Cambodge & Opinion : Importation des compétences et innovation institutionnelle dans le royaume

La science, la technologie et l’innovation (STI), mais aussi l’industrie 4.0, sont considérées comme une source importante de développement durable et inclusif.

Le gouvernement cambodgien reconnaît que la STI constitue l'un des facteurs clés pour concrétiser la vision de devenir un pays à revenu moyen supérieur d’ici 2030, et un pays à revenu élevé d’ici 2050.

Bien que le gouvernement ait mis en place des politiques et des programmes pour soutenir la STI, le Cambodge fait face à un certain nombre de contraintes, notamment en ce qui concerne les ressources humaines et les compétences requises dans le domaine des sciences et des technologies.

Pas suffisamment de diplômés locaux

L’offre de diplômés cambodgiens en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) reste très limitée, car la plupart des étudiants choisissent d’étudier dans des filières autres que les STEM.

Mon propre calcul basé sur le recensement général de la population du Cambodge 2019 montre que plus de 60 % des diplômés sont issus de domaines des sciences sociales tels que la comptabilité, le marketing, la banque, la gestion des ressources humaines, etc. Ces données suggèrent que le Cambodge est confronté à une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine des sciences et des technologies.

La population cambodgienne étant peu nombreuse et la plupart de la main-d’œuvre étant peu qualifiée, il est impératif d’importer les compétences qui font défaut dans le pays.

« Il est donc indispensable d’attirer des chercheurs et des scientifiques de talent, des entrepreneurs et des investisseurs dans les domaines prioritaires, en particulier dans les sciences et les technologies, pour combler les pénuries de compétences à court et à moyen terme »

Le Cambodge n’a pas proposé de mécanismes détaillés (c’est-à-dire des incitations ou d’autres systèmes de soutien) pour attirer des chercheurs, des scientifiques et des entrepreneurs de talent. En outre, il convient de noter que le cadre juridique actuel pour gérer l’emploi des étrangers fait notamment partie de la loi sur le travail, qui donne la priorité à l’embauche de ressortissants cambodgiens et limite la demande de recrutement de travailleurs étrangers possédant des compétences spécialisées à un maximum de 6 % de l’effectif total des entreprises candidates.

En outre, la loi autorise le ministère du Travail et de la Formation professionnelle à délivrer des permis de travail et des cartes d’emploi à la demande des entreprises qui embauchent des étrangers. Cependant, l’expérience d’autres pays suggère qu’il conviendrait d’adopter une loi différente pour régir l’emploi des étrangers au Cambodge.

Le processus à long terme de développement des compétences nationales doit commencer dès maintenant, et il doit être complété par un apport de talents et de compétences d’autres pays. En effet, il faudra beaucoup de temps (jusqu’à une génération) pour mettre en place un écosystème standard propice au développement des compétences nationales par nos propres moyens.

En outre, l’importation de compétences est un mécanisme qu’un pays peut adopter en permanence avec des mécanismes de transfert de compétences appropriés, tandis que sa dépendance à l’égard de ce dispositif peut être réduite au fil du temps.

« Par exemple, malgré la présence de nombreuses personnes hautement qualifiées, Singapour — une économie développée — continue d’attirer les talents et les compétences nécessaires pour compléter la main-d’œuvre locale dans les secteurs stratégiques »

Pour l’innovation institutionnelle dans le cadre d'apport de compétences dont le Cambodge a besoin pour combler les pénuries à court, moyen et long terme, je propose les options suivantes :

Premièrement, dans l’immédiat, le Cambodge devrait se doter d’une loi spécifique sur l’administration de l’emploi des étrangers en s’inspirant des expériences d’autres pays. Par exemple, en Chine, les étrangers sont exemptés de licence et de permis de travail s’ils travaillent dans certains domaines stratégiques, notamment les cadres techniques et administratifs hautement qualifiés du gouvernement chinois.

Le gouvernement chinois permet aux talents internationaux d’obtenir la résidence permanente en Chine si les industries et les régions clés du pays ont un grand besoin de ces compétences, ou si les talents étrangers sont des professionnels qui travaillent dans le milieu universitaire ou des chercheurs ayant le titre de professeur adjoint ou un titre supérieur, ou s’ils travaillent dans une entreprise de haute technologie à des postes professionnels ou techniques de haut niveau.

Nous pouvons adapter ce système au Cambodge en commençant par le visa de travail, suivi de la résidence permanente et de la citoyenneté.

« Deuxièmement, pour soutenir la réforme du cadre juridique, le gouvernement devrait adopter un programme de filtrage systématique des étrangers et des compétences qu’ils apportent, car cela permettra de garantir que les besoins sont satisfaits »

En d’autres termes, le système informera le gouvernement des besoins actuels en compétences et des compétences futures à développer pour certains secteurs stratégiques. À cette fin, le gouvernement peut développer un programme systématique de notation par points basé sur les besoins du pays en adoptant une modalité réalisable dans d’autres pays comme la Chine, Singapour ou l’Australie.

Un groupe de travail multiministériel et multipartenaire

En ce qui concerne le dispositif institutionnel, le gouvernement devrait former un groupe de travail multiministériel et multipartenaire pour rendre le système opérationnel, au sein duquel les experts concernés des ministères de tutelle collaboreraient avec le secteur privé pour obtenir les informations appropriées sur les compétences à importer et à développer.

Troisièmement, les incitations financières (rémunérations) sont une autre condition nécessaire. Ce n’est pas un problème si les expatriés sont embauchés par le secteur privé, car les entreprises qui les embauchent parviendront à financer les salaires.

Toutefois, si le gouvernement souhaite inviter des scientifiques ou des professionnels talentueux dont les compétences sont très demandées au Cambodge, il lui incombe de mobiliser des ressources financières pour ces experts étrangers. Cette démarche peut être soutenue par les partenaires de développement qui ont prévu d’aider le Cambodge à développer ses compétences.

Renforcer l'attrait du royaume

Les réformes susmentionnées sont cruciales pour attirer les scientifiques et les expatriés hautement compétents désireux de travailler au Cambodge. Il convient de noter que le Cambodge ne sera pas en mesure de rivaliser avec des économies avancées telles que la Chine, Singapour, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Canada pour attirer les talents en termes d’incitations financières et non financières.

Cependant, il existe plusieurs méthodes pragmatiques que le Cambodge peut mettre en œuvre pour renforcer son attrait pour ces scientifiques et expatriés étrangers.

Tout d’abord, il doit améliorer son image internationale pour attirer les scientifiques ou experts étrangers intéressés par le pays.

Deuxièmement, le Cambodge doit renforcer la paix et la sécurité afin que les experts ou scientifiques étrangers se sentent en confiance et en sérénité dans le pays.

Troisièmement, le pays doit améliorer ses secteurs de la santé et de l’éducation afin que les experts étrangers puissent faire confiance à notre système de soins de santé et inscrire leurs enfants dans nos écoles.

En conclusion, la STI est un domaine complexe et à multiples facettes. La création de son écosystème repose, entre autres, sur l’importation de compétences. Les options proposées sont cruciales pour attirer les talents étrangers. Le Cambodge devrait commencer à entreprendre des réformes dans des domaines stratégiques afin de renforcer l’attrait du pays pour les scientifiques et les experts étrangers, de sorte que le pays entre dans l’ère numérique avec confiance et dynamisme.

Keo Socheat

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas celles de l’Asian Vision Institute. Publié pour la première fois dans AVI Commentary.


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