mercredi, novembre 29, 2017

Cambodge - Dossier - Economie : L’Énergie au Cambodge

L'accès à une énergie bon marché et de bonne qualité reste un élément décisif pour encourager les investisseurs à s'installer dans le royaume. En 2017, la couverture du réseau électrique cambodgien n'atteint que 55% des habitants avec une large disproportion entre les grandes agglomérations et les provinces. Il n'est pas rare d'ailleurs que les habitants et petits entrepreneurs des villes et villages éloignés aient recours à des méthodes archaïques pour s'éclairer ou faire fonctionner leurs équipements ménagers ou professionnels. Malgré une augmentation de la production électrique sensible ces dernières années, le Cambodge reste largement en sous-capacité de production électrique. 

Les coupures de courant restent aussi fréquentes à Phnom Penh durant la saison sèche. Au Cambodge, la distribution d’électricité est structurée autour de l’Autorité pour l’Électricité au Cambodge (EAC) et de l’Électricité du Cambodge (EDC). Ce dernier est présent essentiellement dans les grandes villes. Dans les zones rurales, l’EAC s’appuie sur un réseau de 300 petits entrepreneurs ruraux, qui reçoivent des licences pour produire et/ ou distribuer de l’électricité dans une zone attribuée. Ces entrepreneurs ruraux offrent généralement un service limité. Ils n’opèrent que dans les zones densément peuplées et, dans de nombreuses régions, l’électricité est disponible seulement quelques heures en soirée. Les tarifs sont élevés: un kWh coûte entre 0,5$ et 1$. Cela représente un coût trois à six fois plus élevé qu’en France. Pour pallier à ces déficiences, le gouvernement s'est fixé plusieurs objectifs ambitieux,  comme l'explique Ty Norin, président de l’EAC (Electricity Authority of Cambodia - Autorité pour l’Électricité au Cambodge) :
  • Il s'agit de fournir, à travers le réseau national, une électricité de qualité (puissance régulière et permanente) à des tarifs modérés, à l'ensemble des villages d'ici 2020 et à 70% de tous les ménages ruraux d'ici 2030. 
  • Répondre aux besoins immédiats et s'adapter aux prévisions: avec une croissance économique de 7 % par an, la consommation nationale est susceptible d'augmenter de plus de 18% par an. 

  • À ces objectifs prioritaires s’ajoutent :
  • La nécessité pour le Cambodge de devenir totalement indépendant de l’énergie importée. Les importations d’électricité du Vietnam et de Thaïlande (80% de la consommation en 2006), sont passées respectivement à moins de 15% et 5% en 2017 grâce aux centrales hydroélectriques et aux centrales à charbon. 
  • L'objectif pour le Cambodge de devenir exportateur d’énergie.
Construction du barrage de Sre Ambel 
Les barrages hydroélectriques
Avec le Mékong et ses affluents, le Cambodge dispose d’énormes réserves d’énergie hydraulique renouvelable et non polluante. Parmi les barrages qui contribuent à l’approvisionnement du réseau, citons: Kirirom 1 (12 Mw), Kamchay (195 Mw); Kirirom 3 (18 Mw), Stung Atay (120Mw), Stung Tatay (246 Mw), Lower Russey Chrum, (338 Mw), et enfin Lower Sesan 2, de loin le plus gros ouvrage construit au Cambodge avec une pleine capacité de 400 Mw, mis en service en septembre dernier. Les barrages fournissent plus de 60% de l’électricité produite au Cambodge. Cependant ces infrastructures ont leurs détracteurs qui avancent les déplacements des populations riveraines, la perturbation des écosystèmes et des migrations de poissons, et l’influence de ces barrages sur les crues et décrues du Tonle Sap. Ces arguments sont avancés en particulier contre le projet laotien de Don Sahong, et auraient provoqué l’arrêt du projet de barrage d’Areang dans les Cardamomes. Discussions et controverses ne sont pas près de s’éteindre puisqu’on reprend deux énormes projets : Stung Treng (900 Mw) et Sambo (2 600 Mw). Toutefois, ces barrages rendraient le Cambodge indépendant de toute importation avancent ses partisans et, gérés en BOT (Build – Operate – Transfert), ils ne coûteraient donc rien. 

