Cambodge : La hausse des prix des denrées, un risque pour la sécurité alimentaire

L'UNICEF, les Nations Unies, le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l'OMS et la FAO publient une déclaration commune quelque peu alarmiste concernant les « risques de crise alimentaire liés à l'augmentation rapide des prix alimentaires au Cambodge ». Toutefois, ces organismes suggèrent que les solutions financières et les programmes d'assistance existent et qu'il serait opportun d’accélérer, ou prolonger pour certains, leur mise en oeuvre.

En plus des vulnérabilités socio-économiques existantes dues à la pandémie et aux multiples chocs climatiques (UNICEF & PAM 2021), le Cambodge est à présent confronté à de nouvelles menaces pour la sécurité alimentaire  avec l'augmentation rapide des prix alimentaires locaux et mondiaux.
En plus des vulnérabilités socio-économiques existantes dues à la pandémie et aux multiples chocs climatiques (UNICEF & PAM 2021), le Cambodge est à présent confronté à de nouvelles menaces pour la sécurité alimentaire avec l'augmentation rapide des prix alimentaires locaux et mondiaux.

Les dirigeants mondiaux et les agences de l’ONU ont commencé à tirer la sonnette d’alarme sur l’imminence d’une crise alimentaire mondiale. « Les niveaux de la faim dans le monde ont atteint un nouveau sommet », a averti le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’une allocution en mai.

« En deux ans seulement, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire grave a doublé, passant de 135 millions avant la pandémie à 276 millions aujourd’hui.... Si nous ne résolvons pas ce problème aujourd’hui, nous sommes confrontés au spectre de pénuries alimentaires mondiales dans les mois à venir. »

Au Cambodge

Dans le Royaume, l’augmentation du coût des aliments produits localement, associée à la hausse des prix des carburants, des transports et des intrants agricoles tels que les engrais, est très préoccupante pour la sécurité alimentaire et la nutrition, en particulier pour les plus vulnérables.

Si le prix du riz, base du régime alimentaire cambodgien, est resté relativement stable jusqu’à présent, la Fédération cambodgienne du riz prévoit qu’elle pourrait augmenter de 10 à 20 % au cours des prochains mois en raison de la hausse du coût des intrants utilisés dans la production.

En outre, les prix des aliments nutritifs largement consommés ont déjà augmenté par rapport à la même période de l’année précédente. Les prix des aliments importés ont également connu des augmentations considérables. Le prix de l’huile végétale a augmenté de 39,7 % en mai 2022 par rapport à mai 2021 — la majeure partie de la hausse des prix (13,5 %) ayant eu lieu depuis février 2022 (PAM, 2022).

En 2017, avant la dernière série de crises, un Cambodgien sur cinq — et dans certaines régions du pays, deux personnes sur trois — ne pouvait même pas s’offrir le régime nutritif le moins cher (CARD et PAM, 2017).

Ainsi, une part importante des enfants cambodgiens ne consomme pas des quantités adéquates de nutriments indispensables provenant des fruits, des légumes et des aliments de source animale. Après le début de la pandémie, les ménages cambodgiens ont déclaré avoir réagi à la réduction de l’accès à la nourriture en se tournant vers des aliments moins chers, plus de la moitié des ménages réduisant la taille des repas et la consommation d’aliments riches en protéines, en vitamine A et en fer.

En particulier, la proportion de femmes répondant aux normes de diversité alimentaire minimale (définie comme la consommation de cinq groupes d’aliments ou plus au cours des 24 heures précédentes) est passée de 68 % à 55 % en décembre 2021.


« Comme les prix du marché rendent les aliments riches en nutriments encore plus inaccessibles pour les ménages du pays, les pratiques alimentaires saines devraient encore diminuer. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les ménages les plus pauvres, qui consacrent déjà une part importante de leurs revenus à l’alimentation, car ils seront touchés de manière disproportionnée par la hausse du coût des aliments nutritifs ».

Dans le même temps, la hausse des prix des denrées alimentaires pourrait entraîner une augmentation de la consommation d’aliments malsains et ultra-transformés, en partie parce que ces aliments sont moins chers, plus pratiques et mieux commercialisés que les autres.

