Cambodge – Archives : Souvenirs d’un vieux journaliste indochinois

Souvenirs d’un vieux journaliste indochinois


Paru en 1942 et véritable ode à cette capitale où il faisait si bon vivre, quelques extraits et clichés d’époque ci-dessous d’un livre témoignage d’Henri Lamagat.


En 1906, le protectorat cambodgien, bien que datant de près de 40 ans, en était encore à l’ABCD de son organisation. Pnom Penh figurait un pauvre petit village – village lacustre pendant les 6 mois de la saison des haute-eaux – dans lequel on ne comptait guère qu’une quinzaine de rues, ville européenne et ville cambodgienne réunies. Mais combien original et gai était déjà ce hameau, ancienne capitale du plus riche et du plus glorieux des royaumes de l’Asie méridionale !


400 européens environ vivaient alors à Phnom Penh, dans un îlot, de quelques centaines de mètres carrés, situé tout autour du Phnom et ou s’élevaient, outre les édifices abritant les services publics, les maisons de commerce, et les logements des particuliers. La population de la ville, qui comptait de 12 à 15000 habitants, était à peu près exclusivement composée de Cambodgiens – alors les plus nombreux – d’Annamites et de Chinois. Agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, marchands de tabac et contrebandiers impénitents, ils habitaient sur les berges des cours d’eau, d’où leurs pirogues, dont la rapidité défiait celle des canots de la douane, transportaient avec succès, au nez et à la barbe des agents du fisc, des quantités prodigieuses de tabac, sans acquitter le taxe de circulation…


Ce ne fut que plus tard, après la guerre de 14-18 que l’utilisation de dragues suceuses permit d’assécher et de combler l’immense marécage que représentait alors Phnom Penh. Même après le retrait des eaux, il restait de nombreuses et profondes mares, recouvrant entièrement le quartier neuf sur lequel venait d’être construit le nouveau marché. Beaucoup moins fréquentée par les Saïgonnais qu’à l’heure actuelle, la capitale du protectorat voisin, accessible seulement par la voie fluviale, ne possédait alors, en tout et pour tout, qu’un hôtel, Le Grand Hôtel, devenu depuis longtemps, l’hôtel Manolis. Cet établissement, qui appartint pendant des lustres à la maison Dumarest, avait été fondé par elle dans la dernière décade du XIXème siècle. Son Propriétaire en confiait l’exploitation à des hommes de métier à qui elle louait à la fois l’immeuble, le mobilier, et tout le matériel d’hôtellerie, argenterie, linge et vaisselle compris, nécessaire pour assurer le service à la clientèle. Malgré cela, malgré l’absence de toute concurrence, dans les débuts surtout, les deux exploitants du Grand Hôtel, bourguignons d’origine [..] durent demander la résiliation de leur contrat. Tous deux y laissèrent, en quelques années, tout leurs avoirs.”

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