Les centrales à charbon
L'énergie thermique : c’est une énergie peu onéreuse, et permanente, susceptible de relayer les centrales hydroélectriques si l’eau vient à manquer en saison sèche. Il existe deux centrales au charbon au Cambodge, près de Sihanoukville, situées sur la route de Stung Hav. La localisation a été bien étudiée: ces centrales sont proches de la côte, et le charbon en provenance d’Indonésie est facilement débarqué à proximité. Ces centrales sont hors de l’agglomération, et la pollution est chassée par les vents dominants vers une zone très peu habitée. Elles sont aussi proches des grands
centres de consommation: l’agglomération de Sihanoukville et ses environs, et les Zones Économiques Spéciales. Les puissances respectives sont de: 100 Mw pour la centrale dite «malaisienne», 240 Mw pour la centrale dite «chinoise», et 135 Mw prévus pour « Sihanoukville 3 ». En 2016, les deux centrales en service ont produit 2,376 Gw. 

Centrale thermique malaisienne près de Sihanoukville
Énergies nouvelles
Selon l’étude du cabinet de consultants «Innovation, Energie, Développement», les énergies renouvelables au Cambodge, mini-réseaux hydrauliques, mini-réseaux photovoltaïques, mini-réseaux
diesel, hybride solaire/diesel, biomasse, stations solaires… ne devraient couvrir en 2030 que 5,2% des besoins des villages, et moins de 1% pour ceux des foyers.

L’énergie solaire au Cambodge
À Bavet, une centrale solaire de 10 Mw, la première à être reliée au réseau cambodgien, sera construite par une entreprise de Singapour, Sunseap Energy. Elle fournira le quart de la consommation de Bavet. Le financement, 9,2 millions de dollars, sera assuré par la Banque Asiatique
de Développement, par un fond canadien.et par un investisseur privé. Electricité du Cambodge, prévoit un parc d’énergie solaire produisant 100 Mw (y compris Bavet), réalisable en deux phases. En 2017, l’énergie solaire est encore peu développée au Cambodge : seulement 10 à 20 M w au total, indique le ministère des Transports et de l’Energie. Les raisons de ce sous-développement sont simples: le coût de l'investissement, 4 à 12 000$ pour une habitation privée, plusieurs millions de dollars pour une grande entreprise, avec une rentabilité effective à partir de 3 à 5 ans dans les conditions les plus favorables. Le concept de l'énergie solaire et de ses avantages n'est pas ou encore trop peu assimilé. Il semblerait que les coûts d'installation et de la connexion au réseau restent un frein à cette alternative. Cependant, le solaire progresse légèrement. Les arguments en sa faveur sont évidents : le prix des panneaux solaires a beaucoup baissé et, pour le long terme, cette énergie est indéfiniment renouvelable. Le solaire ne provoque aussi aucune destruction de l'environnement et ne pollue pas. Il est aussi possible d'alimenter les utilisateurs isolés. Les inconvénients sont faibles: il y a des jours, et des périodes sans soleil? Les centrales au charbon peuvent y remédier. Le gouvernement est décidé à le favoriser avec la construction de cette centrale solaire à Bavet, avec l'appui d'organismes internationaux comme l’AFD, l’Union Européenne, la Banque mondiale et l’ADB.

