Cambodge & Banque Asiatique de Développement : Profiter de la reprise post-COVID pour réformer

La Banque asiatique de développement au Cambodge (BAD) se déclare prête à aider le pays à mettre en œuvre son ambitieux programme de réforme économique, alors que le royaume cherche à rebondir sur une croissance freinée par la pandémie.

M. Anthony Gil, Directeur Pays par intérim de la Banque Asiatique de Développement
M. Anthony Gil, Directeur Pays par intérim de la Banque Asiatique de Développement

S’adressant à notre partenaire Cambodia Investment Review, le directeur national par intérim de la BAD, M. Anthony Gill, a expliqué que les perspectives économiques du pays semblaient solides après la pandémie de COVID et qu’elles seraient encore renforcées si le gouvernement se concentrait sur la mise en œuvre de son programme de redressement, de résilience et de réforme.

« Le Cambodge a obtenu beaucoup de résultats au cours des deux dernières années, notamment en atteignant des taux de vaccination élevés au sein de la population tout en introduisant une série de mesures pour soutenir et relancer les activités commerciales et protéger les revenus et les moyens de subsistance des ménages les plus pauvres », a-t-il déclaré.

M. Gill explique que le gouvernement cambodgien a déjà mobilisé plus de 800 millions de dollars en 2020 et près de 1,5 milliard de dollars en 2021 pour des interventions sanitaires, sociales et économiques. Le Cambodge a réussi à maintenir la stabilité macroéconomique et financière et à empêcher une augmentation significative de la pauvreté.

« Le programme gouvernemental de transferts monétaires d’urgence a contribué à renforcer la résilience, les simulations suggèrent que sans ce transfert, 17,3 % des ménages cambodgiens auraient été poussés sous le seuil de pauvreté international de 1,9 $/travailleur/jour », dit-il.

Toutefois, M. Gill souligne que le redressement du Cambodge après le COVID est le bon moment pour que le pays poursuive l’élaboration de son programme de réformes en se référant au cadre stratégique du gouvernement pour la relance économique.

« Ce cadre permet de tirer des leçons importantes de la pandémie pour assurer une reprise inclusive, et décrit les 3 R — reprise, réforme et résilience — qui seront essentiels pour remettre l’économie sur les rails », déclare-t-il.

Le directeur national par intérim de la BAD, M. Anthony Gill, et le journaliste de Cambodia Investment Review, Harrison White, s’entretiennent au siège de la BAD au Cambodge, à Phnom Penh.
Le directeur national par intérim de la BAD, M. Anthony Gill, et le journaliste de Cambodia Investment Review, Harrison White, s’entretiennent au siège de la BAD au Cambodge, à Phnom Penh.

« Les priorités définies sont toutes importantes, mais elles nécessiteront des ressources et des mécanismes de financement substantiels, ainsi qu’une coordination et une capacité institutionnelles fortes entre les départements gouvernementaux et les partenaires de développement, afin de mettre les plans en action », ajoute-t-il.

Les 3 R sont les suivants :

  • La relance : relancer les secteurs qui étaient d’importants moteurs de croissance avant la pandémie et veiller à ce qu’ils génèrent des emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

  • Réforme : mesures de réforme structurelle visant à améliorer l’environnement des affaires et des investissements, la compétitivité et la diversification économique.

  • Résilience : renforcement de la préparation et de la réactivité aux chocs futurs, en mettant l’accent sur le développement des ressources humaines et des capacités de production, l’amélioration de la résilience au changement climatique, l’exploitation de la technologie numérique et le renforcement des systèmes de santé et de protection sociale.

L'importance de la main-d’œuvre cambodgienne

L’augmentation des niveaux de productivité parmi la main-d’œuvre cambodgienne a constitué une priorité absolue pour les organisations de développement afin d’aider le pays à atteindre son objectif ambitieux de devenir un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

« Le Cambodge peut renforcer l’écosystème de développement des compétences en partenariat avec le secteur privé, les associations industrielles ou commerciales et les investisseurs afin d’offrir des possibilités de développement des compétences à la main-d’œuvre actuelle et future », indique M. Gill.

Les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure sont définis comme des économies dont le revenu national brut par habitant se situe entre 4 406 et 12 535 dollars, ce qui inclut actuellement les voisins régionaux que sont la Thaïlande et la Malaisie.

