Artisanat & Siem Reap : MANAVA, l'entreprise sociale à succès

Le projet Clean Green Cambodia (CGC), porté par l’ONG Soulcial Trust a rencontré la jeune et dynamique Ka-Lai Chan, pour parler de MANAVA, une entreprise sociale qu’elle a cofondée il y a 3 ans.

Panier fabriqué par l'entreprise sociale Manava

L’activité de MANAVA consiste à créer des paniers et des sacs artisanaux en collaboration avec des artisanes cambodgiennes du village de Krobey Riel (à 10 km de Siem Reap) .

Depuis les Pays-Bas…

Cette histoire étonnante commence aux Pays-Bas où Ka-Lai travaillait comme designer de produits. Concevoir des produits était pour elle un moyen de partager des histoires tout en mettant en valeur la beauté de la nature, sa plus grande source d’inspiration. Bien qu’elle pensât s’accomplir professionnellement, Ka-Lai a suivi un coaching de vie et d’affaires à Utrecht… qui lui a fait prendre conscience de certaines réalités à son sujet. Parmi celles-ci, voyager, découvrir de nouvelles cultures et aider les gens à travers des histoires qu’elle pouvait partager s’avéraient indispensable dans son objectif de vie.

Puis, elle eut un flash : partir travailler à l’étranger pour travailler avec des artisans inspirés de leur culture et partager leurs produits avec le reste du monde ? Et, elle a décidé de partir.

… Au Cambodge !

Avec son idée en tête, Ka-lai avait toutefois encore besoin de penser à son projet et décider où l’établir. Elle a rapidement opté pour le Cambodge avec un projet sur l’art et le handicap. Au début, elle avait en tête de rentrer chez elle après deux mois. Mais tombée amoureuse du Cambodge et de son étonnante culture, elle en a décidé autrement. Pendant son séjour dans le pays, Ka-Lai a rencontré Baraing Tho qui travaillait déjà avec des tisserands de rotin. Baraing était enthousiasmé par le projet et, expert à propos du tissage, l’association des deux personnalités constituait une parfaite entente professionnelle. Ils ont alors décidé d’unir leurs forces pour créer MANAVA !

Ka-Lai et Baraing tenant l’une des créations de MANAVA

Bâtir la marque

Baraing a rapidement présenté Ka-Lai à quelques villageoises de Krobey Riel, une localité célèbre pour ses techniques de tissage en rotin. Heureusement, ces femmes étaient enthousiastes à l’idée de travailler avec elles. La seule chose qui manquait était un nom pour la marque. Comment l’ont-ils trouvé ? Ils se sont concentrés sur ce que la marque signifiait pour eux et ont finalement choisi le terme « MANAVA » qui signifie « l’humanité » en sanskrit (une langue de l’Inde ancienne vieille de 3 500 ans). Quant au logo, il s’inspire des symboles khmers Kbach traditionnels. On peut en effet voir sur les paniers des motifs traditionnels tels la dent de poisson, la colonne vertébrale du dragon ou le lotus. C’est une façon pour MANAVA de rendre hommage à l’histoire cambodgienne. Ces symboles apparaissent fréquemment dans d’anciens dessins, poteries et sculptures dans les temples.

Les symboles Kbach ont inspiré la conception des produits MANAVA

Soutenir les femmes du village

MANAVA ne serait pas une entreprise sociale sans objectif social. Ka-Lai et Baraing ont décidé d’accorder aux femmes du village une augmentation de salaire de 80 % par rapport à ce qu’elles gagnaient auparavant. L'entreprise leur enseigne d’autres compétences. Celles-ci portent sur des sujets tels que la planification familiale, la gestion financière et la violence domestique en collaboration avec le Women’s Resource Centre. MANAVA déclare :

Avec nous, les femmes savent que leur opinion compte et qu'elles peuvent travailler dans un environnement équitable où la camaraderie, l'artisanat et le bonheur s'épanouissent

MANAVA offre également des cours d’anglais pour les enfants des villageoises.

Respect de l’environnement

Avant de créer MANAVA, Ka-Lai s’est rendu compte que la préservation de l’environnement constituait un sujet qui lui tenait à cœur. Et, cette conviction se reflète dans le fonctionnement de l’entreprise sociale. Tout d’abord, l’usine de fabrication des produits, le rotin, pousse naturellement (sur le lac Tonlé Sap par exemple). Les fournisseurs coupent que le nécessaire pour la production et laissent suffisamment de rotin pour la saison prochaine. Ka-Lai et Baraing prévoient également d’effectuer des recherches sur la coloration, car ils veulent qu’elle soit aussi naturelle que possible. Pour l’emballage, ils essaient de ne pas utiliser de plastique et le remplacer par du carton et des journaux. Ka-Lai veut également enseigner aux femmes quels matériaux durables il est souhaitable d’utiliser, quels sont les inconvénients du plastique et comment éviter de l’utiliser. Leur objectif, lorsqu’ils seront complètement fonctionnels, est de travailler à 100 % dans le respect de l’environnement.

L'entreprise travaille avec un matériau en rotin appelé "pdau" et du saule appelé "la paek". Ce palmier et cette herbe poussent rapidement et se trouvent dans tout le Cambodge.

