Cambodge & Jeunes leaders : Heng Sokvisal, vidéaste spécialisé dans les réseaux sociaux

En partenariat avec Konrad-Adenauer-Stiftung Cambodia, Cambodge Mag vous propose une série de portraits intitulée « Jeunes leaders et influencers », qui donne la parole à différents jeunes Cambodgiens ambitieux, fiers de leurs pays et prometteurs. Aujourd'hui : Heng Sokvisal, vidéaste spécialisé dans les réseaux sociaux.

Heng Sokvisal, vidéaste spécialisé dans les réseaux sociaux
Heng Sokvisal, vidéaste spécialisé dans les réseaux sociaux

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler des réalisations dont vous êtes le plus fier ?

Je me nomme Heng Sokvisal et je suis âgé de 25 ans. Sincèrement, je ne pense pas avoir suffisamment de compétences pour être appelé un « jeune leader », ce n’est pas encore le cas.

À propos de ma famille, mon père est décédé lorsque j’avais huit ans. Nous sommes quatre enfants (deux sœurs et deux frères) et je suis le plus jeune. La situation de ma famille est devenue difficile, car lorsque mon père est décédé, ma mère n’était qu’une femme au foyer, sans activité pour subvenir aux besoins de la famille.

Les enfants devaient travailler et nous gagnions aussi un petit revenu en louant des biens immobiliers. Concernant ma formation, je suis diplômé de l’Institut de technologie de Kirirom, situé dans la province de Kampong Speu. Pendant mes études, ma famille menait une vie vraiment difficile, car seule ma mère s’occupait de chacun de mes frères et sœurs.

Donc, quand j’étais jeune, mes frères et sœurs allaient travailler afin de payer les frais de scolarité et d’aider ma mère dans son travail. Par conséquent, la situation familiale était vraiment pénible, mais aujourd’hui, elle est bien meilleure.

« J’ai beaucoup de raisons d’être fier. J’ai famille formidable, qui vit dans un bon environnement, et même si nous n’avons pas beaucoup d’argent, nous sommes heureux parce que mes frères et sœurs et ma mère m’encouragent et me soutiennent en permanence »

Ma mère se comporte non seulement comme une mère, mais aussi comme une conseillère et une amie proche, et c’est une source de grande satisfaction. Je suis fier, car j’ai inspiré de nombreux jeunes à faire ce qu’ils aiment, et à ne pas abandonner sous la pression des autres.

J’ai encouragé plusieurs jeunes à entreprendre dans un domaine qui leur plait, comme réaliser des vidéos, des vlogs, ou de la musique.

Au début de votre carrière, quels ont été vos principaux défis ?

Au début, personne ne valorisait notre travail. Comme j’étais l’un des premiers vidéastes au Cambodge, les gens n’appréciaient pas, car personne ne le faisait à l’époque et ne pensait que cela pouvait être une carrière.

« J’ai été le premier Cambodgien à considérer la réalisation de clips vidéo comme une carrière »

J’ai quitté mon emploi de codeur au Japon et j’ai commencé à travailler comme vidéaste professionnel. Le premier défi a été d’établir un lien avec la société et les gens qui nous entouraient, car ils étaient plus que sceptiques et se moquaient de nous. Ils disaient qu’il y avait beaucoup de bons emplois disponibles, mais que nous n’obtiendrions aucun soutien de la société ou de nos amis en raison de notre choix.

Au fil des annéess, quelles précieuses leçons avez-vous tirées de votre carrière ?

J’ai appris que les humains sont vraiment merveilleux. Tant que nous mettons du cœur et agissons en conséquence, nous obtenons des résultats positifs. C’est la meilleure leçon que j’ai apprise. En parlant de leadership dans cette situation, je dirais qu’un vrai leader n’abandonne pas facilement, et ne change pas d’idées en raison de ce que pensent les autres, un leader doit avoir un objectif clair,

« Si nous partons sur un projet, cela signifie que nous avons déjà un plan et une stratégie pour y arriver »

Parfois, même si cela ne se produit pas ou ne répond pas à toutes les normes que nous voulions, nous essayons quand même de nous adapter, nous n’abandonnons pas et nous continuons à avancer.

Une bonne stratégie consiste à se comporter comme une marmite à moitié pleine d’eau dans le sens où l’on peut obtenir des conseils d’autres personnes. Nous devons accepter les commentaires positifs et parfois négatifs qui peuvent tous être constructifs.

Heng Sokvisal, vidéaste spécialisé dans les réseaux sociaux

Quelles sont vos valeurs fondamentales et comment vous assurez-vous que votre équipe est en phase avec vos valeurs ?

