Bosba Panh : La première compositrice cambodgienne diplômée de Cambridge

Bosba Panh n’a que 25 ans, mais elle a déjà franchi quelques étapes impressionnantes. Le 24 juillet, elle a obtenu une maîtrise de l’université de Cambridge, devenant ainsi la première compositrice diplômée en musique khmère de l’histoire de cette école.

La première compositrice cambodgienne diplômée de Cambridge
La première compositrice cambodgienne diplômée de Cambridge

Bosba considère que l’obtention de son diplôme n’est que la première étape nécessaire avant de poursuivre son périple, dont une partie essentielle consistera à trouver de nouveaux moyens de promouvoir les arts cambodgiens et d’encourager l’engagement académique des Cambodgiens dans d’autres parties du monde.

La musique a toujours été dans les veines de Bosba et plus elle s’y est impliquée, plus son but dans la vie et son envie de promouvoir le Cambodge et le peuple khmer sont devenus clairs.

Connue pour ses talents de chanteuse dès l’âge de sept ans, Bosba est aujourd’hui devenue compositrice, avec un prestigieux diplôme universitaire pour le prouver. Elle veut montrer au monde que le Cambodge a de multiples facettes qui vont au-delà des récits habituels sur le royaume confronté à la guerre et au malheur.

Après avoir obtenu son diplôme à l’issue de neuf mois d’études intenses en vue de l’obtention d’une maîtrise, elle fait remarquer qu’il y avait au moins deux autres compositeurs cambodgiens avant elle — Ung Chinary et Him Sophy — qu’elle respecte beaucoup et qui étaient tous deux des hommes.

« Tout d’abord, je dois dire que je suis fière d’être à la fois khmère et la première compositrice issue d’une université aussi réputée. D’un autre côté, j’ai des sentiments mitigés quant à ma fierté, car je ne devrais pas être la seule Cambodgienne, il devrait y en avoir d’autres qui obtiennent des diplômes similaires, donc c’est un mélange de fierté et de réalisme au sujet du long chemin qui nous reste a parcourir », dit-elle.

Sa réussite a eu un impact positif et a ouvert l’esprit des Cambodgiens qui ont entendu son histoire et savent à présent que de telles réussites sont possibles, d’autant plus que les femmes sont souvent encore limitées par une certaine mentalité conservatrice.

La jeune femme remercie également ceux qui ont cru en elle, même dans les moments difficiles : ses parents, Ung Chinary et ses professeurs.

Bosba Panh (à gauche) tient son diplôme, aux côtés de sa directrice Lili Sisombat, à la bibliothèque du Sénat
Bosba Panh (à gauche) tient son diplôme, aux côtés de sa directrice Lili Sisombat, à la bibliothèque du Sénat

« J’éprouve beaucoup de fierté en tant que Cambodgienne parce que mes parents m’ont toujours rappelé mes racines. Et Ung Chinary est presque comme mon deuxième père à propos de ma carrière musicale. C’est lui qui a parlé à mes parents pour m’envoyer dans une école de musique lorsqu’il m’a rencontrée à l’âge de 14 ans », diy-elle, ajoutant :

« Et je suis toujours retournée le voir pour lui demander conseil lorsque je m’interrogeais sur mon avenir ou lorsque parfois les gens n’étaient pas très gentils avec moi à l’école parce que je suis Cambodgienne.

« J’ai rencontré tellement de bons professeurs dans ma vie, à l’Université royale des beaux-arts de Phnom Penh et en Amérique, à Boston. Ils ont tous tellement cru en moi. Maintenant que j’ai 25 ans, je me rends compte qu’avoir de bons professeurs m’a donné la confiance dont j’avais besoin. »

Dans son parcours de chanteuse à compositrice, elle raconte qu’à 18 ans, elle s’est posé des questions sur son avenir musical. Elle aimait chanter, mais voulait aussi montrer aux gens que la culture cambodgienne méritait d’être étudiée et qu’il devrait y avoir des programmes d’études khmères et plus ressources investies dans la culture cambodgienne, ce qui l’a conduite à étudier la composition.

