Cambodge & Santé : Le vaccin le plus puissant pour la petite enfance demeure l’allaitement maternel

Pour l’UNICEF, promouvoir le lait maternel au Cambodge demeure une préoccupation majeure alors que, malgré les efforts du gouvernement pour promouvoir l’allaitement maternel, certaines cliniques privées promeuvent toujours l’utilisation du lait en poudre plutôt que l’allaitement et certains marchés proposent encore des produits contrefaits qui provoquent des décès.

Maman cambodgienne allaitant son bébé. Photo USAID
Maman cambodgienne allaitant son bébé. Photo USAID

Premier vaccin du bébé

Selon l’UNICEF, le monde n’a jamais été aussi focalisé sur les vaccins qu’en ce moment, et pourtant nous sous-estimons encore l’outil de vaccination le plus puissant pour la petite enfance : l’allaitement.

Cela s’explique en grande partie par le fait que beaucoup de gens considèrent que l’allaitement est exclusivement l’affaire des nouvelles mères. En fait, il nous concerne tous, si nous nous préoccupons de la santé de notre plus jeune génération. Nous devons faire en sorte qu’il soit plus facile pour toutes les nouvelles mères d’allaiter.

Le lait maternel agit en fait comme le premier vaccin du bébé, offrant une protection essentielle contre de multiples maladies graves, et préservant la bonne nutrition et la santé des nourrissons.

Rendre l’allaitement maternel presque universel pourrait sauver la vie de plus de 820 000 enfants de moins de cinq ans chaque année, dans le monde entier, et prévenir 20 000 décès supplémentaires dus au cancer du sein chaque année chez les mères.

En effet, le gouvernement royal du Cambodge reconnaît depuis longtemps l’importance du lait maternel et travaille avec ses partenaires pour augmenter la prévalence de l’allaitement maternel depuis plusieurs décennies.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2000, seuls 11 % des nourrissons étaient exclusivement nourris au sein, mais ce chiffre est passé à 74 % en 2010. Ce qui est troublant, c’est que ces progrès sont en train de reculer pour atteindre 65 %, à en croire une enquête EDS de 2014.

Pourquoi ces progrès importants s’inversent-ils ? Les défis sont multiples, mais ils ont un point commun : il faudra l’ensemble de la société pour les surmonter.

En 2000, seuls 11 % des nourrissons étaient exclusivement nourris au sein. Photo UNICEF
En 2000, seuls 11 % des nourrissons étaient exclusivement nourris au sein. Photo UNICEF

Le premier défi : l’allaitement n’est pas toujours facile. Il peut être difficile et épuisant, même pour les femmes qui bénéficient d’un soutien total pour l’allaitement.

Les mères peuvent être désorientées lorsque les amis, la famille, les collègues et les médias leur prodiguent des conseils différents sur la durée de l’allaitement, l’utilisation et les avantages du lait maternisé, le moment et la manière de retourner au travail, et si l’allaitement est sans danger pendant le COVID-19.

« Une mère se sentira beaucoup plus en confiance pour allaiter, que ce soit à la maison, au travail ou dans la communauté en général, si tout le monde transmet les mêmes messages de soutien et crée un environnement sûr. »

Recommandations

Ensuite, la législation doit être développée dans deux domaines : le marketing agressif des préparations pour nourrissons et la protection de la grossesse, du congé de maternité et de l’allaitement sur le lieu de travail.

Malgré l’adoption en 2005 d’une importante loi nationale visant à réglementer la commercialisation des substituts du lait maternel comme les préparations pour nourrissons, les pratiques agressives et la faible application de la loi ont néanmoins contribué au déclin de l’allaitement exclusif.

Des normes nationales ont été établies dans le secteur privé concernant le congé de maternité et la rémunération, mais elles sont inférieures aux recommandations de l’Organisation Internationale du Travail et ne sont pas toujours pleinement appliquées. En outre, les droits des mères allaitantes lors de leur retour au travail n’ont pas encore été établis.

