jeudi, novembre 16, 2017

Cambodge - Entretien : Guillaume Massin et la dynamique française

Originaire de Lille, Guillaume Massin fait partie de ces entrepreneurs qui ont décidé de s’installer définitivement au Cambodge après une première expérience professionnelle dans le Royaume dans les années 2000. Diplômé de droit et de sciences politiques, Guillaume Massin est devenu l’un des dirigeants du cabinet de consulting et d’expertise DFDL. Il est aussi le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge. Pour Cambodge Mag, Guillaume Massin a accepté de livrer quelques impressions sur son parcours et sur la CCIFC.

Guillaume Massin
CM : Dans quelles conditions êtes-vous arrivé au Cambodge ?
Je suis arrivé au Cambodge en 2004, dans le cadre d’un projet de coopération de l’Ambassade de France. C’était un projet qui se focalisait sur la formation professionnelle dans le domaine judiciaire, sur l’appui à la rédaction de textes de loi, et sur le soutien au Ministère de la justice, au barreau et au Ministère de l’Intérieur du Cambodge. C’était un projet de coopération du type Fonds de Solidarité Prioritaire, semblable à beaucoup de ceux qui étaient initiés alors avec les institutions cambodgiennes, et qui a duré sept ans. 

C’est en 2007 que j’ai décidé de rentrer dans le privé car je voyais qu’il y avait de nombreuses opportunités. Après quelques missions en tant que consultant, j’ai intégré DFDL, cabinet de consulting avec une composante Assistance Technique, Conseil Juridique, mais aussi Conseil en Investissement et Fiscalité pour n’en citer que quelques-unes. Etant juriste de formation c’était pour moi une évolution relativement naturelle que de travailler en cabinet, plus particulièrement en droit public. En France, je travaillais dans l’administration et j’ai également enseigné le droit et la science politique, et participé à des études et recherches dans ces disciplines.

CM : Quels sont vos domaines d’intervention ?
Le domaine d’intervention de DFDL est vaste. Nous sommes un cabinet de consulting susceptible d’intervenir dans le conseil en stratégie commerciale, dans les réalisations d’études de marché, de faisabilité, dans la stratégie d’investissement, dans le conseil fiscal, dans différents types d’audits. Nous nous sommes suffisamment diversifiés pour pouvoir répondre à tous types de requêtes d’entreprises ou de groupes d’entreprises souhaitant s’implanter ou étendre leurs activités. Nous sommes impliqués dans un certain nombre de grands projets et intervenons dans de nombreux secteurs tels l’aviation civile, les télécommunications, la banque, le financement de projets, l’immobilier, l’énergie et les infrastructures.

DFDL a commencé ses activités en 1994-1995 au Laos et au Cambodge. Aujourd’hui c’est un groupe qui emploie plus de trois cents personnes, dont une centaine au Cambodge. Notre siège régional est d’ailleurs basé à Phnom Penh, ce qui démontre que le Cambodge a une place clé dans notre groupe mais représente aussi une base solide pour un développement dans la région. Nous avons désormais des bureaux au Vietnam, en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines, en Birmanie, à Singapour et au Bengladesh. 

Notre secteur d’activité est un secteur qui s’est développé alors que l’activité économique au Cambodge était et est toujours en plein essor. Compte tenu du contexte particulier du Cambodge, au départ il s’agit tout de même d’un pays en reconstruction, notre activité nous a donné accès à de projets d’assez grande envergure tout en laissant des perspectives d’innovation et nous a donné la possibilité de contribuer au développement de nouvelles normes et politiques publiques en assistant fréquemment le Gouvernement et les organisations internationales présentes au Cambodge. 

CM : L’expatriation a-t-elle été difficile ?
L’expatriation était une démarche naturelle. J’avais des amis en Asie, et j’ai eu la chance d’arriver au Cambodge, qui au départ n’était qu’une étape professionnelle, alors qu’il y avait de réelles opportunités. J’y ai fait ma vie, je m’y suis marié, j’ai trois enfants et c’est pour moi une entière satisfaction.

CM : A propos de votre implication dans le milieu associatif ?
Le milieu associatif n’est pas une nouveauté pour moi. J’étais actif dans ce milieu alors que j’étais étudiant, et je suis entré à la Chambre de Commerce et d’Industrie France Cambodge en 2007 pour remplacer un membre de DFDL qui siégeait au Conseil d’Administration. J’étais d’abord membre du Conseil, puis suis passé par quelques postes, secrétaire général, vice-président puis président.  Il faut se sentir concerné, avoir envie de créer une dynamique au sein de la communauté d’affaires française et franco-cambodgienne. Je pense sincèrement que la CCIFC est un bon catalyseur, un bon outil pour un cheminement collectif. 

