À Hanoï, Hun Manet place la paix, la coopération et les peuples au cœur du projet régional
- La Rédaction

- 10 juin
- 4 min de lecture
Le Premier ministre cambodgien a pris la parole le 9 juin au 3e Forum sur l'avenir de l'ASEAN, défendant avec fermeté le règlement pacifique des différends — dont le contentieux frontalier avec la Thaïlande — et appelant l'association à mesurer ses succès à l'aune du bien-être de ses citoyens.

Un forum devenu incontournable
La troisième édition de l'ASEAN Future Forum (AFF) s'est officiellement ouverte à Hanoï ce 9 juin sous le thème « Façonner notre avenir ensemble : paix, prospérité et développement centré sur les peuples ». L'événement, qui se tient jusqu'au 10 juin, est pensé pour produire des perspectives nouvelles, des initiatives et des recommandations stratégiques au service du processus de construction de la communauté ASEAN. Aux côtés du Premier ministre vietnamien Le Minh Hung qui présidait la cérémonie d'ouverture, figuraient notamment les chefs de gouvernement du Laos, de Thaïlande et du Timor-Leste, ainsi que le Secrétaire général de l'ASEAN Kao Kim Hourn.
Hun Manet est arrivé à Hanoï dès le matin du 8 juin, à l'invitation de son homologue vietnamien, accompagné d'une délégation conduite par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn. Cette visite — la deuxième visite officielle de Hun Manet au Vietnam depuis sa prise de fonctions — devrait contribuer à renforcer les relations bilatérales et la stabilité régionale.
La paix, bien précieux et fragile
Dans son discours, le chef du gouvernement cambodgien a rappelé le chemin parcouru par l'Asie du Sud-Est : une région jadis déchirée par les conflits idéologiques et la méfiance, progressivement transformée par le dialogue, le respect de la souveraineté et le règlement pacifique des différends en l'une des zones les plus dynamiques du monde. «
Cette transformation ne s'est pas produite par hasard. Elle est le fruit de choix délibérés de nos dirigeants et de nos peuples, qui ont préféré le dialogue à la confrontation, la coopération à la division », a-t-il déclaré.
Mais la paix, a-t-il averti, ne saurait être tenue pour acquise. Il a cité les tensions persistantes au Moyen-Orient, dont les répercussions sur les chaînes d'approvisionnement mondiales — perturbations des marchés énergétiques, hausse des prix alimentaires — illustrent la maxime qu'il a lui-même formulée : « L'instabilité en un point du globe affecte désormais la prospérité partout ailleurs. »
Le dossier thaïlandais : entre cessez-le-feu fragile et recours au droit international
Le Premier ministre a consacré une part significative de son intervention à la question frontalière avec la Thaïlande, toile de fond de ce sommet régional. Le cessez-le-feu reste en vigueur mais demeure, selon ses propres termes, « fragile ». Il a fermement rappelé que « les frontières et la souveraineté ne peuvent jamais être modifiées par la force ou par un fait accompli », et appelé à la mise en œuvre pleine et urgente de la déclaration conjointe du 27 décembre 2025, notamment son point 3 relatif à la reprise des travaux d'arpentage et de délimitation par la Commission mixte des frontières.
Ce rappel à l'ordre diplomatique s'inscrit dans un contexte juridique en pleine évolution. Début juin, Phnom Penh a officiellement déposé une notification de conciliation obligatoire auprès de l'UNCLOS pour régler le différend maritime qui l'oppose à Bangkok dans le golfe de Thaïlande, un espace revendiqué par les deux parties et supposé receler d'importantes réserves de gaz naturel et d'hydrocarbures. Cette décision est intervenue après que la Thaïlande a unilatéralement résilié un mémorandum d'entente vieux de vingt-cinq ans, censé encadrer l'exploitation conjointe de ces zones chevauchantes.
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow a annoncé que Bangkok désignerait deux conciliateurs pour participer à la procédure, tout en regrettant la démarche cambodgienne :
« Les deux parties auraient d'abord dû se parler bilatéralement. » Signe d'une tension maîtrisée mais réelle, Hun Manet avait justifié le recours à l'UNCLOS en ces termes : « Ce n'est pas une action unilatérale. C'est un effort pour régler le différend pacifiquement, via le droit international et de bonne foi. »
À Hanoï, le Premier ministre a salué la disposition thaïlandaise à s'engager dans ce processus onusien comme « une étape bienvenue » vers une résolution durable, bénéfique aux deux pays et à la stabilité de la région.
Économie et développement : les petits États sous pression
Sur le front économique, Hun Manet a dressé un tableau préoccupant pour les économies ouvertes et dépendantes du commerce mondial. Il a souligné que les crises multiples et simultanées que traverse la planète tendent à reléguer les objectifs de développement durable au second plan de l'agenda international — une réalité qui frappe de plein fouet les États les plus petits, structurellement exposés aux aléas du système multilatéral.
Beni Sukadis, analyste senior à l'Institut indonésien d'études de défense et de stratégie (Lesperssi), avait relevé en amont du forum que l'AFF 2026 se tient à un moment charnière, alors que l'Asie du Sud-Est doit composer simultanément avec la compétition stratégique entre grandes puissances, des vents contraires économiques mondiaux, des perturbations des chaînes d'approvisionnement, le changement climatique et les effets de la transformation numérique.
La vraie mesure du succès : les peuples
Fidèle à la philosophie du forum, Hun Manet a conclu son intervention sur une note humaniste.
« La prospérité n'a de sens que lorsqu'elle sert les peuples », a-t-il affirmé, avant d'appeler à ne pas réduire le bilan de l'ASEAN à des agrégats macroéconomiques — PIB, flux commerciaux, investissements. Ce qui compte, a-t-il insisté, c'est de savoir si les citoyens « vivent mieux, plus en sécurité, en meilleure santé et avec davantage d'espoir ».
Il a salué les progrès accomplis par l'association au cours des dernières décennies — sortie de millions de personnes de la pauvreté, accès élargi à l'éducation et aux soins, renforcement de la connectivité, émergence d'une classe moyenne régionale — tout en reconnaissant que des attentes croissantes et des défis plus complexes exigent une ASEAN plus efficace. Pour y répondre, il a plaidé pour l'intensification des échanges entre jeunes et universitaires, la coopération culturelle et les partenariats médiatiques, estimant que le déficit de compréhension mutuelle entre peuples membres constitue l'un des risques les plus sous-estimés pour la cohésion régionale.
L'ASEAN Future Forum est présenté par ses organisateurs comme une plateforme destinée à l'innovation stratégique, où de nouveaux concepts peuvent être explorés, affinés et développés avant d'être traduits en actions concrètes — une ambition que la prise de parole de Hun Manet, à la fois juridique, économique et philosophique, a pleinement incarnée ce 9 juin à Hanoï.







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