la province de Svay Rieng, souffre de diabète et de tuberculose depuis deux ans et doit prendre des médicaments et recevoir des injections quotidiennement. Il perçoit une allocation mensuelle de 800 000 riels du ministère de la Culture et des Beaux-Arts. Il consacre 430 000 riels au remboursement de son prêt et le reste à ses dépenses médicales et quotidiennes.

Il explique qu’il n’a pas d’argent pour la nourriture certains jours.

« Parfois, la nourriture et l’argent sont épuisés, alors j’emprunte pour acheter du porc et du poisson, mais seulement une fois par semaine », confie Chapech.

« Mes enfants avaient l’habitude de me donner 50 000 riels par mois, mais maintenant ils sont aussi à court d’argent. »

Uy Lotavann, professeure de théâtre

Uy Lotavann, 67 ans, professeure de théâtre musical khmer à Lakhon Yike, se trouve dans une situation similaire. Elle a également besoin de se faire soigner tous les mois alors que ses revenus sont insuffisants. Elle dépense environ 200 dollars par mois en médicaments contre l’ostéoporose, maladie dont elle souffre depuis près d’un an. Heureusement, elle perçoit une pension de retraite de 700 000 riels du ministère de la Culture et des Beaux-Arts, ce qui contribue à alléger le fardeau des dépenses médicales.

Incapable de gagner de l’argent avec son métier d’enseignante depuis l’épidémie de Covid-19 en 2020, Lotavann se repose sur ses proches à Phnom Penh. Elle confie que ses jeunes frères et sœurs l’aident à payer la nourriture ainsi que les factures d’eau et d’électricité.

« Je dois me faire masser deux fois par semaine, mais par manque d’argent, je le fais plutôt une fois par semaine », raconte-t-elle.

« Je dois également prendre des médicaments tous les jours. Le médecin me conseille de les prendre deux fois par jour. Mais je ne le prends qu’une fois parce que je n’ai pas assez d’argent. »

Elle explique qu’elle ne peut pas se reposer la nuit, car elle éprouve de fortes douleurs dans tout le corps.

Krouch Kroeun et son épouse dans sa petite maison de la province de Battambang. Photo fournie.
Krouch Kroeun et son épouse dans sa petite maison de la province de Battambang. Photo fournie

Krouch Kroeun, musicien traditionnel

Krouch Kroeun, un musicien traditionnel khmer spécialisé dans les instruments Khim, Chakhe, Tro Sau et Tro Ou, a également subi une perte de revenus, car il n’est pas en mesure de se produire. Ce Cambodgien de 71 ans, originaire de la province de Battambang, souffre d’un handicap visuel. Il possède une carte « ID Poor » délivrée par le gouvernement, qui lui octroie 140 000 riels par mois. Cette somme lui permet de subvenir aux besoins de huit membres de sa famille.

Kroeun doit également s’occuper de ses petits-enfants et payer leurs cours en ligne, car leurs parents ne peuvent pas se permettre de les scolariser en raison de la crise du Covid.

En tant que musicien traditionnel khmer âgé, Khroeun bénéficie de la sympathie de ses parents et amis. On lui donne un peu de riz et de nourriture, tandis que certains de ses enfants sont partis travailler loin de chez eux.

« Je n’ai pas pu me produire depuis avril », dit-il.

« Chaque jour, des parents et des amis me procurent de la nourriture et du riz. Les parents des enfants qui restent avec moi envoient également de l’argent chaque mois, mais à cause du Covid, il y a moins de travaux de construction, donc ils ont aussi des difficultés. »

Chanteur populaire

Sos Mach, un chanteur avec de nombreuses distinctions dans l’industrie du divertissement, a quitté Phnom Penh pour vivre dans la province de Kandal en mars de l’année dernière. L’épidémie de Covid a entraîné l’arrêt de ses activités de chanteur, tandis que ses autres sources de revenus ont également été touchées. En attendant, il est en proie à de sérieuses difficultés, car il lui faut payer les dépenses quotidiennes, les cours en ligne pour ses enfants et les échéances bancaires.

« Chanter dans les pubs et enseigner dans l’école de musique constituent les sources de revenus de l’industrie du divertissement », explique-t-il.

« Tant que les restaurants sont fermés, je n’ai aucune source de revenus »

« Notre vie en dépend, car mes enfants doivent suivre des cours en ligne dans une école internationale, et je dois aussi dépenser pour le quotidien et les prêts bancaires. C’est très compliqué. »

Vivant avec sa famille dans la province, Sos Mach cultive des légumes et élève des animaux. Il parvient à alléger le fardeau avec un peu d’aide de la part d’amis et de parents.

Po Sakun and Teng Yalirozy avec l’aimable autorisation de Cambodianess