J’ai maintenant trois entreprises, mais j’utilise Company Talent Agency comme exemple, car elle compte de nombreuses équipes. La première est celle des organisateurs du concept ; la deuxième, celle de la post-production ; la troisième, l’équipe créative qui propose le concept ; et la quatrième équipe est celle des talents qui mettent en œuvre les propositions des autres équipes. Normalement, lorsque nous mettons en place un projet, il y a forcément des divergences, car nous avons beaucoup d’idées à discuter et parfois nous sommes en désaccord, donc pour que l’équipe soit en phase, nous devons répartir clairement les rôles de chacun.

Par exemple, lorsqu’il s’agit du concept, nous devons accorder la plus grande importance à l’équipe en charge lorsqu’elle s’exprime ; tout le monde doit écouter et essayer de s’adapter, et chacun peut exprimer son opinion, mais la décision finale lui revient.

Cela signifie que nous répartissons les rôles de manière que chaque personne n’ait pas de rôles qui se chevauchent. Nous plaçons la bonne personne au bon endroit.

Quels sont les comportements ou les traits de caractère qui, selon vous, ont un impact négatif sur le leadership ?

Je pense que les attitudes qui ont un impact négatif sur le leadership, c’est lorsque nous ne proposons rien et que nous continuons à blâmer les autres. En tant que patron, nous devons être à l’avant et servir de modèle aux autres. Si nous donnons le mauvais exemple, ils ne nous écouteront pas.

Par exemple, nous demandons aux membres pourquoi ils ne prennent pas de notes durant une réunion, mais nous ne prenons pas de notes non plus… C’est un mauvais exemple pour le personnel. Nous ne gagnerons pas leur respect avec un tel comportement.

Quelles sont vos stratégies pour inspirer/motiver les jeunes à devenir des leaders et des influenceurs comme vous ?

Pour ma part, je pense que je ne suis pas encore un leader influent. Mes capacités sont encore limitées et je dois en apprendre davantage. Mais si vous me demandez des conseils, je pense qu’une bonne stratégie consiste à se montrer capable de recevoir des conseils d’autres personnes.

« Nous devons accepter les commentaires positifs et parfois négatifs qui peuvent être constructifs »

Cela signifie que parfois les autres parlent de nos mauvais points, mais leur intention est de nous rendre meilleurs parce qu’ils voient nos défauts. S’il y a une opinion très négative, mieux vaut ne pas la prendre en compte, car cela peut amener de la confusion dans nos décisions.

Quels sont les risques que vous avez pris dans votre carrière et quels ont été les résultats ?

Les risques peuvent être très importants, car je suis une personnalité publique. Nos messages sont entendus par des personnes qui nous aiment ou… qui nous détestent.

Parfois, certains interprètent nos messages de façon douteuse. C’est un risque réel lorsque nous produisons un clip, nous devons penser aux conséquences de ce que nous publions sur les médias sociaux.

Ce que nous disons peut décourager les jeunes et les conduire dans la mauvaise direction.

Nous devons donc réfléchir sérieusement à cette question, car l’utilisation et l’impact des médias sociaux sont très complexes. J’ai environ un million de suiveurs sur Facebook. Par conséquent, ce qui est écrit et publié sur les réseaux affecte définitivement la vie quotidienne des gens.

Nous devons donc être attentifs à la qualité de ce que nous partageons.

Qu’est-ce qui rend la culture cambodgienne unique et comment pensez-vous que le leadership des jeunes cambodgiens peut s’épanouir ?

Je pense que la culture cambodgienne valorise plus les opinions des aînés que celle des jeunes. C’est ce que j’ai vu et expérimenté lorsque j’ai commencé comme stagiaire. Cela signifie que même si les jeunes expriment de bonnes idées, la plupart des personnes âgées estiment que les jeunes manquent d’expérience, et qu’ils devraient donc écouter leurs aînés.

Dans notre culture, les jeunes n’ont pas autant de pouvoir d’influence par les mots (toek mot sap). De plus, notre culture valorise les aînés et le népotisme. Je pense que si nous voulons que le Cambodge soit prospère, nous devons faire preuve d’ouverture d’esprit et de non-discrimination, quel que soit notre âge.

Quel conseil auriez-vous pour la jeune génération de Cambodgiens ?

Il faut d’abord savoir qui on est, ce qu’on aime et quels sont nos projets d’avenir. Si nous ne nous découvrons pas, nous ne faisons que travailler ici et là ; c’est une perte de temps.

Un autre conseil est d’essayer de penser de façon positive, car cela influencera nos résultats. En outre, apprendre à dire merci à ceux qui nous entourent, car chaque individu impliqué dans notre vie quotidienne nous donne des leçons de vie et celles-ci sont précieuses.

Par conséquent, essayez souvent de penser positivement et commencez à le faire dès maintenant.

Avec Konrad-Adenauer-Stiftung Cambodia : https://www.kas.de/en/web/kambodscha

Remerciements à Long Chanbormey, Chargée de Programme et Dr Daniel Schmuecking, Directeur pays de Konrad-Adenauer-Stiftung Cambodia.