mardi, septembre 12, 2017

Cambodge - USA : L'Ambassadeur américain récuse violemment les accusations de complot contre le gouvernement

L'ambassadeur des États-Unis en poste au Cambodge, William Heidt, a rejeté aujourd'hui les accusations d'ingérence par les États-Unis, les qualifiant de «trompeuses, inexactes, et sans fondement» et appelant à la libération du leader de l'opposition actuellement emprisonné, Kem Sokha.

William Heidt. Photographie AKP
C'était donc aujourd'hui la réponse américaine la plus violente depuis l'arrestation le 03 septembre de Kem Sokha, accusé de trahison et de conspiration avec les États-Unis pour renverser le régime du Premier ministre Hun Sen. Hun Sen a intensifié sa rhétorique contre les États-Unis ces derniers jours alors que survenaient au cours des dernières semaines, en des délais très rapprochés, l'arrestation de Sokha, la fermeture d'une ONG (NDI) financée par l'Oncle Sam, la fermeture de stations radio diffusant les émissions de Voice of America et Radio Free Asia, et la fermeture du quotidien The Cambodia Daily, toute une série bien américaine quelque part. Il y a quelques mois, des premiers échanges assez vifs avaient eu lieu entre le gouvernement et l'ambassadeur américain au sujet de la dette de guerre du Cambodge des années 1970 réclamée par les US, et l'arrêt des entraînements militaires communs (SeaBees). Deux incidents sérieux et significatifs qui avaient déjà marqué le ton peu amical entre l'homme fort du gouvernement et l'ambassadeur US en place : ''...A plusieurs dizaines d'occasions au cours de l'année dernière, les États-Unis ont fait l'objet d'accusations intentionnellement inexactes, trompeuses et sans fondement...", a déclaré l'ambassadeur William Heidt dans un communiqué. "...Toutes les accusations que vous avez entendues ces dernières semaines sur les États-Unis - sans exception - sont fausses...". 

William Heidt a également appelé à la libération de Kem Sokha, à l'arrêt de la pression sur la société civile et au dialogue entre le gouvernement et l'opposition aux élections, et à la restauration des liens entre les deux pays. "...Si les élections nationales du Cambodge avaient lieu aujourd'hui, aucun observateur international crédible ne pourrait les certifier comme libres, équitables, et reflétant la volonté du peuple cambodgien...", a-t-il déclaré. ''...Les entreprises américaines et occidentales se sentent plus frileuses et moins bien accueillies et il est probable que cela puisse avoir des conséquences sur les investissements ...'', a-t-il ajouté. Sur ce dernier point, il est utile de préciser que les US sont parmi les premiers clients de l'industrie textile du Cambodge et qu'il s'agit là d'un domaine sensible, tant sur le plan commercial que social alors que le secteur était au centre des préoccupations lors des graves incidents de 2013-2014. William Heidt suggérerait-il que les USA possèdent là un levier de négociation, voire une occasion de chantage, en cas d'escalade de la crise ? A souhaiter que non...mais ce qui est improbable n'est pas forcément impossible, et les US ont malheureusement à plusieurs reprises montré peu de scrupules et de sensibilité quand il s'agit d'avoir raison à tout prix ou de défendre les intérêts de l'Oncle Sam.

Quelques heures plus tard après la publication du communiqué de l'ambassade américaine, le porte-parole du gouvernement, Phay Siphan, a rétorqué que la preuve de la collusion américaine venait de Kem Sokha lui-même, et que le Cambodge ne considérait pas les États-Unis comme un ennemi. "...Nous utilisons simplement notre droit strict de demander aux États-Unis de ne pas interférer dans nos affaires intérieures...", a-t-il déclaré à l'agence Reuters aujourd'hui. En ce qui concerne les élections de 2018, Lundi, Hun Sen a menacé le Parti national de sauvetage du Cambodge (CNRP) de dissolution s'il continuait à le soutenir Kem Sokha, traité sans détour à cette occasion de «traître à la nation». Bien que la députée Mu Sochua ait déclaré hier ne pas voter si le leader du CNRP n'était pas libéré, l'opposition a déclaré lors de sa dernière conférence de presse ce lundi qu'elle ne boycottera pas les élections générales de juillet 2018 au cours desquelles elle affrontera le Parti populaire du Cambodge (CPP) d'Hun Sen : "...Le CNRP participera aux élections de 2018 malgré les énormes difficultés...", a déclaré le porte-parole Son Chhay lors de la conférence de presse de lundi.

Quant à l'inculpation du leader de l’opposition, la preuve présentée contre Kem Sokha jusqu'à présent est une vidéo enregistrée en 2013 dans laquelle il discute d'une stratégie pour gagner le pouvoir avec l'aide américaine. Ses avocats l'ont rejetée arguant d'un non-sens, et déclarant qu'il ne discutait que de stratégie électorale. Le porte-parole du CPP, Sok Eysan, présente une argumentation tout-à-fait à l'opposé, déclarant que : "...Kem Sokha a commis des crimes graves qui pourraient entraîner la destruction de la paix et de la stabilité politique...".

Pays/territoire : Cambodia
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