Cambodge & Actualité : Les sinistrés de Dangkoa

Saom Sreypov, ouvrière du textile, a épargné tout ce qu’elle pouvait de son salaire et a accumulé 38 000 $ au fil des années. Elle a utilisé ce petit capital pour acheter un appartement dans le projet Borey Sansimex, l’un des quelques programmes immobiliers du royaume proposant des logements abordables dans Phnom Penh et les provinces environnantes.

Des enfants dans une zone inondée du village de Prek Chrey, commune de Spean Tmor, district de Dangkoa

Son appartement se trouve sur la rue 217, qui relie les quartiers ouest de Phnom Penh au projet de nouvel aéroport international à environ 30 kilomètres au sud de la ville. L’emplacement de l’appartement suggérait qu’il prendrait de la valeur à mesure que la zone se développerait.

« C’est une zone en plein développement avec encore plus de nouveaux projets immobiliers à venir , déclare Saom Sreypov. De surcroît, c’est un projet qui me plaisait vraiment »

Prek Thnot

Saom Sreypov a accepté de parler aux journalistes de VOA Khmer en attendant de récupérer tout ce qu’elle avait pu sauver de l’appartement après l’avoir évacué mercredi soir alors que les eaux submergeaient son quartier.

Habituellement, c’est le Mékong qui inonde certaines régions du Cambodge, mais la catastrophe actuelle est survenue lorsque la rivière Prek Thnot a débordé après que plusieurs tempêtes tropicales aient déversé des torrents de pluie sur le pays de longs jours durant. La montée de eaux a forcé des milliers de résidents à évacuer des communautés du sud-ouest et du sud de Phnom Penh. Dans son quartier, l’eau est parvenue jusqu’au cou de Saom Sreypov :

« Je ne m’attendais jamais à ce que la zone puisse être inondée par la rivière Prek Thnot », avance Saom Sreypov alors qu’elle est assise devant le marché de Prey Chrey dans le district de Dangkor à Phnom Penh.

« Je ne sais pas comment résoudre ce problème, car je me suis déjà installée dans cet appartement et je m'y plais »
Route inondée dans la commune de Spean Tmor, district de Dangkoa, ville de Phnom Penh

La jeune femme discute en regardant l’eau brune couler le long de la rue 217, une artère autrefois fréquentée par de gros camions transportant du remblai.

Seun Vannak, 32 ans, a dépensé 12 000 $ pour un terrain — 5 mètres sur 20 — à l’intérieur du développement VIP du Borey il y a deux ans. Il y a construit une maison pour son fils, sa femme et ses parents. Mercredi, la villa est devenue inhabitable.

« Je ne pouvais pas croire à quelle vitesse l’eau pouvait monter, déclare Seun Vannak. Je n’ai jamais rien vu de tel en deux ans de vie ici »

Mercredi, il n’a fallu que deux heures pour qu’une rue soit submergée sous un mètre d’eau, ajoute Seun Vannak. Jeudi soir, l’eau atteignait sa poitrine. « Je suis malheureux, car beaucoup de nos appareils électroménagers sont maintenant détruits », dit-il.

Route inondée dans la commune de Spean Tmor, district de Dangkoa, Phnom Penh, Cambodge

Inondations, dégâts et victimes

Dans tout le pays, les inondations de la rivière Prek Thnot auraient parcouru 280 kilomètres de Kampong Speu à Kandal et Phnom Penh. Dix-neuf provinces du pays ont été gravement touchées après les pluies incessantes de la semaine dernière. Samedi, au moins 24 personnes sont décédées, plus de 26 500 ont été évacuées et 219 000 ont été touchées par les inondations (Source : Comité national pour la gestion des catastrophes)

Le gouvernement cambodgien a dépêché des centaines de soldats des forces armées avec des hors-bord pour aider à évacuer les gens de leurs maisons. Le secrétaire d’État du Ministère des Ressources en Eau et de la Météorologie, Chan Youttha, a déclaré que les inondations étaient graves, mais que celles-ci n’étaient pas liées au Mékong, comme ce fut le cas avec les inondations extrêmes dans le passé. « À partir de maintenant, nous traitons cela comme une inondation à grande échelle causée par les précipitations, mais les inondations du Mékong ne se produisent pas - contrairement à 2011 et 2013 lorsque les inondations ont été causées à la fois par les précipitations et les débordements du Mékong », a-t-il déclaré plus tôt dans la semaine aux médias locaux.

Risques supplémentaires

En dehors de la région de Phnom Penh, 120 000 hectares de terres agricoles ont été touchées jusqu’à présent, dont 80 000 hectares de rizières. Le ministère a averti que, malheureusement, davantage de tempêtes tropicales risquent de provoquer des inondations supplémentaires de dimanche à mardi prochain. Le district de Dangkor est la seule zone de Phnom Penh touchée par l’inondation de la rivière Prek Thnot, a déclaré le porte-parole de l’administration municipale, Met Measpheakdey.

Deux femmes mettent des sacs de sable empilés pour empêcher la montée des eaux

Ce dernier a ajouté :

« La priorité à présent est de secourir les résidents, ce qui signifie que nous devons d’abord les faire sortir des zones inondées pour les amener vers des terres plus élevées »

D’autres résidents comme Klauk Vanna, qui a acheté un appartement au Borey VIP en 2019, ont déclaré qu’il avait perdu tous leurs biens.« On m’a dit que ce serait à l’abri des inondations ici, mais après un an d’emménagement, je constate que c’est complètement inondé, je suis déçu », confie-t-il.

Désaccord autour des lacs comblés

Des Cambodgiens se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour dire que les inondations avaient été exacerbées par le remplissage des lacs, en particulier à Phnom Penh. Ces protestations faisaient également suite à un rapport publié en juillet 2020 par quatre ONG. Le rapport à charge prétendait que le remplissage de la zone de Boeung Tumpun dans le sud de Phnom Penh mettrait 1 million de Cambodgiens en danger. Le lac est en cours de comblement pour la construction d’une ville satellite, actuellement en développement à l'initiative de plusieurs gros promoteurs immobiliers. Selon le rapport, sur les 25 lacs et étangs naturels de Phnom Penh, 16 ont été comblés en 2019.

Un homme jette son filet de pêche dans la Prek Thnaot qui a inondé la commune de Prek Kampeus

Plusieurs activistes ont également fait part de leurs préoccupations et déclarent souhaiter que les lacs du pays ne soient plus remplis. Le Premier ministre Hun Sen a totalement rejeté l’argument selon lequel le remplissage des lacs et les inondations étaient liés lors d’une visite jeudi soir dans les zones inondées du district de Dangkor. S.E. Hun Sen a déclaré que l’inondation était une catastrophe naturelle, et non pas d’origine humaine.

« Je ne souhaite répondre à personne. Je veux seulement expliquer aux gens », a-t-il dit.
Route inondée dans la commune de Spean Tmor, district de Dangkoa, Phnom Penh, Cambodge

De son côté, Saom Sreypov avance qu’elle ne sait pas si les lacs remplis ont un rapport avec les inondations : « Je ne sais pas, alors je préfère ne rien dire, car je crains que cela puisse être sensible. La seule chose que je constate est que, à chaque fois qu’il y a des inondations, je dois quitter ma maison »

Aun Chhengpor et Malis Tum — VOA Khmer.

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