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Cambodge & Histoire de France : Le rôle du Royaume durant la Grande Guerre

Alors que le Cambodge s’apprête ce vendredi 14 juillet 2023 à inaugurer le Monument aux morts de Phnom Penh, en 1914, les premières dépêches à Phnom Penh en provenance de France demandaient à 4 500 Cambodgiens de se joindre à l’effort de guerre français.

Tirailleurs indochinois. Photo cc
Tirailleurs indochinois. Photo cc

« Ce nombre a été immédiatement ramené à 3 500, mais, il est toutefois impossible de déterminer exactement combien de Cambodgiens sont partis en Europe », explique Henri Eckert, professeur adjoint d’histoire indochinoise à l’Université des Antilles en Martinique.

Le petit contingent de volontaires cambodgiens a aidé à défendre leurs dirigeants coloniaux sous la bannière plus large de l’armée indochinoise, qui comprenait également des Vietnamiens et des Laotiens. Selon l’historien, il s’agissait d’un projet politique visant à unifier l’Indochine française et à répandre l’idée que le contrôle de la France était naturel et ne résultait pas du chaos et de la conquête. Le pouvoir colonial arguait qu’il été légitime que « l’Asie mette de côté ses différences pour se battre aux côtés des Français en tant que peuple indochinois ».

« De nombreux volontaires étaient des intellectuels », précise M. Eckert, ajoutant :

« Ils pensaient que si l’Indochine soutenait la France, elle obtiendrait plus facilement son indépendance. »

À l’époque, les Cambodgiens devaient se munir d’un passeport s’ils s’éloignaient de 19 km de leur domicile. Se rendre en Europe était donc un acte fort en soi. Les agents de la poste française ont intercepté des lettres (aujourd’hui conservées aux archives nationales françaises) décrivant la joie des soldats cambodgiens de voir un Français cirer des chaussures ou racontant des aventures amoureuses avec des Européennes.

« Il y a des lettres très colorées, les gens décrivent la première fois qu’ils voient des avions ou décrivent les chars et les sous-marins de manière très naïve », raconte M. Eckert.

Un document de la Première Guerre mondiale datant de 1916 et conservé aux Archives nationales du Cambodge décrit les avantages pour les soldats :

« Les volontaires qui s’enrôleront recevront une prime de 80 dollars (en piastres, monnaie de l’époque coloniale), dont 20 dollars versés au moment de l’engagement, 60 deux jours avant leur embarquement et un solde quotidien de 24 cents à compter du jour de leur incorporation.

Entre-temps, les travailleurs recevaient une prime d’engagement de 10 dollars, un salaire journalier de 30 cents et une prime qui variait de 10 à 30 cents chaque jour ouvrable.

M. Eckert précise que seuls 1 000 Cambodgiens environ ont participé aux combats, tandis que 2 500 volontaires ont fini comme ouvriers et leur situation financière était meilleure à certains égards.

L’historien note également que la plupart des victimes cambodgiennes de la Première Guerre mondiale se trouvaient dans les usines d’armement. Le nombre d’ouvriers cambodgiens était bien plus important que celui des soldats et les ouvriers d’usine ne bénéficiaient pas des mêmes soins médicaux que les soldats qui se battaient sur le terrain.

Après 1918, environ 5 000 Indochinois sont restés en Europe, tandis que ceux qui sont rentrés ont vu leur situation changer. La situation au Cambodge après la guerre n’était pas aussi catastrophique qu’au Vietnam, car il y avait beaucoup de terres vacantes au Cambodge, et les Français avaient décidé que chaque vétéran avait droit à plusieurs hectares de terre et recevait 50 dollars pour commencer à cultiver la terre.

En revanche, M. Eckert explique que les soldats vietnamiens n’avaient pas grand-chose à retrouver. Il y avait peu de terres et peu d’emplois dans la fonction publique.

« En fin de compte, c’est ce qui a alimenté la révolution. Les Français voulaient unifier l’Indochine et, dans une certaine mesure, cela a fonctionné. Lorsque Hô Chi Minh a fondé son parti communiste, celui-ci s’appelait le Parti communiste indochinois », dit-il.

Rendez-vous manqué

Pour la première fois, les soldats de l’Empire colonial furent utilisés sur le sol européen, ce qui suscita l’indignation allemande. Henri Eckert évoque très justement le changement de paradigme provoqué par l’utilisation des soldats indochinois hors de leur colonie :

« Les Français ne recrutèrent que 15 000 hommes de troupe en Indochine avant la Première Guerre mondiale, ils expédièrent plus de 40 000 soldats issus de la colonie sur les fronts européens à partir de 1915 ».

Pour autant, il montre avec subtilité que les motivations étaient variées et que certains s’engagèrent afin de découvrir un « Occident symbole de modernité ». Pour l’ensemble des nouvelles recrues, cela signifiait la découverte de nouvelles habitudes alimentaires et d’un nouveau type de climat. S’il y avait des tensions entre ethnies au sein des tirailleurs sénégalais, les sources révèlent aussi des rixes entre Cambodgiens et Vietnamiens dans les camps du Sud-est.

Les clichés demeuraient nombreux sur les coloniaux, mais comme le précise l’auteur, le soldat indochinois semblait moins impopulaire. Cependant, il aurait fallu nuancer davantage ce point, dans la mesure où les Sénégalais étaient souvent appréciés pour leur force dans les travaux agricoles et la méfiance vis-à-vis des troupes du Maghreb reposait plus sur la crainte de leur politisation.

Malgré l’engagement de l’Indochine dans la guerre, cette dernière fut un « rendez-vous manqué », car elle ne donna pas naissance à une grande armée d’Indochinois comme l’espérait le général Mangin.

Source : Husain Haider —The Post & Nonfiction.fr (cc)

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