Cambodge : havre pour les retraités, chantier en devenir pour les entrepreneurs
- La Rédaction

- 12 juil.
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Un nouveau classement mondial souligne le contraste cambodgien entre douceur de vivre et jeunesse de son climat des affaires — un contraste que l'actualité économique du pays vient largement nuancer.

Publié le 16e rang mondial pour l'accueil des retraités étrangers, mais seulement 116e pour les entrepreneurs : le dernier classement du cabinet de conseil en relocalisation Rumavi dresse le portrait d'un pays où il fait indéniablement bon vieillir, et dont l'écosystème entrepreneurial reste encore en construction. Un paradoxe que ses propres auteurs relativisent, et que plusieurs indicateurs économiques récents viennent également tempérer.
Le constat a de quoi surprendre au premier regard, mais il ne relève en rien d'une contradiction, selon ceux qui l'ont établi — et il mérite surtout d'être lu avec nuance. Publié le 1er juillet, le Rumavi Global Relocation Index 2026 a passé au crible 192 pays et territoires à partir de 24 indicateurs, afin de déterminer les destinations les plus attractives pour les personnes envisageant de s'installer à l'étranger. Résultat pour le Royaume : une belle 16e place mondiale dans la catégorie « retraités », contre une 116e place, plus discrète, dans la catégorie « entrepreneurs ».
Un eldorado pour qui vit de revenus fixes
Interrogé par le Phnom Penh Post, Alexander Linton, fondateur de Rumavi, explique que cet écart traduit une réalité économique cohérente plutôt qu'une anomalie statistique. Le Cambodge affiche l'un des meilleurs scores d'accessibilité financière de tout l'indice, conjuguant un faible coût de la vie quotidienne et l'un des parcours de séjour longue durée les plus simples d'Asie. Pour une personne disposant d'un revenu fixe et recherchant chaleur, facilité d'installation et budget maîtrisé, le Cambodge devance ainsi, sous cet angle précis, des pays bien plus riches comme l'Allemagne, la France ou les États-Unis.
Ce constat rejoint d'ailleurs d'autres analyses récentes sur l'attractivité du Royaume pour les retraités étrangers, qui pointent régulièrement la simplicité du visa ER, l'essor des infrastructures de santé privées à Phnom Penh et la stabilité du coût du logement, notamment hors de la capitale.
Un profil entrepreneurial encore en construction
L'image se nuance dès que l'on change de profil de résident, sans pour autant virer au constat d'échec. Pour les entrepreneurs, l'indice identifie surtout des marges de progression : l'État de droit, l'exécution des contrats, la profondeur du système bancaire et financier, ainsi que la maturité de l'écosystème de start-up et d'innovation. Ce sont les domaines où le Cambodge affiche aujourd'hui ses scores les plus modestes — et, en creux, ceux dont le renforcement ferait le plus progresser son classement, selon le fondateur de Rumavi.
L'indice ne mesure d'ailleurs pas l'énergie entrepreneuriale des Cambodgiens elle-même, mais les fondations institutionnelles capables de transformer cette énergie en entreprises solides et finançables — des fondations qui, par nature, se construisent sur la durée et qui, dans bien des économies émergentes, ont mis des décennies à mûrir.
Des atouts que l'indice ne minimise pas
Linton se garde toutefois de toute lecture purement négative. Il souligne qu'aucun de ces obstacles ne semble entamer la dynamique du pays, citant une population jeune, une adoption numérique en accélération rapide, des investissements directs étrangers en hausse constante et des infrastructures en amélioration continue comme autant de signaux positifs pour l'avenir.
Pour resserrer l'écart entre les deux classements, le fondateur de Rumavi recommande une action résolument institutionnelle : élargir l'accès à des opportunités d'affaires internationales réellement scalables, renforcer la connectivité aux marchés mondiaux et consolider la sécurité juridique des investisseurs. Il insiste également sur la nécessité de bâtir un véritable écosystème de start-up, le critère qui pèse le plus lourd dans l'évaluation globale et qui, selon lui, tire aujourd'hui le score entrepreneurial vers le bas.
Un tableau que le terrain vient nuancer
Plusieurs indicateurs concrets invitent d'ailleurs à relativiser la sévérité de ce 116e rang. Sur le plan macroéconomique, le Cambodge a attiré 5,1 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en 2025, tandis que ses exportations progressaient de 17,7 % sur la même période, portées notamment par le secteur manufacturier — difficile d'y voir le signe d'un climat des affaires en déshérence.
Du côté de l'écosystème entrepreneurial lui-même, la dynamique semble également plus vivace que ne le suggère le classement brut. Le Techo Startup Center, doté d'un fonds de cinq millions de dollars, poursuit ses programmes de subventions, de formation et de mentorat, tandis que des structures comme Khmer Enterprise multiplient les passerelles entre jeunes pousses locales et investisseurs régionaux — une start-up cambodgienne, CheckinMe, s'est même récemment illustrée en finale Asie-Pacifique d'une compétition organisée par la Junior Chamber International. La Banque asiatique de développement estime par ailleurs que l'économie numérique pourrait représenter jusqu'à 16 % du PIB cambodgien d'ici 2030, portée par une population jeune et connectée.
Ces indices méritent aussi d'être lus avec la prudence méthodologique qui s'impose face à tout classement international de ce type : les critères retenus, leur pondération et l'échantillon d'experts consultés varient d'un cabinet à l'autre, et peuvent difficilement refléter, en une poignée de points, la diversité des réalités vécues par les entrepreneurs sur le terrain — qu'ils soient artisans locaux, PME familiales ou start-up technologiques tournées vers l'export. Le décalage entre la 116e place et une actualité économique par ailleurs dynamique illustre bien les limites de l'exercice : un indice mesure des fondations institutionnelles à un instant T, pas nécessairement la trajectoire ni la vitalité réelle d'un secteur en pleine mutation.
Un contexte de réformes engagées
Ce diagnostic rejoint les priorités affichées par le gouvernement cambodgien ces derniers mois. Le Premier ministre Hun Manet a répété à plusieurs reprises que son exécutif engageait des réformes destinées à améliorer le climat des affaires et de l'investissement, afin de renforcer la productivité, la compétitivité et l'innovation du pays. Ces efforts s'inscrivent dans un moment où l'incertitude économique mondiale, l'évolution des dynamiques commerciales et les tensions géopolitiques redessinent l'environnement des affaires à l'échelle internationale — un contexte qui rend d'autant plus stratégique le renforcement de la compétitivité cambodgienne.
Le Cambodge face à ses voisins
Le contraste apparaît sans doute plus net encore à l'échelle régionale, ne serait-ce qu'à titre de repère. Dans ce même indice 2026, Singapour se classe 2e destination mondiale toutes catégories confondues, juste derrière l'Estonie, et rafle la première place mondiale spécifiquement pour les entrepreneurs. La cité-État bénéficie toutefois de décennies d'investissement dans ses institutions financières et juridiques — un chemin que le Cambodge, économie beaucoup plus jeune sur la scène internationale, n'a logiquement pas encore parcouru. La comparaison dit moins un retard qu'une différence de maturité entre deux trajectoires économiques.
Reste que pour un retraité en quête de douceur de vivre, de budget maîtrisé et de simplicité administrative, le Cambodge continue, lui, de tenir une promesse rare : celle d'un art de vivre accessible, loin des standards de coût des grandes capitales occidentales.







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