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Cambodge & Musique : Mao Sareth, une voix trop peu connue des années 70

Née en 1944 dans la province de Battambang sous le nom de Pol Sarann, Mao Sareth grandit dans une famille de musiciens. Selon une interview qu'elle avait accordée à la journaliste et chanteuse Huoy Meas, elle avait trois sœurs et venait d'un foyer où la musique occupait une place centrale.

Mao Sareth, une voix trop peu connue des années 70
Mao Sareth

Pendant son temps libre, elle se plongeait volontiers dans la lecture de romans sentimentaux, un détail biographique qui humanise une figure aujourd'hui largement effacée des mémoires.

Une pionnière du rock cambodgien

Mao Sareth fait partie des toutes premières chanteuses populaires de la scène rock cambodgienne naissante du début des années 1960. À cette époque, Phnom Penh vit une effervescence culturelle unique : les musiciens locaux marient les mélodies traditionnelles khmères aux influences venues des États-Unis, d'Europe et d'Amérique latine, donnant naissance à un son hybride, immédiatement reconnaissable. C'est dans ce contexte que Mao Sareth construit sa carrière, aux côtés d'artistes qui deviendront des légendes, dont Sinn Sisamouth, avec qui elle a partagé plusieurs enregistrements.

Son répertoire compte des titres devenus, avec le temps, des classiques discrets du genre : parmi eux, des chansons évoquant le ciel assombri ou les vicissitudes amoureuses, portées par une voix que les archivistes contemporains décrivent comme puissante et haut perchée.

Chanter pour les soldats

Le tournant politique de 1970 bouleverse également la trajectoire artistique de Mao Sareth. Après le coup d'État qui porte le général Lon Nol au pouvoir, elle rejoint un groupe de chant militaire rattaché à la radio Vithyou Samleng Yuthachun, la « Voix du soldat », dont la mission est de soutenir le moral des troupes engagées dans la guerre civile. En 1974, alors que le pays s'enfonce dans le conflit, elle est interrogée par Huy Meas sur les ondes de la radio nationale à Phnom Penh, l'une des dernières traces publiques que l'on ait d'elle avant la chute de la capitale.

Mao Sareth, une voix trop peu connue des années 70

La disparition

Le 17 avril 1975, jour de la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges, Mao Sareth est contrainte, comme des millions d'habitants de la capitale, de quitter la ville pour les campagnes. On ignore les conditions exactes de sa vie durant les mois qui suivent : les archives disponibles suggèrent qu'elle fut probablement affectée à des travaux forcés, avant que son identité de chanteuse connue ne soit découverte par des cadres du régime.

Or, être identifié comme artiste, intellectuel ou membre de l'une des « professions suspectes » représentait, sous le régime de Pol Pot, une condamnation quasi certaine. Mao Sareth aurait été tuée peu après, comme tant d'autres musiciens de sa génération, parmi lesquels Sinn Sisamouth, Ros Serey Sothea, Pen Ran et Huy Meas elle-même.

Une mémoire fragmentaire mais vivante

Contrairement aux masters de studio et aux pressages vinyles, largement détruits pendant les années du régime, une partie du travail de Mao Sareth a survécu grâce à des copies de cassettes réalisées de façon informelle, conservées clandestinement au Cambodge ou emportées par des réfugiés fuyant le génocide. Ce sont ces bandes fragiles, rescapées par hasard et par la ténacité de quelques particuliers, qui permettent aujourd'hui à des archives comme la Cambodian Vintage Music Archive de faire circuler à nouveau sa voix.

Il n'existe pas de biographie détaillée, pas de tombe connue, pas de récit précis de ses derniers mois. Ce que l'on sait de Mao Sareth tient presque entièrement à quelques lignes d'archives, à des chansons retrouvées et à la mémoire de ses pairs. Mais c'est précisément cette rareté qui rend sa voix si précieuse : elle nous rappelle qu'à côté des figures les plus célébrées de l'âge d'or khmer, une génération entière d'artistes a été réduite au silence — et que redonner un visage à chacune d'elles est aussi une manière de résister à l'oubli.

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