Cambodge & Arts : Préserver et enseigner l’art de la sculpture sur cuir, une tradition cambodgienne

Dans son atelier de sculpture sur cuir de la province de Siem Reap, Nhek Sereyrathna contribue à préserver cette forme d’art tout en créant des emplois pour les étudiants pauvres et les orphelins.

Nhek Sereyrathna
Nhek Sereyrathna dans son atelier - école

Depuis 20 ans, Nhek Sereyrathna dirige un atelier de sculpture sur cuir dans le district de Prasat Bakong de la province de Siem Reap. Après avoir été apprenti pendant quatre ans et travaillé comme maroquinier durant cinq autres années, il a lancé sa propre boutique en 2001 avec deux objectifs en tête : étant orphelin, il souhaitait soutenir son frère qui étudiait à l’université et il voulait créer des emplois pour les étudiants pauvres et les orphelins comme lui.

Garder la tradition vivante

Et, Sereyrathna avait la ferme l’intention de mener à bien son projet tout en gardant vivante l’une des traditions les plus emblématiques du Cambodge : fabriquer les marionnettes en cuir utilisées pour le Sbek Thom, ou théâtre d’ombre, l’une des formes d’art les plus célèbres du Cambodge et qui figure sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. La tradition du théâtre d’ombres du Cambodge remonte au 7e siècle. Cet art qui comprend deux disciplines le Lakhaon Sbaek Thom et le Lakhaon Sbaek Touch, respectivement grands et petits cuirs, a survécu à l’effondrement des empires, des guerres et du règne des Khmers rouges.

« Puisque l’art du Cambodge inclut le théâtre de marionnettes d’ombres, nous produisons deux types d’œuvres d’art sculptées sur cuir, des marionnettes pour le théâtre d’ombres et des meubles », explique Sereyrathna.

Nhek Sereyrathna dirige un atelier de sculpture sur cuir dans le district de Prasat Bakong, dans la province de Siem Reap. Cette forme d’art nécessite un processus long et méticuleux qui commence par le nettoyage de la peau de l’animal avant de pouvoir la tailler, un travail que Sereyrathn effectue selon les méthodes traditionnelles. Le cuir est d’abord nettoyé pour éliminer la graisse et le sang, à l’aide d’eau bouillante mélangée à de l’écorce d’arbre, et ce, dans les 12 heures suivant l’abattage de la vache ou du buffle pour s’assurer que le cuir est de bonne qualité et qu’il durera longtemps.

Les étudiants au travail
Les étudiants au travail

« Cette technique est connue sous le nom de « mise à mort du cuir », elle est utilisée pour éliminer parasites et autres éléments indésirables sur la peau de l’animal », confie Sereyrathna. Ensuite, le cuir doit sécher au soleil avant d’être stocké pendant trois mois, parfois plus, pour obtenir une meilleure qualité de cuir, ajoute-t-il. Une fois qu’il est prêt, l’artisan tend le cuir et dessine le motif qu’il envisage de sculpter, explique Sereyrathna

Toutes les étapes du métier

Lorsqu’il a lancé son entreprise, Sereyrathna ne pouvait accepter que cinq étudiants provenant de familles pauvres. Trois ans plus tard, il en accueille jusqu’à 55. Une fois, raconte-t-il, un touriste lui a donné 1 000 $ pour acheter de la nourriture aux étudiants. Avec ce don, il a pu aider jusqu’à 70 étudiants, se souvient-il. « Cet endroit fonctionne comme une école », précise Sereyrathna.

« Nous acceptons les orphelins, les pauvres et les jeunes de familles divorcées afin de leur donner une chance d’apprendre un métier et de gagner leur vie. De plus, cette formation à la sculpture sur cuir contribue également à la sauvegarde de notre culture »

Comme dans une école de formation professionnelle, dit-il, les étudiants sont initiés à toutes les étapes du métier, explique Sereyrathna. Ils apprennent à préparer le cuir, à faire les dessins et à utiliser les outils pour les sculpter dans le cuir. On leur apprend même à fabriquer des outils, précise-t-il.

En plein travail
En plein travail

Les étudiants acquièrent également des compétences commerciales afin de pouvoir gérer leur propre entreprise. Ils suivent aussi des cours d’anglais et de chinois pour qu’ils puissent s’adapter ӑ une clientèle plus large. Au fur et à mesure que son entreprise se développe, Sereyrathna est passé du statut d’orphelin pauvre à celui d’entrepreneur aidant à préserver l’une des formes d’art traditionnelles du Cambodge. Il est aussi un enseignant aidant à donner aux jeunes dans le besoin une formation et un moyen de gagner leur vie.

« Je suis fier de moi », dit-il. « Avant, certaines personnes me méprisaient. Maintenant, je suis devenu quelqu’un d’utile… quand je rencontre des gens, ils me respectent et m’appellent même professeur »

« Cela m’encourage à encore plus d’efforts pour aider à préserver la culture traditionnelle khmère », conclut Sereyrathna.

Travail sur cuir
Travail sur cuir

Par Long Toun Et Thien Phearin. Avec l’aimable autorisation de Cambodianess

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