La nutrition est plus importante que jamais, en particulier pour les jeunes enfants. La hausse des prix des denrées alimentaires risque d’exacerber les niveaux déjà élevés de malnutrition infantile, au moment même où le pays commençait à montrer des signes de récupération des impacts économiques de la pandémie.

Il faut s’efforcer de soutenir la capacité des petits exploitants agricoles, des petites et moyennes entreprises et des organisations locales de la société civile à continuer de produire et de fournir des aliments abordables
Il faut s’efforcer de soutenir la capacité des petits exploitants agricoles, des petites et moyennes entreprises et des organisations locales de la société civile à continuer de produire et de fournir des aliments abordables

Les données préliminaires de l’enquête démographique et sanitaire du Cambodge (CDHS) 2021-2022 indiquent que le retard de croissance (malnutrition chronique) chez les enfants de moins de cinq ans est passé de 32 % en 2014 à 22 % aujourd’hui, un taux de progression qui a dépassé l’objectif fixé.

Cependant, 10 % des enfants de moins de cinq ans souffrent encore de cachexie (malnutrition aiguë), ce qui n’a pas changé au cours de la dernière décennie. Ce niveau est encore plus élevé dans certaines provinces où le taux d’émaciation dépasse les niveaux d’urgence à plus de 15 %.

Simultanément, les niveaux de surpoids et d’obésité chez les enfants ont doublé ces dernières années. Une bonne nutrition est essentielle pour stimuler le développement économique à long terme grâce à son impact sur le capital humain, comme l’illustre l’étude « Economic Consequences of Malnutrition in Cambodia » (CARD, UNICEF & WFP, 2013), qui estime que le coût annuel de la malnutrition au Cambodge se situe entre 250 et 400 millions USD, soit 1,5 à 2,5 % du produit intérieur brut global.

Pourtant, les fonds disponibles pour lutter contre la malnutrition sous toutes ses formes sont insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins. Cela vaut pour les allocations dans différents secteurs, notamment la protection sociale, la santé, l’éducation, l’agriculture, l’eau et l’assainissement.

À titre d’exemple, la feuille de route nationale du Plan d’action mondial pour la prévention et le traitement de l’émaciation des enfants estime que 25 millions de dollars sont nécessaires au cours des trois prochaines années pour répondre aux besoins essentiels et à la malnutrition aiguë.

Cependant, seuls 31 % des fonds nécessaires ont été obtenus, ce qui laisse un écart de 17,2 millions de dollars.

Recommandations

L’UNN propose plusieurs recommandations pour s’assurer que la vision audacieuse et holistique du gouvernement cambodgien en matière de sécurité alimentaire et de nutrition — manifestée par diverses politiques et stratégies et des engagements ambitieux lors du Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires et du Sommet sur la nutrition pour la croissance en 2021 — soit réalisée.

Actions prioritaires dans l’immédiat

Augmenter le soutien financier à la nutrition, en s’attachant tout particulièrement à atteindre les enfants. Pour que le Cambodge atteigne ses objectifs en matière de sécurité alimentaire et de nutrition, il faut s’efforcer d’augmenter l’allocation de fonds nationaux provenant de sources publiques et privées tout en mobilisant simultanément des ressources extérieures supplémentaires.

Dans l’immédiat, le gouvernement, les donateurs et les autres parties prenantes doivent s’engager à donner la priorité aux ressources qui garantissent des stocks suffisants d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi pour sauver la vie des enfants souffrant de malnutrition sévère.

Cela est d’autant plus important que le coût de ce produit de première nécessité devrait augmenter de 16 % au cours des six prochains mois en raison des chocs mondiaux.

En outre, le gouvernement doit veiller à ce que la hausse des prix des denrées alimentaires n’affecte pas la qualité des repas nutritifs fournis par le programme national d’alimentation scolaire à base de produits locaux. Cela peut être réalisé en surveillant les prix des aliments et en fixant un seuil de déclenchement pour augmenter l’allocation de ressources pour les rations alimentaires.

Renforcer l’utilisation de l’assistance en espèces en tant que mécanisme essentiel de protection sociale pour atténuer les impacts à court terme sur les plus vulnérables. Avec la hausse des prix des denrées alimentaires, de plus en plus de ménages n’auront pas les moyens de se procurer des aliments nutritifs.