« Les possibilités de formation proposées par les employeurs au Cambodge sont encore limitées, mais les prestataires de formation publics et privés du pays peuvent améliorer les parcours de compétences flexibles et cumulables pour la main-d’œuvre afin de répondre aux demandes émergentes et futures qui sont pertinentes pour les industries dans l’économie 4IR et le développement durable », explique Gill.

« Par exemple, de nombreux investisseurs étrangers ont du mal à trouver un nombre adéquat de cadres et de techniciens de niveau intermédiaire doté des compétences adéquates, notamment des compétences techniques mais aussi en matière de résolution de problèmes, de communication et de travail en équipe », ajoute-t-il.

En outre, la BAD estime qu’une utilisation adéquate des accords commerciaux et des initiatives de coopération régionale déjà mises en œuvre permettra d’ouvrir davantage l’économie cambodgienne. En outre, le gouvernement cambodgien devrait maximiser ces opportunités en augmentant la main-d’œuvre qualifiée nécessaire à une économie diversifiée et durable.

Continuer à développer les services sociaux au Cambodge

La pandémie a quelque peu forcé le gouvernement cambodgien à s’intéresser au grand nombre de ses citoyens qui travaillent principalement dans le secteur informel et sont très vulnérables aux ralentissements économiques — ce qui ne s’était pas vu au Cambodge depuis la crise financière mondiale de 2008.

La BAD affirme que le système IDPoor du pays est devenu le principal mécanisme d’identification des ménages pauvres et vulnérables pour une série de prestations sociales, notamment des transferts en espèces pour soutenir le développement du capital humain en « temps normal », mais aussi des transferts d’urgence face à un choc sans précédent tel que le COVID-19.

La carte IDPoor fait partie du « Programme de transfert d’argent pour les ménages pauvres et vulnérables », une initiative gouvernementale conçue pour aider à renforcer la protection sociale au Cambodge face à la pandémie.

« En octobre 2021, 95 % des ménages IDPoor éligibles (678 459 ménages), soit 19 % de l’ensemble des ménages du pays, avaient reçu un soutien par le biais du programme de transfert d’argent COVID-19. Ces transferts ont non seulement contribué à éviter de faire passer les ménages “quasi-pauvres” sous le seuil de pauvreté, mais ont probablement aussi permis à environ 164 000 ménages de sortir de la pauvreté par rapport à la base de référence pré-pandémique », précise M. Gill.

« La transition vers un IDPoor à la demande permet désormais aux ménages pauvres de s’enregistrer eux-mêmes dans la base de données du gouvernement à tout moment sans avoir à attendre les mises à jour périodiques tous les trois ou quatre ans pour être identifiés pour une aide sociale critique », ajoute-t-il.

Cependant, l’augmentation des dépenses sociales a eu pour conséquence de porter le ratio dette étrangère/produit intérieur brut du Cambodge à un niveau record de 34% l’année dernière. Les organisations de développement avaient précédemment déclaré que le Cambodge pouvait emprunter 40 % de son PIB avant de constituer un risque.

Selon M. Gill, une évaluation des principaux indicateurs économiques et financiers du Cambodge, notamment la collecte des recettes, le taux de change, l’inflation, la balance des paiements et la liquidité des secteurs financiers, révèle que la situation de la dette publique est stable et à faible risque.

« Bien sûr, il est encore possible d'affecter davantage de financements, au niveau bilatéral et multilatéral, et par la mobilisation de ressources intérieures », dit-il.

« Mais investir dans les systèmes d’assistance et de protection sociale aujourd’hui a des effets multiplicateurs, en stimulant et en lissant la consommation des pauvres à court terme, en favorisant le développement du capital humain à moyen et long terme, et en renforçant la résilience face aux futurs chocs économiques, sanitaires et environnementaux », ajoute-t-il.

La stratégie de partenariat pays de la BAsD pour le Cambodge, 2019-2023, indique qu’elle se concentrera sur le redressement post-pandémique du pays en renforçant les systèmes de santé et en s’attaquant aux principales contraintes en matière de croissance, de compétitivité, d’inclusion et de durabilité.

Harrison White avec notre partenaire Cambodia Investment Review

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