Arts : Un étudiant cambodgien crée une version moderne de l’instrument de chapei dang veng

Tout en conservant les caractéristiques du célèbre instrument cambodgien, le chapei vivath de Sam Vathanak pourra être utilisé pour interpréter aussi bien de la musique occidentale que de la musique traditionnelle cambodgienne.

Sam Vathanak a obtenu un diplôme de bachelor en chapei dang veng. Photo fournie.
Sam Vathanak a obtenu un diplôme de bachelor en chapei dang veng. Photo fournie.

Cette année universitaire, un seul étudiant a obtenu le diplôme de l’Université royale des beaux-arts en chapei dang veng, l’instrument de musique de l’une des rares formes d’art cambodgien à être inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Sam Vathanak a obtenu le 26 juillet 2021 un diplôme de bachelier en chapei dang veng après avoir créé, dans le cadre de sa thèse de quatrième année à l’université, un nouvel instrument chapei aux sonorités adaptées à la fois à la musique traditionnelle cambodgienne et à la musique occidentale.

Il a nommé cet instrument chapei vivath.

« Le chapei vivath ressemble exactement à un chapei dang veng », explique Vathanak.

« J’ai seulement ajusté les niveaux de tonalité des touches pour qu’ils correspondent aux tonalités étrangères afin qu’il puisse être joué avec des instruments étrangers. Les hauteurs de ton des chapei traditionnels ont des accents nationaux et soulignent notre couleur sans pouvoir toutefois jouer les accents occidentaux »

« J’ai donc conservé l’aspect et développé les tonalités », explique-t-il.

Étroitement lié aux coutumes et aux croyances de la population cambodgienne, un spectacle de chapei dang veng peut être mis en scène par un seul ou plusieurs artistes dans des styles allant du conte au drame. Il peut s’agir de monologues et de chansons, les textes allant des commentaires éducatifs et sociaux aux satires racontées en poésie classique, en contes populaires ou en légendes bouddhistes. Cette forme d’art traditionnelle a été inscrite sur la liste de l’UNESCO en novembre 2016, au cours d’une conférence à Addis-Abeba (Éthiopie).

Un Cambodgien d’une vingtaine d’années, passionné par les instruments de musique traditionnels cambodgiens

Vathanak pourrait être décrit comme un fou de musique. Il peut jouer de plus de 10 instruments traditionnels dont le roneat ek, le roneat thong, le roneat deik, le kong vong thom, le kong vong toch, le chhing, le skor, le sampho, les tambours à main, les flûtes et le chapei dang veng.

Un Cambodgien d’une vingtaine d’années, passionné par les instruments de musique traditionnels cambodgiens

Ancien professeur de musique de pin peat — principalement des instruments à vent et des percussions — à l’Académie des arts Champey de Phnom Penh, il a décidé de présenter une licence parce qu’il voulait jouer un rôle dans la diffusion de la musique traditionnelle cambodgienne et qu’il voulait également étudier la musique dans un contexte universitaire formel.

« J’ai d’abord appris la musique auprès de l’Association des arts Apsara, une ONG qui regroupe l’URBA et d’autres professeurs d’art et de musique », raconte Vathanak.

« À cette époque, j’ai appris la danse classique, la danse traditionnelle et le lakhaon kaol (danse), mais j’ai choisi de me spécialiser dans la musique. Je ne pensais pas qu’un diplôme en musique de l’ONG était suffisant. Je voulais un diplôme de premier cycle qui soit largement reconnu.

« Je voulais aussi comprendre la théorie musicale et le langage de la musique », ajoute-t-il.

Vathanak n’a jamais regretté sa décision. L’obtention d’une licence en musique lui a également permis de comprendre et de se familiariser avec les styles de musique occidentaux. En outre, apprendre à écrire la musique permet aux musiciens cambodgiens de consigner la musique traditionnelle cambodgienne sous forme de documents pour les générations à venir, dit-il — la musique traditionnelle DU royaume est généralement transmise oralement, sans aucune trace écrite.

Mettre les instruments de musique cambodgiens sous les feux de la rampe

Comme le précise Vathanak, en créant son chapei vivath, il a également voulu montrer la polyvalence des instruments traditionnels cambodgiens. Le chapei dang veng et les autres instruments de musique traditionnels ne devraient pas seulement être utilisés pour la musique traditionnelle, mais aussi pour jouer de la musique étrangère, dit-il.

« Cela contribuerait à faire découvrir au public les instruments de musique cambodgiens », ajoute-t-il.