CM : parlez-nous un peu du rôle de la CCIFC aujourd’hui
Nous sommes devenus très actifs dans l’animation de la communauté d’affaires et peut-être un peu moins pour certaines missions traditionnelles de chambres de commerces, notamment dans les services directs en raison de notre évolution récente. Pour ce dernier type de mission, nous avons contribué à la création d’Eurocham et nous travaillons en partenariat avec eux pour les services mais aussi sur d’autres types actions, notamment en ce qui concerne le pôle ‘Advocacy’ qui met en œuvre une collaboration avec les autorités sur les problématiques sectorielles de réformes et d’évolution du cadre réglementaire. Nous nous associons à Eurocham pour des forums grand public, des événements de réseautage, nous mutualisons nos ressources. A notre niveau, en action directe, nous organisons régulièrement des rendez-vous avec les communautés d’affaires françaises à Phnom Penh et Siem Reap, nous prévoyons toujours de mettre en place plus de rendez-vous réguliers sur des thématiques variées, mais toujours en lien avec les besoins des entreprises françaises au Cambodge. 

Nous jouons aussi un rôle d’accompagnement et parfois aussi de conseils pour des entrepreneurs français installés ou souhaitant s’installer. Sur la partie Eurocham, nous sommes porteurs d’activités et de thèmes qui sont chers à la communauté française mais que nous développons dans un cadre plus large. A cet égard, nous avons contribué à lancer de nouvelles impulsions pour représenter les intérêts de nos communautés d’affaires françaises et européennes au Cambodge en général et dans les relations avec les autorités ce qui nous permet de défendre plus efficacement les intérêts de nos membres. 

La CCIFC a également une publication, Entreprendre Cambodge, qui, de magazine mensuel, est devenue aujourd’hui un guide destiné à fournir des informations clés pour faciliter l’activité et les démarches des entreprises de nos ressortissants.

Guillaume Massin lors du 14 juillet 2017 à Koh Pich
Pour parler des évènements que nous initions et organisions, je citerai le 14 juillet, un événement qui est le plus important dans la communauté française, et pour lequel je pense sincèrement que la CCIFC a apporté une nouvelle dimension. L’évènement s’est déroulé dans de bonnes conditions, l’édition 2017 a été, je crois, particulièrement réussie.

Je citerai aussi la semaine française, une manifestation qui fédère les énergies des entreprises françaises travaillant ici, petites ou grandes. C’est une belle occasion de mettre en valeur le savoir-faire français et le dynamisme des entrepreneurs français qui s’installent ici. Nous publions enfin une newsletter mensuelle qui est un bon outil de communication auprès des membres mais aussi en dehors de la communauté d’affaires, notamment pour des initiatives culturelles, car nous diffusons cette lettre très largement.

CM : A propos de votre gala annuel
Et puis il y a notre gala annuel qui est un événement majeur, tant pour la communauté française que pour le Cambodge en général, de nombreuses personnalités s’y joignent et c’est devenu un grand classique : 400 invités, parmi lesquels des membres éminents du Gouvernement Royal du Cambodge et des représentants du Gouvernement français, sont attendus pour cet évènement qui rassemble l’ensemble des communautés françaises, cambodgiennes et internationales.

Cette année, nous nous sommes très impliqués avec un thème sur lequel il est, à mon sens, important de communiquer. Le thème retenu cette année est : ''France-Cambodge, patrimoines en partage''.  L’héritage commun marque l’empreinte d’un lien unique entre les deux pays, un lien qui existe depuis plus de 150 ans. Il est important que les jeunes générations reçoivent plus d’information sur notre histoire commune. Il y a un concept de transmission de l’histoire de nos anciens vers nous et vers les jeunes générations qui me semble important. La notion d’héritage nous donne un lien avec la responsabilité sociale, et cette soirée sera aussi placée sous le signe de la RSE avec le gala qui se terminera par la cérémonie de remise des prix du concours RSE. Cette année le concours a rassemblé 17 candidats pour 4 lauréats.

Quelles sont les difficultés qui peuvent être rencontrées dans le fonctionnement de la CCIFC ?
Comme pour beaucoup d’initiatives associatives nous souhaiterions toujours en faire plus. Et, comme souvent nous nous heurtons à des limites budgétaires, étant peu éligibles pour des subventions directes. C’est en partie pour cela que nous travaillons en large partenariat avec Eurocham qui nous a permis de mutualiser un certain nombre de dépenses de fonctionnement tout en nous permettant d’obtenir un financements européen pour les activités d’Eurocham. A un autre niveau, nous collaborons également de plus en plus avec les Conseillers du Commerce Extérieur qui ont lancé l’initiative RSE en 2016. Ces partenariats nous permettent d’être efficaces, en partageant les ressources humaines, la logistique et les expertises.

Quelles sont les satisfactions d’un président ?
La satisfaction est toujours de voir la réussite d’une entreprise que nous avons soutenue, mais si nous pouvons souvent aider sur certains aspects, le succès tient en majeure partie à l’entrepreneur lui-même. Je crois que généralement l’action fédératrice de la CCIFC vers les entrepreneurs français donne de plus en plus de bons résultats, notamment vis-à-vis de la communauté française mais aussi dans le cadre des activités européennes où nous sommes de mieux en mieux représentés. Mais, nous ne sommes pas les seuls dans cette démarche de rassemblement, il y a un tissu d’associations françaises très dynamiques, des conseillers consulaires bien impliqués, et l’Ambassade de France qui joue un rôle précieux dans la coordination de ce dispositif économique français qui aujourd’hui démontre une véritable cohérence. Et cela c’est une très grande satisfaction.



Pays/territoire : Cambodia
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