Cambodge & Livre : « Les petites fleurs brisées du Cambodge »

Christian Guth a travaillé pendant six ans comme commandant de police à l’ambassade de France dans les années 1990. Il créera ensuite, en partenariat avec l’UNICEF, l’ONG World Vision et le ministère cambodgien de l’Intérieur, le « projet de lutte contre l’exploitation sexuelle et le trafic d’enfants », une unité de police locale dédiée à la protection des enfants.

Ce policier aujourd’hui à la retraite vient de publier un livre, intitulé « Les petites fleurs brisées du Cambodge », un récit -témoignage dans lequel il raconte le combat mené par son équipe pour arrêter les pédophiles au Cambodge.

Note de l’éditeur

Dans ce livre, le commandant de police Christian Guth raconte ses dix années de lutte contre la pédophilie, les crimes sexuels et le trafic des enfants en Asie du Sud-Est.

Au Cambodge, où les enfants pauvres sont des proies faciles pour les prédateurs sexuels et les réseaux criminels, il a eu la charge de mettre sur pied une unité de police qui a eu à traiter un grand nombre d’affaires éprouvantes dont les plus édifiantes sont relatées dans cet ouvrage.

«Sur la base d’histoires réelles, ce livre ouvre également une réflexion sur l’intolérable et l’acceptable en matière de services sexuels rémunérés.»

Précisions

Dans une interview accordée à François Camp pour le compte du journal Cambodianess, l’auteur confie :

« Dans les années 1990, il y avait un bidonville dans les rues juste derrière l’ambassade de France. À l’époque, tout le monde savait que cet endroit était l’un des hauts lieux de la prostitution de la ville. Et certaines des prostituées étaient très jeunes, encore adolescentes. Les gens avaient l’habitude d’appeler ce quartier « la rue des petites fleurs », en référence aux filles que l’on pouvait y trouver.

Bien qu’il s’agisse d’un titre figuratif pour un livre, je pense qu’il met bien en évidence le phénomène de la maltraitance des enfants : les enfants sont des êtres humains innocents et fragiles, tout comme une fleur. »

« Si vous les maltraitez, vous les briserez et détruirez leur vie et leur avenir. Tout comme les fleurs cassées, certains se relèveront et continueront à vivre… mais d’autres non.»

« Je voulais que ce livre soit un récit de ce que mon équipe et moi-même avons vécu lorsque nous avons lancé ce projet, en détaillant les cas criminels réels auxquels nous avons été confrontés, mais aussi en décrivant les réussites et les échecs que nous avons connus. Donc, se concentrer sur les protagonistes, les enfants, pour nommer le livre après eux était une bonne démarche. »

Détails

Concernant les descriptions quelque peu détaillées et forcément dérangeantes des affaires sur lesquelles il est intervenu, l'auteur rétorque :

« Il faut appeler un chat un chat. Pour comprendre ce contre quoi nous nous battions, le lecteur doit comprendre le genre d'événements tragiques que vivaient les enfants maltraités. La difficulté était de décrire les choses sans être trop grossier ou utiliser un langage inapproprié. Je ne voulais pas tomber dans le voyeurisme ou le morbide. Et je pense avoir trouvé un équilibre entre certaines histoires crues et d'autres, beaucoup plus faciles à lire. Évidemment, certains passages restent difficiles à lire. Mais ce n'est rien comparé à ce que ces enfants avaient vécu. »

Extrait du livre

V – LES PETITES FLEURS – PREMIÈRE PARTIE

Ngoc fixe le sol. Comme si ne rien voir de ce qui se passe autour d’elle pouvait la rendre invisible. Comme si elle avait commis une faute. La fillette est nue, assise sur un misérable lit en lattes de bois garni de coussins aux couleurs criardes. Visiblement, elle n’est âgée que de 10 ou 11 ans, sa poitrine pas encore formée en témoigne.

À côté de cette enfant frêle et légère comme un brin d’herbe, un homme au corps massif d’une quarantaine d’années. Lui aussi est assis et nu. Ses mains cachent son sexe. Son regard abasourdi dévoile son désarroi. Il a vu qu’on prenait une photo de cette scène, témoignage irréfutable de sa culpabilité.

Nous sommes dans une bicoque en bois et tôle du quartier de prostitution de Svay Pak, le fameux « Kilomètre 11 », sur la route Nationale 5 qui relie Phnom Penh au nord du pays en passant par Kampong Chhnang, ville située à l’embouchure du Tonlé Sap.

En cette année 2002, ce quartier chaud, qui a accueilli ses premiers clients en 1994, tourne à plein régime, au vu et au su de tous, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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