mercredi, octobre 11, 2017

Cambodge - France - Commerce extérieur : L'image du savoir-faire français s'améliore en Asie, par Christophe Forsinetti

Alors que le forum mondial des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF) vient de s'achever en Indonésie, l'occasion de faire le point sur cette rencontre, qui accueillait une délégation venue du Cambodge, avec Christophe Forsinetti, CCEF pour le Cambodge. Alors que le rôle des CCEF  reste encore relativement peu ou mal connu, l'homme d'affaires donne quelques explications sur cette fonction et fait le point, avec beaucoup d'optimisme, sur ce forum qui vient de se dérouler à Bali :

Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J’ai commencé à faire mes premières visites au Cambodge au milieu des années 1990. Ma mère étant d’origine cambodgienne, j’ai toujours souhaité créer un lien et suivre le développement du pays. Ce n’est qu’en 2007 que j’ai décidé de venir m’installer afin de créer une entreprise de capital risque. L’absence totale de financements pour les PME cambodgiennes me paraissait être une opportunité pour pouvoir concilier rentabilité et contribution au développement du pays. Auparavant, j’ai établi et développé deux banques de micro-finance pour le groupe MicroCred, au Mexique et a Madagascar. 

Christophe Forsinetti, Conseiller du Commerce Extérieur de la France
Après dix ans au Cambodge, je continue à investir dans des PME cambodgiennes à travers la société que j’ai créé, OBOR Capital, mais je me consacre également à d’autres projets. J’ai établi et développé pendant trois ans la première société de leasing de moto au Cambodge qui emploie près de 1000 personnes à travers 200 agences dans le pays. Je dirige aujourd’hui une société de gestion d’actifs hôteliers que nous sommes sur le point d’introduire sur la bourse Thaïlandaise. Dans ce cadre, je travaille à l’établissement de plusieurs hôtels ACCOR a SihanoukVille.

Vous êtes Conseiller du Commerce Extérieur de la France, il s’agit d’une fonction bénévole, qui existe depuis très longtemps mais assez mal connue, pouvez-vous expliquer le rôle de CCEF en quelques mots ?
Les Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF) regroupent plus de 4,000 dirigeants et entrepreneurs français dans 140 pays, tous nommés par décret du Premier Ministre. C’est une organisation créée en 1898 et destinée à promouvoir les intérêts économiques de la France à l’international. Le statut de bénévole des CCEF leur confère une certaine indépendance mais leur action s’inscrit dans le cadre du dispositif économique Français constitué par l’Ambassade de France, les Chambres de Commerce et d’Industrie et les équipes de Business France. 

Nous sommes des hommes de terrain et nos missions incluent : 
  • L’accueil des entreprises souhaitant s’installer dans le pays en question
  • L’échange et le partage avec l’administration d’analyses pragmatiques en lien avec la situation économique du pays
  • L’accueil et le soutien des Volontaires Internationaux Entreprises (VIE)
  • La promotion des échanges économiques avec la France
Depuis quand êtes-vous CCEF pour le Cambodge, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à prendre cette fonction
Je suis CCEF depuis trois ans et Président du Comité Cambodge depuis deux ans. On ne choisit pas d’être CCEF, il faut pour cela être approché par le comité des CCEF qui considère que la nomination de la personne en question s’inscrit dans une démarche de « renforcement » des compétences du comité. Il y a ensuite un processus de cooptation avec le service économique de l’Ambassade, et enfin une validation formelle du Ministère de l’Economie et des Finances a Paris. Par ailleurs, les CCEF doivent remplir un certain nombre de critères liés au nombre d’années d’expérience à l’international et à leur secteur d’expertise. 

De remplir cette fonction au Cambodge, quels sont les challenges, quelles sont les ambitions ?
Pour un pays comme le Cambodge, les ambitions sont importantes à plusieurs titres : 

- La poursuite du développement du pays nécessite aujourd’hui l’investissement et l’établissement d’acteurs économiques capables de mettre en place les meilleurs pratiques et standards internationaux. C’est particulièrement le cas pour les infrastructures (transports, déchets, eau, logistique) et les services (finance, tourisme) qui vont jouer un rôle clé dans la capacité du pays a améliorer sa compétitivité. Dans chacun de ces secteurs, la France peut se prévaloir d’une expertise unique et de leaders mondiaux. Certains sont déjà présents au Cambodge (Vinci, Total, Accor) mais l’une de nos ambitions serait de faciliter l’arrivée des autres champions français, notamment les nombreuses PME de ces secteurs

- Les comités de CCEF rassemblent un nombre d’années d’expérience et une expertise par secteur assez unique : nous avons tous intérêt a ce que le Cambodge se développe et nous souhaitons partager cette expérience. Arriver à faire bénéficier les autorités de cette expérience, dans un pays où le cadre réglementaire et les pratiques du monde des affaires ont besoin de s’améliorer, est une de nos ambitions également

Nous avons beaucoup a partager, mais nos moyens pour le faire sont relativement limités, le comité n’étant financé que par les contributions de ses membres. C’est la garantie de notre autonomie mais c’est également un challenge limitant quelquefois nos ambitions. 

