Économie & Dossier : Un certain pessimisme au sujet de la croissance du Cambodge

Le Fonds monétaire international (FMI) a prévu que le produit intérieur brut (PIB) du Cambodge pourrait connaître une croissance négative de 1,7 % en 2020 en raison des mesures de distanciation sociale visant à contenir la pandémie de COVID-19. Une projection noire par rapport aux prévisions de la Banque mondiale et la BAD qui envisagent, sauf catastrophe, une croissance aux alentours de 2,5 % cette année et de 5,5 % en 2021.

Si la prévision se réalise, l’économie cambodgienne connaîtra alors une croissance négative pour la première fois depuis que le FMI a commencé à évaluer l’économie du royaume en 1988. Dans un scénario plus optimiste, le FMI estime que si le vaccin COVID-19 est produit et utilisé au second semestre de cette année, les économies mondiale et cambodgienne augmenteront respectivement de 5,8 % et 6,1 %. De leur côté, la Banque mondiale et la Banque asiatique de Développement ont prédit que la croissance économique réelle du royaume ralentirait à environ 2,5 % cette année en conséquence directe de la pandémie Le rapport « Great Lockdown » du FMI publié jeudi dernier soutient que le choc économique provoqué par le COVID-19 s'avère bien plus grave que la crise financière mondiale de 2008-2009. Pour rappel, à cette époque la croissance économique du Cambodge se situait à 0,1 %. Depuis 1998, le Cambodge a connu une croissance économique performante avec une croissance annuelle moyenne aux alentours de 7 %. Le taux de pauvreté est tombé à 10 % en 2019, contre 53 % en 2004. D’autres domaines tels que l’éducation et la santé se sont également sensiblement améliorés.

Secteurs

Dans l'espoir de minimiser les conséquences du choc économique provoqué par la pandémie, le gouvernement cambodgien a annoncé un budget de 2 milliards de dollars US pour soutenir les secteurs piliers de l’économie nationale : agriculture, textile et tourisme. M.Hong Vannak, chercheur à l’académie royale du Cambodge, pense que la reprise économique et la stabilité pourraient prendre jusqu’à deux ans.

Tourisme

« Le tourisme, un secteur prioritaire dans le pays, n'a presque plus d'activité. Il faudra du temps pour que la confiance des voyageurs revienne et cela finira par façonner la reprise », a déclaré M. Vannak dans la presse locale.

Toutefois, le secteur du tourisme éprouvait déjà de sérieuses difficultés avant la pandémie avec une baisse significative de la fréquentation du complexe archéologique d'Angkor, la principale attraction du pays. Avec l'interdiction des casinos en ligne en janvier dernier, la fréquentation de la station balnéaire de Sihanoukville a connu un arrêt brusque et la ville se trouve aujourd'hui en chantier alors que le gouvernement tente de redéfinir la destination avec l'aide d'experts chinois.

Secteur agricole

L’expert cambodgien ajoute que le secteur agricole constituera également un élément clé de la reprise économique. Malheureusement, l’économie rurale est confrontée à de sérieux problèmes datant d’avant la pandémie. Les sécheresses subies en 2019 ont poussé le secteur agricole, notamment la riziculture, à ses limites. Cette situation a été exacerbée par les tarifs protectionnistes imposés par l’Union européenne sur certaines exportations de riz du Cambodge, ainsi que par les difficultés de la Chine à respecter ses quotas sur les importations de riz du Cambodge.

Aussi, la décision de Hanoï de fermer les frontières du Vietnam avec le Cambodge a eu des conséquences désastreuses, car le pays frontalier est l’un des plus gros acheteurs de produits alimentaires cambodgiens. L’agriculture est aussi un secteur plutôt endetté et la baisse d'activité risque encore d'alourdir le fardeau. Le gouvernement par la voix de la Banque Nationale du Cambodge a fortement incité les banques et institutions financières à faire preuve de mansuétude et de favoriser les arrangements envers leurs débiteurs.

