Cambodge & Confluences : Aider la Francophonie à s'imposer comme levier stratégique du commerce mondial
- La Rédaction

- 16 avr.
- 6 min de lecture
Réunissant plus de 80 acteurs économiques à Phnom Penh, un atelier, organisé à l’initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec le soutien de Confluences, a accueilli une présentation des missions économiques 2026. Un programme ambitieux qui entend transformer l’espace francophone, représentant 20 % du commerce mondial, en véritable zone d’opportunités pour les PME de la région et du Royaume.

Un espace économique de 93 membres, encore sous-exploité
C'est un chiffre qui devrait faire réfléchir les chefs d'entreprise : l'espace économique francophone représente 16,5 % du PIB mondial et 20 % du commerce mondial de marchandises. Pourtant, les échanges intra-francophones restent largement en deçà de leur potentiel. C'est précisément ce paradoxe qu'entend corriger l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à travers son programme de missions économiques.
Lors d’un atelier organisé la semaine dernière à Phnom Penh par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), avec l’appui de Confluences, plus de 80 participants, chefs d’entreprise, représentants institutionnels et acteurs du développement, ont eu l’occasion d’entendre Kaloyan Kolev, spécialiste de programme en charge de la coopération et du suivi des projets à l’OIF, détailler les mécanismes et les résultats concrets de ces missions. La présentation, à la fois pédagogique et chiffrée, a dévoilé l’ampleur d’un dispositif encore méconnu dans la région.
Forte de 93 membres répartis sur tous les continents, l'OIF déploie des programmes de coopération dans des domaines aussi variés que le numérique, les énergies renouvelables, la santé ou la transformation agroalimentaire. Le français, troisième langue des affaires dans le monde et quatrième sur Internet, y constitue à la fois un dénominateur commun et un avantage compétitif. Selon le dernier rapport de l'OIF, la communauté des locuteurs francophones atteindra 396 millions de personnes en 2026.

