Cambodge & Santé : Chute des cas de dengue et de paludisme en 2020

Le ministère de la Santé signale une forte baisse des cas de dengue et de paludisme au cours des six premiers mois de l'année par rapport à la même période en 2019.

Pic cyclique

Les professionnels de la santé attribuent la baisse des cas de dengue à une accalmie après un pic cyclique l'année dernière. Dans un communiqué publié mercredi dernier, le ministère a déclaré qu'il comptait plus de 3300 cas de dengue de janvier à juin, marquant une baisse de 88 % des cas par rapport à la même période l'an dernier. Le pays n'a enregistré jusqu'à présent que quatre décès liés à la dengue cette année, contre 32 signalés au premier semestre 2019.

« Les conditions de la dengue au Cambodge sont normales, sous le contrôle efficace des programmes de lutte contre la dengue à travers le pays, avec l'intervention et la pleine coopération des partenaires »

Cependant, le ministère note qu'il existe encore des cas sporadiques de dengue, en particulier dans les provinces de Phnom Penh, Preah Sihanouk, Pailin, Siem Reap, Kandal, Kampong Thom, Takeo, Mondulkiri, Ratanakiri et Preah Vihear.

Paludisme

Le ministère de la Santé annonce également avoir identifié 4500 cas de paludisme au cours des six premiers mois de l'année, soit une baisse de 70 % par rapport aux près de 15 200 cas de la même période l'année dernière. Le ministère souligne donc une diminution de 80 % de cette forme la plus grave de paludisme, causée par le Plasmodium falciparum, avec moins de 400 cas enregistrés cette année. Il subsiste toutefois quelques cas isolés dans les régions forestières et montagneuses des provinces de Kampong Speu, Mondolkiri, Ratanakiri, Pursat et Stung Treng.

L'avis des experts

Le Docteur Denis Laurent, directeur général de la Fondation Kantha Bopha, a déclaré à VOD que les cas de dengue au Cambodge augmentent sensiblement tous les quatre à six ans, et que l'année dernière a été l'une des plus grandes épidémies du pays depuis 2003. Le ministère de la Santé avait signalé plus de 28 000 cas de dengue au premier semestre 2019.

Kantha Bopha
Kantha Bopha Phnom Penh

Le Docteur Ky Santy, directeur des hôpitaux Kantha Bopha à Phnom Penh, mentionne que le système hospitalier a admis 1 364 enfants atteints de dengue au cours des six premiers mois de cette année soit dix fois moins que les 14 423 patients atteints de dengue admis au cours de la même période l'année dernière. M. Santy explique qu'il ne s'attend pas à ce que le nombre de cas de dengue augmente pendant le reste de l'année 2020. Le médecin déclare :

« Ce n’est pas une année de pointe pour la maladie, les familles cambodgiennes sont également de plus en plus conscientes des pratiques d'hygiène et de prévention de ces maladies. Je pense que le nombre de cas de dengue n'augmentera pas, mais nous devons attendre la fin de la saison des pluies en octobre pour en être certain »

Le directeur de l'Hôpital national de pédiatrie, Nhib Angkearbos, avance qu'il a également remarqué une baisse du nombre d'enfants admis pour traitement contre la dengue cette année. M. Angkearbos a déclaré que les cas de dengue augmentaient généralement au cours du second semestre de l'année car les moustiques porteurs se reproduisent davantage pendant la saison des pluies.

« Chaque fois qu'il pleut, il se crée plus d'endroits où les moustiques peuvent pondre ; puis plus les moustiques prolifèrent et plus c'est facile à transmettre »

Nhib Angkearbos et les directeurs de Kantha Bopha expliquent que leurs hôpitaux ont reçu moins de patients par jour en raison de la pandémie de Covid-19 par rapport à l'année dernière.

M. Santy, de Kantha Bopha, explique que l'hôpital accueillait en moyenne 1 000 enfants par jour au cours des six premiers mois de 2020, soit environ la moitié des 2 000 à 2 500 enfants traités en moyenne par jour l'année dernière.