« L’approche pour reconstruire et renforcer cette pierre angulaire cruciale de l’économie nationale consistera à augmenter la chaîne de valeur », déclare M.Hong Vannak.

Textile

L’industrie de l’habillement et de l’exportation, qui a rapporté au Cambodge 9,35 milliards de dollars US en 2019, devrait également suivre une reprise progressive et lente. Cela est dû en partie à la décision de l’Union européenne de suspendre partiellement les tarifs préférentiels précédemment appliqués aux exportations de vêtements du Cambodge. Celles-ci représentaient environ 90 % des exportations totales de vêtements du Royaume. Selon une association qui représente les petites entreprises et les indépendants, les revenus des petites entreprises au Cambodge ont chuté de près de 70 % depuis le début de la pandémie de Covid-19. Environ un tiers de tous les travailleurs — ou plus de 200 000 personnes — du secteur du vêtement au Cambodge pourraient être temporairement licenciés, car les usines éprouvent de sérieuses difficultés pour fonctionner. Le gouvernement a promis à ces travailleurs du vêtement qu’ils toucheraient 60 % du salaire minimum — les deux tiers couverts par l’État et un tiers par les employeurs. Des appels ont été faits par les professionnels du textile vers la Commission européenne pour reconsidérer la décision de suppression du régime préférentiel effective en août prochain.

Équilibre

À l’image de nombreux pays d’Asie face à la pandémie de Covid-19, le Cambodge cherche à trouver une politique de protection et de lutte contre le virus en tentant d’atténuer au maximum les impacts sur l’activité économique. Bien que le texte de loi sur l’état d’urgence soit en cours d’approbation, le Premier ministre a souligné lui-même qu’il était peu probable que cette mesure drastique soit décrétée, bien que de nombreux détracteurs aient interprété, voire même décidé que cet outil ne serait utilisé qu’à des fins de répression. À travers de nombreux discours et au vu des mesures prises, il semble évident que le chef du gouvernement royal souhaite maintenir un minimum d’activité économique, car les secteurs sont déjà en situation de « sous-performance » et un arrêt total de l’activité ou un confinement strict risqueraient d’avoir des conséquences bien plus dramatiques sur la croissance du pays. Cela, les politiques cambodgiens l’ont compris et favorisent le renforcement des mesures de sécurité pour les endroits accessibles au public plutôt qu’une fermeture — en dehors de certains établissements difficiles à contrôler tels KTV, clubs de gym et autres —, reportent la rentrée des classes et proposent un arsenal de mesures d’aide pour les secteurs en difficulté, et cela en concertation avec les associations de professionnels.

Bémol

Les experts du FMI ou autres grandes institutions financières proposent des projections basées sur des échantillonnages, du terrain et des méthodes statistiques complexes et propres à l’analyse économique. Ce sont des outils précieux et bien utiles, mais qui ne prennent pas toujours en compte certaines réalités très cambodgiennes. Le secteur du textile, par exemple, est indirectement un support de l’agriculture. De nombreux employés du textile envoient une partie de leur salaire pour soutenir leurs familles des provinces travaillant dans l’agriculture. Ces salaires du textile servent aussi souvent de garanties pour les prêts des agriculteurs effectués auprès des établissements de microcrédit. Il existe donc situation de forte interdépendance et de fragilité entre ces deux secteurs qui ne sont pas vraiment mesurés. Et, à propos de l’endettement, il est également peu probable que le FMI soit en mesure d’évaluer précisément les encours auprès des tontines, sorte de banques familiales encore très sollicitées de nos jours et dont le poids peut être assez lourd. Les prévisions du FMI seraient donc plutôt à considérer comme des avertissements plutôt que des projections infaillibles. D’ailleurs, en cette période de pandémie qu'aucun pays touché ne parvient à maîtriser parfaitement, qui est en mesure de prévoir l’avenir précisément ? CG

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