Des missions B2B aux résultats mesurables : 45 millions d'euros d'accords signés
Depuis 2022, le bilan des missions économiques de la Francophonie est éloquent : 2 000 entreprises participantes, plus de 5 000 rencontres B2B organisées, et plus de 100 accords de coopération commerciale signés pour une valeur totale dépassant 45 millions d'euros. Des chiffres que Kaloyan Kolev a présentés non comme une performance en soi, mais comme la démonstration d'un modèle opérationnel rodé.
Les missions économiques organisées depuis 2022 ont couvert un large spectre géographique : Asie du Sud-Est (Cambodge et Vietnam), Afrique centrale (Gabon et Rwanda), Moyen-Orient (Liban), Europe centrale et orientale (Roumanie), Amérique du Nord (Montréal et Québec), Afrique de l'Ouest (Bénin).
Le principe est simple : chaque année, une mission principale est organisée dans un État membre de l'OIF. Une centaine de PME internationales issues de plus de 20 pays viennent y rencontrer 200 à 250 entreprises locales pour nouer des partenariats. Les secteurs ciblés sont stratégiques — transformation agroalimentaire, numérique, énergies renouvelables, industries culturelles et créatives, tourisme durable, santé et pharmaceutique — et les entreprises participent après sélection, avec une priorité accordée aux jeunes pousses, aux PME innovantes et à celles dirigées par des femmes.
Point notable : l'OIF ne perçoit aucun frais de participation et peut soutenir certaines entreprises dans leurs démarches. Les experts de l'organisation accompagnent par ailleurs l'élaboration de programmes B2B personnalisés. Le Cambodge n'est pas absent de ce bilan : près de 100 entreprises cambodgiennes ont déjà pris part à ces missions, notamment à Phnom Penh, lors de la première mission en Asie du Sud-Est organisée en mars 2022.
2026 : Djibouti, Gabon, Roumanie — trois destinations, une logique d'approfondissement
Pour l'année 2026, l'agenda des missions économiques de la Francophonie s'articule autour de trois rendez-vous distincts, chacun répondant à une logique propre.
La mission principale se tiendra à Djibouti du 6 au 8 octobre 2026, en partenariat avec le ministère de l'Investissement et le ministère de l'Économie et des Finances. Les secteurs prioritaires retenus — transport de marchandises et logistique liés aux ports et zones franches, numérique, énergies renouvelables, santé et tourisme durable — reflètent le positionnement stratégique de Djibouti comme hub régional en pleine transformation. Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 17 avril 2026.
Parallèlement, l'OIF inaugure en 2026 un nouveau format : les missions « retour ». Organisées 12 à 24 mois après une mission principale, elles visent la finalisation des négociations et la signature d'accords entre entreprises ayant déjà entamé un dialogue. Une première édition s'est tenue à Hanoï en octobre 2025 (7 accords) et à Beyrouth en novembre 2025 (18 accords). Deux nouvelles missions retour sont programmées : Libreville (Gabon) les 6 et 7 mai 2026, avec l'appui de l'ANPI-Gabon, axée sur la transformation agroalimentaire et le numérique ; et Bucarest (Roumanie) les 10 et 11 juin 2026, en collaboration avec l'ARICE, focalisée sur les secteurs de la santé-pharmacie et de la cybersécurité.
Soreasmey Ke Bin, PDG de Confluences explique :
« Le Cambodge a notamment accueilli, dès mars 2022, la première mission économique de la Francophonie en Asie du Sud-Est, avec plus de 40 entreprises venues de l’ensemble de l’espace francophone. Une mission “retour” est d’ailleurs prévue prochainement, sans même évoquer ici les forums économiques qui accompagneront le Sommet de la Francophonie en novembre à Phnom Penh.
Le Cambodge a donc déjà été un pays hôte, et le sera à nouveau. Cela implique une responsabilité collective : nos entreprises doivent également se mobiliser et participer à ces missions à l’international.
J’ai moi-même pris part à une mission à Kigali, au Rwanda, en juillet 2022, et cela m’a ouvert les yeux sur de nombreux aspects. Depuis, j’ai eu l’occasion de participer à plusieurs forums économiques sur trois continents. Chaque écosystème fonctionne différemment, et ces expériences permettent d’en tirer des enseignements directement applicables. »
« Nous avons, par exemple, de vraies complémentarités à développer avec certains pays de la Francophonie, comme le Maroc ou le Liban. Je connais également des entrepreneurs cambodgiens actifs en Afrique, notamment dans l’export de produits agricoles. »
Concernant les espoirs et attentes au niveau de l’Asie du Sud-Est, et en particulier du Cambodge, en participant à ce type de missions, l’homme d’affaires poursuit :
« Bien sûr, les échanges dits “sud-sud” restent complexes à structurer. Les marchés plus développés peuvent sembler plus attractifs, mais on ne perd jamais son temps en participant à ce type de mission.
Dans le cas de Djibouti, nous disposons au Cambodge de startups performantes dans la logistique. Il serait particulièrement pertinent de les confronter à un hub régional comme Djibouti, au cœur des flux en Afrique de l’Est.
Enfin, il y a un enjeu de visibilité. Il est essentiel de continuer à se montrer et à être présents dans ces écosystèmes pour attirer, en retour, entreprises et investisseurs au Cambodge. À l’approche du Sommet de la Francophonie de novembre, l’objectif est clair : positionner le Cambodge comme le pays champion de la francophonie économique en Asie du Sud-Est, et inscrire cette dynamique dans la durée. »
Une plateforme numérique pour pérenniser les connexions
Au-delà des missions ponctuelles, l'OIF a développé une infrastructure permanente : la plateforme « Entreprises en Francophonie » (entreprises.francophonie.org). Entièrement gratuite, elle centralise des informations économiques sur les pays membres, des offres de marchés publics, des opportunités de coopération B2B, ainsi que des formations et un programme de mentorat pour le développement international. Une base de données regroupe déjà des centaines d'entreprises francophones dans les secteurs porteurs. Cet écosystème numérique vise à transformer les rencontres éphémères des missions en partenariats durables.
Pour Kaloyan Kolev, l'enjeu dépasse la simple promotion commerciale : « Renforcer la voix des pays francophones dans les forums économiques et commerciaux internationaux. » Une ambition qui résonne particulièrement en Asie du Sud-Est, où la Représentation régionale pour l'Asie-Pacifique (REPAP), basée à Hanoï, joue un rôle de coordination croissant.
CHIFFRES CLÉS
▸ 93 membres de l'OIF sur tous les continents
▸ 20 % du commerce mondial de marchandises
▸ 2 000 entreprises participantes depuis 2022
▸ Plus de 5 000 rencontres B2B organisées
▸ 45 M€ d'accords commerciaux signés
▸ Près de 100 entreprises cambodgiennes participantes
Le choix de l’OIF d’organiser cet atelier à Phnom Penh, avec le soutien de Confluences pour la mobilisation locale, n’est pas anodin. Le Cambodge, membre de l’OIF, s’est révélé l’un des terrains les plus actifs de la coopération économique francophone en Asie. La participation de près d’une centaine d’entreprises khmères aux missions depuis 2022 témoigne d’un tissu entrepreneurial en recherche active de connexions internationales.
L’affluence de l’atelier, avec plus de 80 personnes présentes, constitue un niveau de participation notable, d’autant plus que l’événement s’est tenu à la veille du Nouvel An khmer. Pour les entreprises cambodgiennes souhaitant participer à la prochaine mission économique à Djibouti, le temps presse, la date limite d’inscription étant fixée au 17 avril 2026 sur le site dédié missions-economiques.djibouti.francophonie.org.
Contact OIF Kaloyan Kolev — Kaloyan.Kolev@francophonie.org | www.francophonie.org
Plateforme entreprises https://entreprises.francophonie.org







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