Cambodge & Société : Des alternatives pour résoudre le problème du mariage des enfants

« Mariage » et « noces » devraient être un bel événement à célébrer mais, lorsque la mariée ou le marié, ou les deux sont des enfants, c’est une autre histoire.

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Photographie par lecercle (CC BY-NC-SA 2.0)

Ce type de mariage ou d’union est considéré comme un mariage d’enfants, un phénomène que le monde entier s’efforce d’enrayer. En outre, cette question fait également partie de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Selon l’UNICEF, le mariage d’enfants désigne tout mariage formel ou union informelle entre un enfant de moins de 18 ans et un adulte ou un autre enfant. Si le fait est que le mariage précoce peut concerner aussi bien les filles que les garçons dans de nombreux pays, les filles sont de toute évidence les premières victimes de ce type de mariage dans les pays en développement, dont le Cambodge.

« À l’échelle mondiale, on compte actuellement 650 millions de filles et de femmes qui ont fait l’expérience du mariage précoce »

Il apparaît qu’une fille sur cinq (21 %) a été mariée dans son enfance, et jusqu’à 12 millions de filles sont mariées chaque année dans le monde.

L’enquête démographique et de santé au Cambodge (CDHS) de 2014 a révélé que près d’un enfant sur cinq se mariait avant 18 ans. Le même rapport indiquait également que 2 % sont mariés avant l’âge de 15 ans.

Bien que ce chiffre ait connu une baisse significative par rapport aux 28 % qui étaient mariés avant 18 ans en 1989, le chiffre actuel demeure préoccupant en raison des conséquences sociales.

Causes du mariage des enfants

Le public doit être conscient des causes fondamentales du mariage des enfants, qui se cachent parfois dans le détail de la culture et de la perception du quotidien. Les mariages d’enfants sont généralement motivés par des facteurs économiques et sociaux. Les filles dont la famille vit dans la pauvreté, en particulier dans les zones rurales, ont tendance à se marier très jeunes.

« Selon les données de l’enquête CDHS 2014 citées dans le rapport de l’UNICEF, le nombre de mariages d’enfants dans les régions de Mondolkiri et Ratanakiri s’élève à 36 %, contre 5 % à Phnom Penh »

En raison de leur condition économique, ces familles espèrent probablement pouvoir bénéficier d’une dot au moment du mariage.

Des facteurs plus significatifs sont les normes culturelles et la perception des rôles de genre. Le rôle des femmes, tel qu’il est perçu par de nombreux Cambodgiens, consisterait uniquement à s’occuper de la maison, à demeurer la femme au foyer et la mère de leurs enfants. Dans notre société, on nous enseigne à respecter le Chbab Srey, ou le code de conduite des femmes, qui stipule que les femmes doivent suivre les arrangements pris par leurs parents et respecter leurs maris. Ces perceptions laissent entendre aux parents que les filles ne devraient pas avoir besoin de beaucoup d’éducation puisqu’elles sont destinées à être des femmes au foyer chargées de s’occuper des enfants. Cela les encourage aussi à marier leurs filles très tôt. En général, le choix entre le mariage et l’éducation aboutit à l’abandon de l’école.

Si les parents s’arrangent pour que leurs filles se marient plus tôt, cela signifie également qu’elles perdent la possibilité de poursuivre leur scolarité. Dans certains cas, les enfants se marient rapidement en raison d’un harcèlement sexuel ou d’une grossesse avant le mariage — une situation dans laquelle les parents doivent marier leur fille tôt, car la grossesse hors mariage est considérée comme malvenue et peut porter atteinte à la réputation des familles.

Un autre problème, qui n’est pas un facteur contributif, mais une condition, est la réglementation sur l’âge du mariage. Selon les lois cambodgiennes, l’âge minimum du mariage est de 18 ans pour les filles et les garçons, mais ils peuvent se marier dès l’âge de 16 ans à condition d’avoir le consentement de leurs parents ou de leur tuteur. En outre, dans certaines communautés, les parents ont la possibilité de modifier les certificats de naissance afin de rajuster l’âge de leurs enfants pour qu’ils puissent légalement se marier.

L’impact négatif du mariage des enfants

Le mariage d’enfants est une violation des droits de l’homme, et plus particulièrement une violation des droits de l’enfant, qui équivaut à un acte de privation de l’avenir d’un enfant, du droit à l’éducation, du droit de se marier avec un consentement libre et entier, et du droit au bien-être et à la santé. Dans le même temps, elle expose les enfants à des risques d’abus, d’exploitation et de violence.

