Actualité & Santé : Le Cambodge se rapproche de l’élimination de la malvoyance

Chan Ngin était un officier commandant à la tête de 200 courageux soldats luttant pour la liberté contre le régime de Pol Pot. En juin 1982, il a mené une mission téméraire pour neutraliser les dernières troupes khmères rouges dans un camp voisin.

Chan Ngin après son opération de l’œil réussie. Photo Mary Tran
Chan Ngin après son opération de l’œil réussie. Photo Mary Tran

Mais il était loin de se douter que cette mission allait mettre fin à sa carrière militaire. Ngin a marché sur une mine et a été amputé des jambes à l’hôpital provincial de Battambang. Il a ensuite déménagé dans sa ville natale de la province de Kampong Chhnang pour prendre sa retraite.

Des années plus tard, Ngin a de nouveau été confronté à un ennemi différent. Il était atteint de cataracte, une affection oculaire dans laquelle le cristallin s’opacifie progressivement, entraînant une vision floue. Ngin perdait la vue, ce qui avait de graves répercussions sur sa santé mentale. Il a retrouvé la vue lors d’un atelier mobile organisé par le Programme national de santé oculaire, soutenu par la Fondation Fred Hollows. Une fois sa vue rétablie, Ngin a retrouvé confiance et courage.

Lorsqu’on lui a demandé qui il avait le plus hâte de voir, Ngin a rapidement répondu :

« Il y a une personne que je veux voir : ma femme ». C’est une belle histoire, n’est-ce pas ?

Mais le cas de Ngin n’est pas un incident isolé. Une étude récente révèle que 57 500 Cambodgiens deviennent aveugles chaque année, contre 28 800 cas en 2000. Et la cataracte a été identifiée comme la principale cause de cécité évitable au Cambodge.

Le rapport 2019 de l’évaluation rapide nationale du Cambodge sur la cécité évitable indique que 92,2 % de toutes les causes de cette maladie sont évitables, 80,9 % peuvent être traitées et 5,9 % peuvent être évitées grâce aux soins oculaires primaires.

Ces problèmes menacent les efforts du gouvernement cambodgien pour réduire la pauvreté et atteindre les objectifs de développement durable d’ici à 2030.

« Un rapport de l’Agence internationale pour la prévention de la cécité indique que 90 % des personnes souffrant de perte de vision vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire »

Et les femmes sont plus susceptibles d’avoir une perte de vision à hauteur de 12 % par rapport aux hommes. Ce même rapport note également que la gratuité de la chirurgie de la cataracte de haute qualité a contribué à une augmentation de 46 % du revenu des ménages et de 88 % des dépenses des ménages par habitant.

Ces résultats confirment que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, une bonne santé oculaire peut conduire à de meilleures opportunités en termes de moyens de subsistance et de revenus.

Principales réalisations à ce jour

La mise en œuvre du Plan stratégique national pour la prévention et le contrôle de la cécité 2008-2015, et de son itération 2016-2020, a jeté les bases des services de santé oculaire dont bénéficient aujourd’hui les Cambodgiens.

Le nombre annuel d’opérations de la cataracte est passé de 16 667 en 2009 à 41 864 en 2019, ce qui a entraîné une augmentation du taux de chirurgie de la cataracte dans le pays — de 1 182 par million d’habitants en 2009 à 2 791 par million d’habitants en 2019. Cela signifie que davantage de Cambodgiens atteints de cataracte bénéficient de traitements permettant de sauver la vue.

« Le Royaume a réussi à éliminer le trachome en 2015, ce qui a été officiellement annoncé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2017 »

La réforme de la politique de décentralisation de la santé a encore renforcé la gouvernance et le dispositif institutionnel du secteur de la santé au Cambodge. Le plan récent visant à transférer 20 000 personnels médicaux et à allouer 166 millions de dollars à chaque capitale et unité de santé provinciale permettra de remédier à la répartition inégale des agents de santé dans les zones urbaines et rurales. Il permettra aussi de rapprocher les services de santé de qualité des membres des communautés rurales du Cambodge.

Le Royaume a également fait preuve d’un engagement fort pour renforcer des services de santé équitables et abordables. L’adoption de fonds d’équité en matière de santé et de fonds nationaux de sécurité sociale a permis aux membres des communautés les plus à risque d’accéder à des services de soins oculaires dans tout le pays.

La mise en œuvre d’un système de gestion de l’information sanitaire standardisé et intégré a rendu possible et plus facile la prise de décisions fondées sur des données probantes au Cambodge.

L’université des sciences de la santé a mis en place des programmes de formation d’infirmières en ophtalmologie et de résidents en ophtalmologie et a offert des bourses à une nouvelle génération de professionnels de la santé dévoués. Et le ministère de l’Éducation prévoit de concevoir et d’inclure la santé oculaire dans le programme scolaire afin de sensibiliser davantage les enseignants, les élèves et leurs parents.

Enjeux sur le terrain

Le vieillissement croissant de la population et l’allongement de l’espérance de vie signifient qu’un investissement plus important dans le secteur de la santé oculaire est plus que jamais nécessaire. Des équipements et des installations modernes sont nécessaires dans tout le pays et exigeront davantage de ressources financières de la part du gouvernement et des partenaires du développement.

« L’évolution vers des habitudes de vie moins saines chez les Cambodgiens augmente la probabilité de rétinopathie diabétique, une maladie oculaire qui peut entraîner la cécité »

L’OMS estime que le nombre de Cambodgiens atteints de diabète pourrait atteindre 317 000 d’ici à 2030, ce qui signifie que davantage de personnes seront confrontées à une déficience ou à une perte de la vue.

Comme d’autres pays de la région, le Royaume se bat pour que le personnel de santé formé soit disposé à travailler et à demeurer dans les campagnes.

Il y a un espoir en vue. Le Cambodge est sur le point de lancer le plan stratégique national pour la prévention et le contrôle de la cécité 2021-2030, qui vise à renforcer le secteur de la santé oculaire pour les dix prochaines années.

Une bonne santé oculaire est essentielle pour la réduction de la pauvreté et l’équité entre les sexes. Et le Cambodge s’est engagé à mettre fin à la cécité évitable d’ici 2030.

Tokyo Bak avec notre partenaire The Phnom Penh Post

 

Tokyo Bak est directeur national pour le Cambodge de la Fondation Fred Hollows, une organisation internationale de santé oculaire qui s’efforce de mettre fin à la cécité évitable dans plus de 25 pays.

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