mardi, octobre 31, 2017

Cambodge : Expérimentation Facebook dans le royaume

Avec plus de deux milliards d'utilisateurs mensuels actifs à travers le monde, Facebook est sans doute le plus grand portail de diffusion des nouvelles de dernière heure, et devient aussi la principale source de panique pendant les calamités naturelles ou les attaques terroristes. En conséquence, plusieurs observateurs et activistes des médias sociaux l'ont exhorté à prendre ses responsabilités et à trouver une solution face à cette menace grandissante. Alors, que fait Facebook lorsqu'il est confronté à une critique aussi acerbe de la diffusion de fausses informations - potentiellement dangereuses - et à des appels à prendre plus de responsabilités pour le pouvoir qu'il exerce? Rien de bon, semble-t-il.


La réponse de Facebook
En réponse, Facebook a testé une nouvelle fonctionnalité dans six pays qui supprime tous les médias qu'elle qualifie de professionnels à partir du flux de nouvelles de la plate-forme. L'expérience, qui a débuté le 19 octobre et se poursuit au Cambodge, au Sri Lanka, au Guatemala, en Bolivie, en Serbie et en Slovaquie, a vu Facebook limiter son flux d'actualités pour afficher uniquement les messages personnels des amis et des publicités payantes. Les médias gratuits ont été relégués dans une section élargie appelée Explore Feed. Ce mouvement ressemble à une tentative de freiner la propagation de fausses nouvelles et d'informations sur la plate-forme, mais on observe quelques effets pervers immédiats, et la motivation des dirigeants de Facebook semble bien moins noble qu'ils ne le prétendent.

Effets immédiats
La blogueuse vidéo cambodgienne Catherine Harry, dont la page Facebook ''A Dose of Cath'' propose des vidéos qu'elle commente elle-même sur des sujets tabous tels que la virginité et les menstruations, sujets qui obtiennent rarement du temps d'antenne à la télévision, a été durement touchée. S'adressant à la BBC, Catherine a expliqué qu'après le déploiement de la nouvelle fonctionnalité, seulement 2 000 de ses fans ont vu sa vidéo dans la première heure, contre environ 12 000 habituellement...

Dans des pays comme le Cambodge, où une grande majorité des jeunes est connectée sur les réseaux sociaux, où les journalistes indépendants, les blogueurs, les groupes de la société civile et les activistes utilisent Facebook pour se faire entendre, une telle décision, si elle se confirme, est donc susceptible de sonner le glas de leurs initiatives.

Beaucoup aussi sont septiques quant à l'argumentation avancée par Facebook :  Régler le problème de la diffusion de fausses nouvelles à travers sa plate-forme.  En envoyant du contenu non-payant à une section moins accessible sur la plateforme, et en réduisant l'accès facile aux articles de presse importants, Facebook donne plutôt l'impression de vouloir monétiser ses contenus les plus populaires et les plus régulièrement consultés. Au lieu de travailler plus pour améliorer la vérification des faits et lutter ainsi efficacement contre la diffusion de fausses informations, reléguer toutes les nouvelles non-payantes à une section du site Web moins facilement accessible ne fait que confirmer cette impression de vouloir monétiser la presse qui circule sur son réseau. Pour l'instant, cela reste une expérience, mais s'il est décidé de lancer cette fonctionnalité à travers le monde, la décision pourrait coûter priver les utilisateurs d'un accès facile à l'information non-payante, ce qui n'est pas une petite mesure.


Pays/territoire : Cambodia
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