Sur le plan statistique, selon le rapport réalisé par la Banque mondiale en collaboration avec d’autres organisations, le mariage des enfants a un impact significatif sur la hausse de la fécondité et de la population. Par exemple, une fille qui se marie avant 13 ans a 26 % d’enfants de plus que si elle se marie à 18 ans ou plus tard. Idem pour celle qui se marie à l’âge de 17 ans avec 17 % d’enfants en plus que celles qui se marient à 18 ans ou plus.

En outre, le mariage des enfants augmente le risque de devenir une mère adolescente, ce risque d’élever le risque de mortalité des enfants de moins de cinq ans de 3,5 % et de retard de croissance (sous-développement) de 6,3 %.

Le mariage des enfants a également un impact direct et indirect important sur la violence entre partenaires intimes. En outre, le mariage des enfants demeure aussi la principale raison pour laquelle les enfants abandonnent l’école, ce qui affecte principalement la scolarisation et l’achèvement du secondaire.

Que faire pour résoudre le problème du mariage des enfants ?

Le taux de mariages d’enfants diminuera s’il est possible de modifier la perception du public et des parents à l’égard du rôle des sexes et des conséquences des mariages d’enfants.

« Le changement de comportement est un processus de longue haleine, mais il s’agit d’un aspect essentiel pour résoudre le problème du mariage des enfants »

Cela peut s’effectuer par le biais d’une campagne de sensibilisation à la nature, aux causes et aux effets négatifs des mariages précoces parmi les parents, et par l’intégration d’informations dans le programme d’enseignement.

Le ministère de la Condition féminine a déjà collaboré avec d’autres groupes de la société civile, dont l’UNICEF, pour sensibiliser au mariage des enfants. Le ministère a également inclus la question dans ses politiques, notamment le Plan d’action pour prévenir et répondre à la violence contre les enfants 2017-2021 qui reconnaît le mariage des enfants comme une violence contre les enfants.

En outre, une évaluation plus approfondie et plus fréquente des interventions précitées peut être menée pour déterminer les progrès et les impacts réels, car il est essentiel de s’assurer que les objectifs fixés seront bien atteints.

En outre, la campagne visant à promouvoir l’éducation continue est également un mécanisme efficace pour lutter contre le mariage des enfants. Le rapport de recherche Global synthesis a montré que l’augmentation du niveau d’éducation constitue l’une des meilleures réponses pour prévenir le mariage des enfants.

« Le rapport de World Vision, quant à lui, mentionne que lorsque les filles peuvent s’inscrire à l’école, il y a 35 % de chances en moins qu’elles se marient tôt »

Comme de nombreux enfants ont tendance à abandonner l’école en raison de difficultés financières, il serait vital que le gouvernement et le secteur privé organisent des campagnes de sensibilisation à l’importance de l’éducation, tout en offrant des bourses pour l’enseignement secondaire et supérieur.

En outre, des programmes de transfert d’argent et d’incitation à la famille nécessaire pour maintenir les enfants à l’école peuvent également être une des solutions envisageables pour le gouvernement. Par exemple, les recherches menées par l’association Innovation for Poverty Organization montrent que des mesures d’incitation sous conditions, consistant à fournir des aides financières aux familles, peuvent avoir un impact significatif sur la réduction du mariage des enfants au Bangladesh. Bien que l’on ne puisse pas dire qu’elle soit aussi efficace au Cambodge en raison de conditions très différentes, il s’agit d’une option viable qui nécessite une étude plus approfondie pour évaluer son impact si elle est utilisée au Cambodge.

Rôle des jeunes

Enfin, les jeunes ont également un rôle à jouer dans la recherche d’une solution à ce problème. À l’ère du numérique, personne ne devrait sous-estimer le rôle des jeunes dans l’intégration de la problématique des actions. En amplifiant la voix et en encourageant une plus grande participation des jeunes, il est possible d’attirer l’attention du public et d’influencer le processus décisionnel. Et l’apport de ressources et d’idées pour résoudre le problème pourra également être envisagé.

En résumé, compte tenu de ses répercussions sur la vie des enfants et de la société, le mariage des enfants devrait figurer en tête des priorités. Le mariage des enfants est une question transversale, qui nécessite une coordination forte et efficace entre les différents acteurs. Agissez pour que vos filles et vos sœurs ne deviennent pas vulnérables.

Par Seak Por et Sao Phal Niseiy avec l’aimable autorisation de Politikoffee

Réalisé avec le soutien financier de l’Union européenne et de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement, par l’intermédiaire de Transparency International Cambodge et d’ActionAid Cambodia. Les opinions exprimées dans ce dossier ne reflètent pas le point de vue des donateurs.

Auteurs

Seak Por est étudiant en quatrième année de spécialisation en études internationales à l’Université royale de Phnom Penh.

Sao Phal Niseiy est rédacteur en chef de The Cambodianess et rédacteur en chef adjoint de Thmey Thmey News.

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