Kantha Bopha Phnom Penh
Kantha Bopha Phnom Penh

Tout savoir sur la dengue

La DENGUE, aussi appelée « grippe tropicale », est une maladie virale transmise à l’homme par des moustiques principalement du genre Aedes. L’incidence de la dengue progresse actuellement de manière très importante, et l’inscrit aujourd’hui aux rangs des maladies dites « ré-émergentes ». L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à 50 millions le nombre de cas annuels, dont 500 000 cas de dengue hémorragique qui sont mortels dans plus de 2,5% des cas. Deux milliards et demi de personnes vivent dans des zones dites à risque.

Une maladie d’origine tropicale

La dengue sévit principalement dans l’ensemble de la zone intertropicale. Longtemps limitée à l’Asie du Sud-est, elle ne cesse de s’étendre à l’Océan Indien, au Pacifique Sud, aux Antilles françaises, et à l’Amérique Latine.

Aedes aegypti, ou moustique tigre
Aedes aegypti, ou moustique tigre

Transmission

Le moustique Aedes aegypti, ou moustique tigre, est le principal vecteur de la dengue. Le virus se transmet à l’homme par la piqûre des femelles infectées. Après une incubation de 4 à 10 jours, un moustique infecté peut transmettre le virus tout le reste de sa vie. L’être humain infecté est le principal porteur du virus; il permet sa prolifération et sert de source de contamination pour les moustiques qui ne sont pas encore infectés. Les sujets infectés par le virus de la dengue peuvent transmettre l’infection (pendant 4 à 5 jours et au maximum 12 jours) par l’intermédiaire des moustiques du genre Aedes après l’apparition des premiers symptômes. Aedes aegypti vit en milieu urbain et se reproduit principalement dans des conteneurs produits par l’homme. Contrairement à d’autres moustiques, il se nourrit le jour, avec un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. Pendant chaque période où elle se nourrit, la femelle pique de multiples personnes.

Aedes albopictus

Ce vecteur secondaire de la dengue en Asie, s’est propagé en Amérique du Nord et dans plus de 25 pays européens. Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation et peut donc survivre dans les régions plus tempérées et plus fraîches de l’Europe. Sa propagation est due à sa tolérance aux températures en dessous de 0°, à sa possibilité d’hiberner et à sa capacité de s’abriter dans des micro-habitats.

La dengue classique

La dengue «classique» se manifeste brutalement après deux à sept jours d’incubation par l’apparition d’une forte fièvre souvent accompagnée de maux de tête, de nausées, de vomissements, de douleurs articulaires et musculaires et d’une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole. Au bout de trois à quatre jours, une brève rémission est observée, puis les symptômes s’intensifient – des hémorragies conjonctivales, des saignements de nez ou des ecchymoses pouvant survenir – avant de régresser rapidement au bout d’une semaine. La guérison s’accompagne d’une convalescence d’une quinzaine de jours. La dengue classique n’est pas considérée comme une maladie sévère comme l’est la dengue hémorragique.

Les complications – la dengue hémorragique

Chez certains patients, le tableau clinique de la maladie peut évoluer selon deux formes graves : la dengue hémorragique puis la dengue avec syndrome de choc qui est mortelle. La forme hémorragique de la maladie, qui représente environ 1% des cas de dengue dans le monde, est extrêmement sévère: la fièvre persiste et des hémorragies multiples, notamment gastro-intestinales, cutanées et cérébrales, surviennent souvent. Chez les enfants de moins de quinze ans notamment, un état de choc hypovolémique peut s’installer (refroidissement, moiteur de la peau et pouls imperceptible signalant une défaillance circulatoire), entraîner des douleurs abdominales, et provoquer la mort.

Épidémiologie

La dengue est aujourd’hui considérée comme une maladie ré-émergente. Avec la globalisation de l’économie et l’augmentation des échanges des biens et des personnes, elle tend à gagner de nouvelles zones géographiques, se développe de plus en plus dans des environnements urbains, et provoque des épidémies de plus grande importance. Les formes graves de dengue ont de plus en plus fréquemment observées lors des épidémies récentes.