Le pétrole 
La grande aventure du pétrole a commencé il y a 50 ans, elle a été décevante. Dès les années 1970, la société française Elf avait foré deux puits dans les eaux cambodgiennes, sans succès. En 1993, dans un Cambodge en pleine renaissance  l’idée est reprise. L’Autorité Nationale du Pétrole est créée, on attribue des blocs à des compagnies exploratrices, et en deux ans quatre puits sont forés par Campex, Enterprise Oil, et Premier. Chaque forage, au-dessus de 40 à 70 m d’eau, coûte alors entre sept et dix millions de dollars. Trois puits obtiennent des «traces très encourageantes», des études sismiques sont réalisées, et l’optimisme amène Enterprise Oil à inviter des journalistes en 1996 à visiter son bateau de forage dans le Golfe de Thaïlande. Les choses vont moins bien ensuite : le Cambodge et la Thaïlande se disputent au sujet de la délimitation des eaux territoriales et sur le partage des découvertes éventuelles et, surtout, les compagnies qui se sont lancées dans l’exploration : Mitsui, Conoco, Chevron, BP, Shell, Idemitsu et autres ne trouvent pas de gisements exploitables, tant pour le pétrole que pour le gaz. Les raisons techniques fournies par M. Men Den, géologue et directeur de la CNPA - Cambodia National Petroleum Authority - : le sous-sol est très fragmenté et il est difficile de trouver des « poches» de petites dimensions. Il faut beaucoup de forages pour les atteindre. D’autre part, il s’agit d’un pétrole visqueux, coûteux à extraire, et donc probablement peu compétitif sur le marché mondial. Pour ces raisons, l’enthousiasme pour le pétrole cambodgien a sensiblement baissé. Pourtant, cette année, l'entreprise de Singapour KrisEnergy a racheté les droits de forage de Chevron dans le bloc A. Selon KrisEnergy, le projet de phase 1A verrait une installation minimale, sans pilote, avec une plate-forme de tête de puits de 24 fentes. Il est estimé que cette plateforme produirait quotidiennement jusqu'à 30 000 barils de fluides. Le pétrole produit à partir de la phase 1A du développement d'Apsara sera transféré à travers un pipeline de 1,5 km et stocké dans un navire de flottaison, de stockage et de déchargement amarré en permanence.

Raffiner 
Ces espoirs de découvertes justifient en partie la construction d’une raffinerie d’une capacité de cinq millions de tonnes par an, pour un coût total de 1,67 milliard de dollars. L’entreprise chinoise Sino Great Wall doit terminer la première phase, deux millions de tonnes de capacité, sur 80 hectares près de Sihanoukville (Prey Nup), en 2019. Le coût est de 620 millions de dollars. En attendant de pouvoir raffiner du pétrole cambodgien, elle sera approvisionnée par du pétrole en provenance d’Iran ou d’Irak, et devrait contribuer ainsi à faire baisser le prix des carburants localement. 

L’énergie Bio
L’idée de la biomasse : utiliser des produits naturels, le gaz produit par la fermentation de certains produits. Il y a eu des essais à petite échelle au Cambodge, à partir du manioc, de la canne à sucre. Certaines rizeries les utilisent… On a pensé aussi au biofuel, au jatropha, une noix dont le jus peut servir de carburant. Toutefois, les utilisations restent confidentielles et limitée pour l'instant à quelques projets pilotes. 

L’énergie nucléaire 
Pour le président de l’EAC, Ty Norin, le Cambodge n’est pas prêt pour produire de l'énergie nucléaire, il n’a pas l’expertise nécessaire, ce serait une aventure trop coûteuse. Une idée a eu ses partisans: laisser au Vietnam qui a projeté de construire six centrales (la première en 2019), l’acquisition de la technologie, les investissements et les risques de l’énergie nucléaire, et lui acheter ensuite une électricité bon marché. Ce projet n’a pas eu de suite car le Vietnam a renoncé à ses projets nucléaires. La Russie a également proposé au Cambodge de l’aider en matière de formation et de recherche. Le Premier ministre russe Medvedev a signé en 2016 à Phnom Penh un mémorandum de coopération avec le Cambodge. Il ne s’agirait bien sûr que de nucléaire civil, qui serait agréé et inspecté par l’IAEA (International Atomic Energy Agency). Il s’agirait pour commencer d’une centrale de recherche et de formation. Il n’empêche : selon la plupart des décideurs cambodgiens en matière d’énergie, pour avoir à la fois l’abondance et l’autonomie, l’avenir de l'énergie au Cambodge à long terme resterait l’hydroélectricité et le solaire
La rédaction

Pays/territoire : Cambodia
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