Vous venez d’assister à un séminaire des CCEF à Bali, pouvez-vous nous en dire quelques mots, le thème, les problématiques abordées ?
Il s’agissait du forum mondial des CCEF qui a lieu chaque année et qui nous réunit tous dans des lieux différents à chaque fois. Cette année il s’est tenu a Bali, malgré la menace du Volcan du Mt Agung de rentrer en éruption. 

La délégation française à Bali. De gauche à droite : Antoine Fontaine, Christophe Forsinetti, 
Phlippe Chatignoux , Etienne Chenevier et Arnaud Darc
Ce forum mondial était dédié à l’ASEAN : il s’agit d’aborder des problématiques spécifiques liées à cette région qui connait la croissance la plus forte au monde depuis quelques années. C’est un ensemble très hétérogène bien illustré par la différence de développement entre Singapour et le Laos par exemple. Néanmoins, c’est un ensemble de pays qui a décidé de lier son destin, et il est important d’établir les grandes lignes de notre action à cette échelle.

Nous avons par exemple abordé la place de la Chine dans la région et l’opportunité que représentait l’initiative « One Belt One Road » pour nos entreprises dans la région, notamment dans sa dimension logistique. Un peu de géopolitique, un peu de prospective, un peu d’économie, que des sujets qu’il est important de maitriser pour comprendre comment le Cambodge peut et doit se positionner dans la région.

Ces évènements représentent également une opportunité pour coordonner nos actions avec le Comité National et tous nous connaitre. Les comités de la région présentent leurs activités et font la promotion des pays respectifs dans lesquels ils opèrent. J’ai pu à ce titre faire la promotion du Cambodge.  

Je retiens également pour cette édition une place particulière faite à la French Tech et à notre savoir-faire dans les nouvelles technologies. La France s’est hissée au rang des nouvelles start-up nations. Sur les huit premiers mois de l’année, elle est même en tête dans le domaine du capital risque avec plus de 2,7 milliards d’euros levés pendant cette période, loin devant nos homologues britanniques ou allemands. C’est un élément à mettre en relation avec l’essor du nombre de start-up françaises développées au Cambodge ces deux dernières années. 

Quels sont les obstacles évoqués quant à une meilleure pénétration des entreprises françaises sur les marches asiatiques ?
Les problématiques sont différentes en fonction des pays : dans les pays les plus développés, la valeur ajoutée, l’expertise et les bonnes pratiques sociales et environnementales pratiquées par les entreprises françaises sont très valorisées. Mais nous sommes en compétition avec d’autres acteurs internationaux. 

Dans les pays les moins développés, le déterminant est généralement le prix plus que la valeur ajoutée et, dans ce cas, il nous est souvent difficile de concurrencer des acteurs locaux ou chinois plus compétitifs sur les prix. En revanche, lorsque la valeur ajoutée et les standards internationaux rentrent en compte, nous sommes souvent très bien placés. 

Une des clés pour favoriser la pénétration des entreprises françaises sur ces marchés est la capacité à offrir une solution complète incluant le financement. Cela nécessite généralement une collaboration entre une entreprise qui obtient un marché, ses sous-traitants (permettant ainsi a des PME françaises de se développer à l’international) et des organismes de financements et de garantie export (type BPI France). La France continue à faire des progrès sur ce terrain mais les exemples de succès restent trop peu nombreux compte tenu des conditions très strictes et de la négociation compliquée que cela peut engendrer. 

Etes-vous optimiste sur ce point ? 
Tout à fait ! Il y a de ce point de vue, une volonté récente très perceptible de simplifier le fonctionnement du dispositif d’internationalisation des entreprises et d’appui à l’export. Le gouvernement est en train d’insuffler une nouvelle dynamique au niveau des organismes publics (BPI, Business France, services économiques) et d’optimiser leur rapport avec les organismes indépendants (Chambres de Commerce, Comités CCEF). C’est une équipe de France de l’export qui commence à jouer ensemble et à gagner. Ce n’est pas encore visible dans tous les pays mais c’est significatif. 

Il y a-t-il des résolutions, des recommandations adoptées après ce type d'événement ?
Au-delà des rencontres et des encouragements à davantage collaborer entre comités de la même région, il y a surtout l’engagement des acteurs à se rencontrer bientôt dans chaque pays afin de déterminer un agenda commun.

Quelques mots en conclusion. 
L’image de la France s’est très significativement améliorée ces dernières années sur les terrains de l’innovation et de l’entreprenariat. Il semblerait qu’il y ait un alignement des planètes avec l’émergence de jeunes entrepreneurs français, la création d’un écosystème autour des nouvelles technologies en France et le récent renouvellement de la classe politique.

Il y a un vent de changement et d’amélioration de notre image qui souffle et, quelque soient nos convictions politiques, on ne peut nier le fait que l’élection d’Emmanuel Macron y contribue pour beaucoup. Personnellement, je pense qu’il serait pertinent que ce vent souffle encore plus fort vers l’Est, vers l’Asie qui concentre déjà l’essentiel de la croissance mondiale et dont la France pourrait capter une part plus importante.

Pays/territoire : Cambodia
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