Cambodge : Ros Sopheap, plus de deux décennies de militantisme en faveur de l’intégration des femmes

Ros Sopheap, militante de l’égalité des sexes prend sa retraite et ouvre la voie à une deuxième vague d’activisme.

Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), à son domicile. (Khan Sokummono/VOA Khmer)
Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), à son domicile. (Khan Sokummono/VOA Khmer)

Ros Sopheap a décidé de prendre sa retraite après plus de deux décennies de militantisme en faveur de l’intégration des femmes et de leur autonomisation. Elle quittera ses fonctions à la tête de l’organisation Gender and Development for Cambodia (GADC) dans le courant de l’année.

Cette militante de 60 ans est passée du statut de fonctionnaire du ministère de l’information au milieu des années 1990 à celui de fondatrice de GADC au début de l’année 2000, afin de défendre l’égalité des sexes et l’intégration des femmes aux postes de pouvoir. Elle a également mené des recherches et contribué à mieux faire comprendre la violence sexiste et à en réduire la prévalence.

Ros Sopheap raconte que la défense de ses convictions et de celles de l’association GADC a été un parcours semé d’embûches et qu’il lui a fallu beaucoup de temps pour évoluer sur le plan personnel.

« Jeune et naïve », telle est la réponse de Ros Sopheap lorsqu’on l’interroge sur ses débuts dans la promotion des droits des femmes. Elle n’avait « aucune idée de ce qu’était réellement le genre, de ce qu’était le plaidoyer, ou du fait que le genre deviendrait une question aussi importante dans la société que maintenant. »

Une photo de Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), dans sa jeunesse, entre la fin des années 1980 et les années 2000, tirée de son album personnel, à Phnom Penh, le 6 juillet 2021. (Khan Sokummono/VOA Khmer)
Une photo de Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), dans sa jeunesse, entre la fin des années 1980 et les années 2000, tirée de son album personnel, à Phnom Penh, le 6 juillet 2021. (Khan Sokummono/VOA Khmer)

Après avoir travaillé au ministère de l’information, elle a été interprète, chercheuse et coordinatrice de projets avec des groupes locaux et internationaux. C’est au cours de l’un de ces projets que Ros Sopheap a trouvé un intérêt pour la compréhension des origines de la violence sexiste.

« J’ai passé six mois avec des villageois dans six provinces pour enquêter sur la violence domestique. J’ai commencé à mieux comprendre la violence domestique et à entendre les histoires des femmes », déclare-t-elle.

Il était difficile de parler aux femmes de leurs expériences de la violence, explique Ros Sopheap, car beaucoup ne savaient pas que cette violence constituait un acte criminel — la plupart des femmes niaient être dans des relations ou des mariages abusifs. Il a fallu de longues conversations pour les amener à parler des violences qu’elles subissaient, ajoute-t-elle.

En 1997, elle s’est jointe à un programme de trois ans en tant que coordinatrice de la formation en matière d’égalité des sexes, qui allait devenir GADC en 2000, avec Ros Sopheap comme fondatrice.

« Avant le GADC, personne ne parlait du genre. Il n’y avait pas de documents sur le genre en khmer. Et quand les gens parlaient de genre, GADC était la première chose qui leur venait à l’esprit », explique Ros Sopheap.

Une photo de Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), dans sa jeunesse, de la fin des années 1980 aux années 2000, tirée de son album personnel, à Phnom Penh, le 6 juillet 2021. (Khan Sokummono/VOA Khmer)
Une photo de Ros Sopheap, directrice exécutive de Gender and Development for Cambodia (GADC), dans sa jeunesse, de la fin des années 1980 aux années 2000, tirée de son album personnel, à Phnom Penh, le 6 juillet 2021. (Khan Sokummono/VOA Khmer)

Neary Rattanak est une politique gouvernementale visant à intégrer la dimension de genre les programmes et encourageant l’inclusion des femmes dans la société civile et le gouvernement. Selon le projet, 20 % des parlementaires étaient des femmes après l’élection nationale de 2018, contre six lors de la première élection du pays en 1993.

En 2019, 21 % des ministres, secrétaires et sous-secrétaires d’État étaient des femmes. Cependant, à y regarder de plus près, il n’y a que trois femmes au sein du Conseil des ministres du Cambodge, qui compte 33 postes, et seulement deux gouverneurs de province.

Selon Ros Sopheap, si les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes de pouvoir — une augmentation progressive, souligne-t-elle —, la dynamique de genre reste largement en faveur des hommes. Selon elle, il faut faire davantage pour renforcer les capacités des femmes et des filles, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du foyer.

« Il ne s’agit pas seulement de l’éducation à l’école, mais aussi du soutien de la famille, des amis et de l’entourage », souligne-t-elle.

Il y a eu deux exemples encourageants de groupes de la société qui se sont levés pour défendre l’égalité des sexes, surtout lorsque l’auteur de l’abus est puissant. Le magnat local Heng Sear a accusé une présentatrice de télévision de l’avoir poignardé après qu’elle ait prétendu qu’il l’avait violée. La présentatrice a été envoyée en prison, et il a fallu une campagne soutenue sur les médias sociaux, pleine de colère et d’exaspération envers le système, pour que les tribunaux la libèrent. Cependant, aucune mesure n’a été prise contre le magnat pour l’avoir prétendument violée ou l’avoir faussement accusée de l’avoir poignardée.

De même, un autre magnat, Duong Chhay, a été filmé par une caméra de vidéosurveillance en train d’agresser physiquement son ancienne épouse et un autre déferlement de rage en ligne a conduit à un mandat d’arrêt. L’homme est entré dans les ordres et n’a toujours pas été arrêté.

Ces manifestations de rage contre les hommes puissants qui agressent les femmes sont encourageantes, mais Ros Sopheap attire l’attention sur une autre pratique persistante et misogyne qui renforce le patriarcat.

Le « Chbab Srey » est un code de conduite, sous forme de poème, sur la manière d’être une « femme convenable », qui était enseigné dans les écoles cambodgiennes. Bien qu’il ait été en grande partie retiré du programme en 2007, le poème continue d’être enseigné officieusement aux écoliers.

Un tableau représentant la famille de Ros Sopheap, cadeau de ses collègues du GADC, est exposé sur un mur le long de l’escalier de sa maison. (Khan Sokummono/VOA Khmer)
Un tableau représentant la famille de Ros Sopheap, cadeau de ses collègues du GADC, est exposé sur un mur le long de l’escalier de sa maison. (Khan Sokummono/VOA Khmer)

Je ne critique pas les érudits des générations passées », a déclaré Ros Sopheap. « Pourtant, “Chbab Srey” est censé être une littérature qui reflète la réalité du passé. Certaines parties ne sont plus adaptées, elles sont dépassées. Nous devons redéfinir ces règles et ces pratiques. »

Après plus de deux décennies de plaidoyer pour l’égalité des sexes, Ros Sopheap admet que le changement peut être lent — pointant du doigt certains stéréotypes de genre qu’elle utilise parfois inconsciemment dans sa vie personnelle.

Elle a décrit une interaction avec son fils, qui avait les cheveux longs, où Ros Sopheap lui avait dit de les couper parce que les cheveux longs étaient pour les filles.

« Ce genre de petites choses sur les rôles et l’identité des sexes sont toujours présentes dans mon esprit. Et c’est très difficile de procéder à un changement complet ».

Hean Socheata & Sokummono Khan — VOA Khmer