Cependant, il y a des considérations techniques, explique Vathanak. Par exemple, on ne peut jouer que des tons entiers sur les instruments traditionnels cambodgiens, alors qu’il y a des tons entiers et des demi-tons dans les mélodies étrangères. En outre, les instruments traditionnels cambodgiens ne comportent pas autant de sons.

Vathanak a donc conçu son chapei vivath pour qu’il puisse jouer huit ou neuf tonalités supplémentaires afin de pouvoir interpréter à la fois la musique traditionnelle cambodgienne et la musique étrangère.

Au départ, Vathanak avait prévu de créer un luth capable de jouer la gamme chromatique pour son projet de fin d’études. Cependant, après avoir discuté avec son professeur qui s’est produit avec des orchestres étrangers, Vathanak a décidé de créer son chapei vivath avec plus de tonalités.

« Mon professeur avait déjà prévu de créer un chapei qui puisse être joué pour interpréter de la musique étrangère », raconte-t-il.

« Comme j’avais aussi le projet de créer un nouveau chapei comme projet de fin d’études, mon professeur m’a aidé à créer ce nouvel instrument. »

Un avenir incertain pour les musiciens d’instruments de musique traditionnels

Dans le cadre de sa thèse, Vathanak a l’intention d’organiser une présentation sur son chapei vivath et de publier des informations sur l’instrument et les tons qu’il peut jouer, ce qui nécessite une explication approfondie. Il aimerait également collaborer avec d’autres musiciens et auteurs-compositeurs pour composer des œuvres qui pourraient être interprétées avec son chapei vivath.

En attendant, Vathanak essaiera également de composer de la musique pour son chapei vivath.

Quant à sa carrière, il espère travailler dans une institution — si possible une institution gouvernementale — dans laquelle il pourrait utiliser ses compétences, l’un de ses objectifs étant de contribuer à faire entrer les instruments et les orchestres de musique traditionnelle et classique dans le XXIe siècle.

En attendant, le manque de reconnaissance et d’opportunités de travail pour les musiciens traditionnels rend ce domaine peu attractif pour les étudiants.

Selon Hang Rithy Ravuth, doyen associé de la faculté de musique, Sam Vathanak est le seul étudiant à avoir choisi le chapei dang veng depuis que celui-ci a été établi comme filière en 2017. « Seul Vathanak a étudié dans cette spécialisation chapei », déclare-t-il. « Nous avons mis l’instrument chapei comme un cursus optionnel, mais seuls 15 étudiants l’ont choisi. »

Pourtant, les étudiants montrent un certain intérêt pour le chapei dang veng, dit Ravuth, ajoutant que ceux qui suivent le cours doivent étudier assidûment, car ils n’ont qu’un temps limité pour le faire.

Pour l’instant, les deux professeurs de chapei dang veng de l’Université Royale sont des musiciens hautement qualifiés, mais sans diplôme universitaire, précise M. Ravuth.

« Nous n’avons pas encore d’enseignant de chapei titulaire d’une licence dans le cadre de l’État », explique-t-il.

« Nous pouvons leur permettre d’enseigner parce que nous suivons cette devise : le sage enseigne à l’ignorant »

À la question de savoir s’il y aurait des possibilités de carrière pour un étudiant diplômé en chapei dang veng dans la structure gouvernementale cambodgienne, M. Ravuth répond qu’il ne peut pas le dire, car cela dépend des exigences fixées pour le concours de recrutement des fonctionnaires.

Toutefois, les étudiants spécialisés en musique qui parviennent à passer l’examen de fonctionnaire d’État ne pourront travailler que dans l’administration du ministère de la Culture et des Beaux-Arts, à moins qu’ils ne réussissent l’examen requis pour travailler dans les universités d’État.

D’après ses observations, ceux ayant des connaissances spécialisées, mais des compétences limitées en langues étrangères — comme l’anglais — réussissent rarement l’examen d’État. En revanche, ceux qui ont de bonnes connaissances en langues étrangères, mais des compétences techniques moyennes réussiront l’examen, dit-il.

Malgré l’avenir incertain des musiciens traditionnels cambodgiens, Sam Vathanak appelle les jeunes Cambodgiens à étudier les instruments traditionnels cambodgiens, car ces derniers sont menacés de disparaître.

Selon Sam Vathanak, « Ils devraient apprendre à jouer des instruments qui sont très peu joués et qui sont rares. Si personne n’apprend, notre musique traditionnelle, celle-ci va tendre à disparaître. “

Po Sakun et Teng Yalirozy avec l'aimable autorisation de Cambodianess