Pour obtenir sa maîtrise, elle a dû rédiger une thèse, qu’elle a intitulée Articulating Khmerness : Khmer Agency in Western Art Music, qui vise à répondre à la question : « Comment puis-je écrire de la musique classique de grande qualité en Europe tout en restant fidèle à mon identité cambodgienne ? »

Découvrir son identité

Dans sa thèse, son objectif était de contextualiser l’articulation de la « Khmerness » dans la musique occidentale et de trouver un chemin dans une industrie musicale mondialisée qui légitime la consommation de l’autre culture.

« Ce travail s’adresse aux chercheurs en musique, en particulier aux compositeurs qui se trouvent perdus entre les attentes du domaine et leur moi authentique. J’espère que mes collègues compositeurs “transculturels” seront encouragés à développer une version de l’alphabétisation culturelle qui leur semble la plus conforme à leur propre aspiration », écrit-elle dans sa thèse.

Selon Mme Bosba, l’identité de chacun vient de l’intérieur, et pour découvrir sa véritable identité, il ne faut pas se fier entièrement à l’éducation occidentale, même si une telle éducation donne les outils nécessaires pour étudier et comprendre l’identité cambodgienne.

« Beaucoup de gens qui ont lu ma thèse peuvent décider de ne pas aller étudier en Occident parce qu’ils ne veulent pas être influencés. Ce n’est pas le cas. L’enseignement dispensé là-bas vous donne simplement une perspective différente sur la manière d’aborder la musique, de la jouer et d’écouter le monde », explique-t-elle.

Selon elle, l’étiquette la plus honnête pour sa musique serait de la qualifier de Khméro-Européenne.

« Parce que c’est ce que je suis en tant que personne par mes études et aussi ce que je suis en tant que femme khmère. Dans la musique, j’ai consacré mes efforts à écrire sur mon identité et mes origines. Même s’il n’est pas question du Cambodge de manière évidente, j’essaie d’avoir toujours un lien avec ce pays et de réfléchir à qui je suis. Est-ce que j’écris une musique qui me ressemble ou est-ce que j’essaie d’écrire une œuvre influencée par la musique occidentale ? », souligne-t-elle.

L’année dernière, Mme Bosba a rejoint Hal Leonard Europe Corporation, une société d’édition et de distribution de musique basée à Londres. Bien qu’elle apprécie le travail de promotion pour le catalogue de musique chorale et classique de Hal Leonard Europe sur les marchés britannique et européen, lorsqu’on lui demande si elle veut continuer à faire carrière dans ce domaine, elle répond qu’elle n’est pas encore sûre.

« J’aime l’entreprise. Je pense avoir rencontré des gens qui se soucient de ce que je fais et qui m’apprécient en tant que personne. Mais j’aurais probablement besoin d’une autre année pour décider si je veux continuer à faire ce travail parce que je l’aime ou si je veux continuer avec les études. Je ne sais pas… Je peux peut-être trouver d’autres moyens de promouvoir nos arts », confie-t-elle.

En termes de promotion des arts cambodgiens, Bosba déclare qu’elle est plus intéressée à le faire sur un plan intellectuel en favorisant l’écriture sur la musique khmère et en s’assurant qu’elle est également disponible en khmer, comme elle espère que sa thèse le sera un jour.

« Si vous proposez une idée et que les seules personnes qui débattent avec vous sont des Occidentaux, vous ne donnez pas aux Khmers la même chance de voir leurs arguments inclus dans le débat. C’est toujours agréable d’être reconnu dans le monde, mais il est tout aussi important d’être reconnu dans sa communauté. Je veux aussi que mes articles soient disponibles en khmer. À long terme, je veux être en mesure d’avoir le temps et l’argent nécessaires pour tout traduire en khmer », dit-elle.

Elle confie également avoir pensé à compléter ses études par un doctorat, mais il est très difficile de trouver le bon programme :

« Je suis toujours intéressée par la promotion des arts cambodgiens et je ne veux pas obtenir un diplôme de doctorat et soudainement ne plus vouloir le faire. C’est pourquoi je pense qu’il est très important pour moi de trouver un bon programme, avec des personnes qui croient en moi. Je veux avoir un impact positif pour le Cambodge et que le monde reconnaisse mon pays », conclut-elle.

Roth Sochieata avec notre partenaire the Phnom Penh Post

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