Des niveaux adéquats d’aide sociale en espèces peuvent aider les ménages à combler ce fossé et à faire en sorte que la quantité et la qualité des aliments ne soient pas compromises, en particulier pour les groupes vulnérables, notamment les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Les aliments qui favorisent une nutrition optimale sont ceux qui sont riches en protéines, en vitamines et en minéraux et comprennent la viande, les œufs, le poisson, les produits laitiers, les légumes verts à feuilles, les haricots, les lentilles, les fruits à chair orange et les légumes — qui ont tous tendance à être plus chers qu’un régime de base centré sur le riz.

Il est essentiel de poursuivre le suivi et les analyses pour comprendre comment les chocs à grande échelle, comme la nouvelle crise des prix alimentaires, affectent la sécurité alimentaire et la nutrition des Cambodgiens.

Pour que le suivi soit pleinement efficace, il est essentiel que le ciblage soit à la fois inclusif et complet, en accordant l’attention nécessaire aux différentes formes de vulnérabilité, notamment celles liées à l’âge, au sexe et au handicap.

En utilisant les statistiques, des réponses plus efficaces peuvent être planifiées et mises en œuvre pour répondre aux besoins essentiels de la population, notamment des plus pauvres et des plus vulnérables.

Actions prioritaires à moyen terme

Veiller à ce que les messages nutritionnels accompagnent les transferts d’argent liquide et à ce que les régimes alimentaires sains soient encouragés par des campagnes efficaces de changement de comportement social.

L’impact des transferts d’argent liquide est renforcé lorsqu’ils sont accompagnés d’informations sur une bonne nutrition. Il est donc essentiel de promouvoir la nutrition parallèlement aux transferts d’argent, notamment en envoyant des messages nutritionnels avec les notifications de paiement ou aux points de vente, pour améliorer les pratiques alimentaires.

Ces messages sont essentiels pour fournir des informations et des conseils aux familles sur la manière d’utiliser le revenu du ménage pour acheter des aliments nutritifs, en particulier pour les femmes enceintes et allaitantes ainsi que pour les jeunes enfants.

Optimiser l’utilisation des ressources à tous les niveaux et dans tous les secteurs

Pour s’attaquer efficacement aux goulets d’étranglement et aux problèmes du système alimentaire cambodgien, il faut renforcer la coordination et la collaboration à tous les niveaux.

Pour soutenir le financement durable des améliorations alimentaires et nutritionnelles, le système de coordination infranational pour la sécurité alimentaire et la nutrition établi dans le cadre de la deuxième stratégie nationale pour la sécurité alimentaire et la nutrition (2019-2023) peut être mis à profit pour renforcer les capacités des acteurs à tous les niveaux.

Cela permettra d’intégrer la sécurité alimentaire et la nutrition dans les plans et budgets locaux.

Actions prioritaires à plus long terme

Optimiser les chaînes de valeur pour que les chocs futurs aient un impact minimal sur la sécurité alimentaire et la nutrition.

Il faut s’efforcer de soutenir la capacité des petits exploitants agricoles, des petites et moyennes entreprises et des organisations locales de la société civile à continuer de produire et de fournir des aliments abordables, adéquats, sûrs, diversifiés et culturellement appropriés. Ces mesures doivent être complétées par un effort important pour mobiliser le soutien du secteur privé afin d’investir dans les résultats nutritionnels en fortifiant les aliments de base, en réduisant les déchets et les pertes alimentaires et en améliorant les infrastructures vertes par l’irrigation et les routes rurales.

Des chaînes de valeur alimentaires plus courtes et plus locales auront des coûts de distribution plus faibles, bien que cette économie doive être équilibrée avec la nécessité d’une production évolutive et diversifiée.

Il faut promouvoir les transitions agro-écologiques dans la production alimentaire afin de réduire les coûts des intrants, de mettre fin à la dégradation des terres et de renforcer la fertilité des sols à long terme. L’approche à plus long terme du climat d’instabilité est nécessaire pour que l’agriculture puisse faire face au triple choc de la hausse des prix des intrants, du changement climatique, ainsi que de l’augmentation des coûts et de la diminution de la disponibilité de la main-d’œuvre.

Le coût croissant des carburants et des engrais sera probablement un stimulant pour la transition agro-écologique, bien que cela nécessite du temps et des investissements initiaux dans la technologie et le renforcement des capacités.

UN Nutrition


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