Nous sommes entièrement d’accord avec le ministre de la Santé, S.E. Dr Mam Bun Heng, lorsqu’il a annoncé aux médias :

« le ministère appelle toutes les parties prenantes à promouvoir l’allaitement maternel aux niveaux national et infranational ».

Il faut agir davantage pour renforcer la protection de l’allaitement maternel, et nous avons tous un rôle à jouer à cet égard.

Enfin, la pandémie a rendu l’allaitement encore plus complexe pour les nouvelles mères, notamment en raison de la désinformation ou du manque de clarté des messages. Une mère peut craindre d’infecter son enfant par contact direct ou par le lait maternel.

Elle peut se demander si elle peut se faire vacciner et allaiter en même temps. Même une mère qui souhaite ce qu’il y a de mieux pour son enfant peut ne pas savoir comment ni où trouver les bonnes réponses.

Comment relever les défis ?

Tout d’abord, il est essentiel que la famille, les amis, les employeurs, les médias et les pouvoirs publics reconnaissent tous leur rôle dans le soutien à l’allaitement. Nous n’aidons pas seulement les mères et leurs bébés ; nous contribuons à créer un avenir meilleur et plus sain pour le Cambodge.

Maman cambodgienne allaitant son bébé. Photo UNICEF
Maman cambodgienne allaitant son bébé. Photo UNICEF

Ensemble, nous pouvons faire en sorte que les enfants atteignent leur plein potentiel en bénéficiant d’une nutrition adéquate pendant la période critique du développement de la petite enfance.

Accepter qu’il s’agisse d’un objectif commun est la première étape, et il incombe ensuite à ceux d’entre nous qui fournissent des informations sur l’allaitement maternel de veiller à ce que les messages soient clairs et cohérents.

En ce qui concerne les cadres juridiques, un accès facile à des informations précises et des canaux clairs pour poser des questions et signaler les violations sont indispensables.

Une meilleure information du public indiquant à quelle autorité s’adresser en cas de problème et comment accéder aux bonnes informations serait un bon début, mais une législation plus forte et un personnel suffisant pour traiter les plaintes et les problèmes sont également nécessaires. Les lieux de travail jouent également un rôle particulièrement important.

Les normes nationales établies en matière de congé de maternité et d’indemnisation doivent être renforcées pour atteindre 18 semaines de congé entièrement rémunérées. Ces standards doivent être clairement communiqués aux employeurs et aux employés et suivis de campagnes de changement de comportement pour garantir l’adhésion et le respect des règles.

Une forte collaboration du secteur privé sera essentielle pour garantir que la politique devienne réalité et un système convivial et transparent.

Photo UNICEF
Photo UNICEF

Enfin, les agents de santé ont besoin de ressources pour aider efficacement les mères à allaiter, en particulier d’informations claires sur la manière dont l’allaitement est, ou n’est pas, affecté par le COVID.

L’UNICEF et l’OMS travaillent avec le ministère de la Santé pour vérifier les informations et les partager avec le public.

Nous savons aujourd’hui qu’il n’y a pas de danger à allaiter pendant la pandémie, que les mères qui allaitent peuvent se faire vacciner et que même les mères positives peuvent continuer à allaiter à condition de porter un masque médical, de se laver soigneusement les mains et d’assainir régulièrement toutes les surfaces.

Les nombreux avantages de l’allaitement maternel l’emportent largement sur les risques de maladie associés au virus.

L’UNICEF s’associe à l’appel mondial lancé lors de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, appel lancé à toutes les familles, aux professionnels de la santé, aux employeurs et aux administrations publiques pour qu’ils agissent en faveur des mères qui allaitent et de leurs bébés.

Les enfants qui atteignent leur plein potentiel ouvrent la voie à un avenir plus sain pour toute la nation.

Foroogh Foyouzat — UNICEF Cambodge

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