Parce que l'entreprise croit aux récoltes durables, elle limite soigneusement les récoltes afin d'assurer une croissance future continue saison après saison

Manava utilise le type de rotin qui pousse dans les lacs et les rivières. Comparé au rotin plus épais qui pousse dans les forêts et les montagnes, ce rotin est plus flexible, plus fine et repousse facilement année après année.

Ka-Lai montre du rotin, la plante utilisée pour créer leurs produits

Surmonter les défis

Créer une entreprise sociale n’est pas une tâche facile. En effet, Ka-Lai et Baraing Tho ont dû faire face à des défis pour assurer la stabilité du projet MANAVA.

Trouver la bonne équipe

Comme Ka-Lai l’explique, il était assez difficile au début de trouver une structure et les bonnes personnes avec qui travailler. Ils ont remarqué, par exemple, que leur première professeure de tissage ne voulait pas partager ses connaissances dans la crainte qu’elles n’aient plus besoin d’elle après la formation. Il était également difficile de respecter le calendrier de l’équipe. Parfois, les hôtels passaient de grosses commandes, qui ne pouvaient pas être honorées en raison du manque d’employés et devaient donc être annulées. Il a fallu trouver un équilibre.

Après deux ans, l’équipe et Manava fonctionnent bien mieux et sont parvenus à instaurer bien plus de confiance parmi les tisserandes. En effet, au début du projet, seules 4 femmes du village travaillaient avec MANAVA. Aujourd’hui, elles sont 13 à avoir rejoint l’entreprise sociale et 12 nouvelles recrues ont suivi une formation pour rejoindre l’équipe.

Ka-Lai et Baraing avec certaines des femmes travaillant avec MANAVA

Le salaire

De façon inattendue, les salaires des femmes ont posé problème. Au début, toutes recevaient le même salaire mensuel. Mais Ka-Lai s’est vite rendu compte que les femmes travaillaient assez lentement. Avec Baraing Tho, ils ont alors décidé de payer les femmes au produit fini… et cela fonctionne beaucoup mieux ! Les femmes sont à présent motivées et travaillent plus vite. En effet, le concept de salaire ne leur convenait pas, elles préféraient conserver la liberté de gérer leur propre temps, ce qui leur permet de prendre le temps de s’occuper de leurs enfants, par exemple.

Trouver des fonds

Le côté financier est souvent délicat lors du lancement d’un projet. Comme Ka-Lai l’explique, ils ont débuté avec très peu d’argent, ce qui limitait leur champ d’action. Ils ont finalement lancé une campagne de financement participatif en octobre 2018, qui les a aidés à collecter environ 5000 dollars US. Après deux ans et demi, Ka-Lai se dit heureuse d’annoncer que MANAVA se porte plutôt bien financièrement !

Conseils aux autres entrepreneurs sociaux

Lorsqu’on lui demande quels conseils elle donnerait aux personnes souhaitant lancer leur propre entreprise sociale, Ka-Lai répond rapidement :

« Obtenez du financement pour votre projet et surtout soyez patient ! »

Plus sérieusement, elle explique que la clé pour un entrepreneur social est de croire en soi et en son projet. Il est également important d’avoir un plan clair à l’esprit pour l’entreprise et comment la rentabiliser pour éviter de perdre du temps (et donc de l’argent…). Ka-Lai a également insisté sur l’importance de prendre du temps pour soi. Lorsque vous travaillez pour votre propre entreprise, il est facile de travailler en permanence sans s’accorder de pause ou de repos. Ka-Lai a appris cela à ses dépens et a décidé de prendre le temps de se concentrer sur des choses qui lui donnent de l’énergie et lui permettent de se vider l’esprit.

Projets pour MANAVA

C’est encore le début pour MANAVA, et Ka-Lai annonce avoir beaucoup d’idées pour l’avenir de la marque. Elle souhaite s’associer à d’autres entreprises sociales. Comme elle l’explique :

« Il y a tellement de beaux métiers et ce serait encore mieux de créer de nouveaux produits et de se soutenir mutuellement ! »

La marque commence également à exporter ses produits, certains sont déjà vendus en Europe, et l’entreprise a même reçu une grosse commande de Californie. Enfin, Ka-Lai et Baraing souhaitent trouver de nouvelles méthodes de soutien aux femmes qui travaillent avec eux. Ka-Lai fait part de son admiration pour elles :

« Malgré leurs dettes et leurs problèmes familiaux, elles continuent d’être très accueillantes et sont toujours de bonne humeur »

Ce qui a commencé comme une idée simple est rapidement devenu un véritable projet, avec surtout un impact positif sur la vie de nombreuses femmes cambodgiennes. Si vous souhaitez en savoir plus sur MANAVA, vous pouvez consulter leur site internet. Ils vendent des produits en ligne et dans les magasins Soieries du Mékong, Shinta Mani hotel et Navutu Resort à Siem Reap. Encore une fois, n’hésitez pas à visiter leur site web et les contacter!

Pour plus d'informations sur le projet Cleangreen :

cleangreencambodia

facebook.com/cleangreencambodia

APAC_FR_807X123_SERIES.gif

S'abonner à Cambodgemag

  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • Gazouillement
  • LinkedIn Social Icône