Moyens de lutte

Il n’existe aujourd’hui pas de traitement spécifique pour combattre cette maladie, mais de nombreuses études multidisciplinaires sont en cours. Les moyens de lutte existants sont le contrôle des moustiques vecteurs dans les zones concernées et la protection individuelle contre les piqûres de moustiques : éviter que les moustiques n’aient accès aux gîtes larvaires par une gestion et une modification de l’environnement; éliminer correctement les déchets solides et enlever les habitats créés par l’homme ; couvrir, vider et nettoyer toutes les semaines les conteneurs pour la conservation de l’eau domestique ; épandre des insecticides adaptés sur les conteneurs. pour la conservation de l’eau à l’extérieur ; prendre des mesures de protection des personnes et du foyer par la pose de moustiquaires aux fenêtres, le port de vêtements à manches longues, l’utilisation de matériels imprégnés d’insecticide, de spirales et de pulvérisateurs ; améliorer la participation et la mobilisation des communautés pour une lutte antivectorielle durable.

En cas d’urgence épidémique, les mesures de lutte antivectorielle comprennent également l’épandage et les pulvérisations d’insecticides ; contrôler et surveiller activement les vecteurs pour déterminer l’efficacité des interventions de lutte. La prise en charge repose sur un traitement symptomatique à base de médicaments contre la fièvre et la douleur. Cependant, la dengue pouvant évoluer vers une forme hémorragique, la prise d’antiagrégants comme l’aspirine est à proscrire. La prévention collective repose sur la lutte contre les moustiques vecteurs (extermination, chasse aux eaux stagnantes…) et sur les mesures de protection préventives individuelles contre les piqûres de moustiques (moustiquaire, répulsif…).

Vaccination

Fin 2015 et début 2016, le premier vaccin contre la dengue, Dengvaxia (CYD-TDV), mis au point par le laboratoire Sanofi Pasteur, a été enregistré dans plusieurs pays en vue d’une utilisation chez des personnes âgées de 9 à 45 ans vivant dans des zones d’endémie. L’OMS avait recommandé aux pays d’envisager l’introduction du vaccin contre la dengue CYD-TDV uniquement dans les zones géographiques (nationales ou infra-nationales) où les données épidémiologiques indiquent une forte charge de morbidité due à cette maladie. Toutefois, le vaccin contre la dengue n'a été approuvé que l'année dernière, bien que le virus ait été identifié en 1943.

Cambodge

Les cas de dengue atteignent normalement leur maximum dans le Royaume pendant la mousson. Cependant, les choses semblent être différentes et un grand nombre de cas de dengue sont signalés avant même le début de la saison des pluies. Le Cambodge est unique en ce qui concerne la dengue. Tous les cinq ans, il semble y avoir un pic de cas de dengue et de décès et les statistiques ne mentent pas. En 2007, 407 personnes sont mortes de la dengue hémorragique et près de 40 000 cas ont été signalés par le Centre national de parasitologie, d’entomologie et de lutte contre le paludisme. En 2008, le nombre de cas et de décès a chuté de façon spectaculaire avec 9 200 cas de dengue et 65 décès. En 2012, cinq ans après 2007, le Centre a signalé 183 décès et 41 716 cas. En 2013, les cas ont chuté, 17 491 personnes infectées et 59 morts ont été enregistrés.

Par contre, le nombre d’infections et de décès a chuté de manière spectaculaire au premier semestre 2017 par rapport à la même période de l’année précédente, indique un document du Centre national de parasitologie entomologique et antipaludique. Le nombre d’infections dues à la dengue dans les six premiers mois de l’année est tombé à 1 133, contre 2 447 au cours de la même période en 2016. Le ministère de la Santé utilise des pastilles de téméphos, commercialisées sous le nom d’Abate, dans des contenants d’eau pour tuer les larves des moustiques vecteurs de la dengue. L’utilisation d’Abate, cependant, doit être suivie d’un programme d’éducation sanitaire sur l’utilisation correcte du larvicide, avec des intervalles entre les applications dans l’eau expliquées dans un langage simple pour assurer leur efficacité. Bien qu’il y ait peu de doutes quant à l’efficacité du téméphos dans le contrôle des sites de reproduction d’Aedes, il y a cependant un manque de statistiques au Cambodge pour démontrer une réduction sensible de la transmission de la dengue avec l’utilisation de ce larvicide particulier.

Sources : Institut Pasteur – OMS – Centre National de Parasitologie, crédit photo AKP-Sanofi Pasteur