mercredi, septembre 06, 2017

Cambodge - Tradition : Pchum Ben, une fête de la rédemption

Le festival le plus important du calendrier cambodgien, Pchum Ben, arrive ce mois-ci avec une fête nationale de trois jours qui se déroulera du 19 au 21 septembre. La fête nationale sera célébrée après quinze jours de cérémonies rituelles, Kan Ben, durant lesquelles les familles cambodgiennes se réunissent pour prier et organiser des offrandes destinées à tenter de libérer jusqu'à sept générations d'ancêtres d'un état horrible de limbes au sein desquels ils deviennent des fantômes affamés ne parvenant pas à satisfaire leurs sordides appétits.

Pagode de Wat Kraya. Photographie par Christophe Gargiulo
Pchum Ben se traduit littéralement par «rassemblement de boules de riz gluant», se référant ainsi à la baie Ben qui est intimement liée aux rituels du festival. Fabriqué avec du riz, du sésame, de la noix de coco et parfois des haricots, les petites boules sont offertes aux moines qui deviennent une sorte de messager des vivants vers les défunts, transmettant les boules de riz pour aider les fantômes affamés à soulager leurs faim, et aussi pour les aider à accumuler suffisamment de mérite pour se libérer de leurs punitions. Et ces punitions sont parfois horribles et spectaculaires.

Moine à la Pagode de Wat Kraya. Photographie par Christophe Gargiulo
Dans leur état de purgatoire, les «fantômes affamés» («preta») doivent subir un destin essentiellement défini par la souffrance, passant leurs journées avec leurs ventres caverneusement vides et des gorges étroites comme de petites pailles qui ne laissent rien passer...

Dans l'ouvrage ''The Buddhist Conception of Spirits'', Bimala Churn Law décrit avec ferveur un preta qui a provoqué une fausse couche chez une rivale : "...Son cœur était brûlant et fumant de faim et de soif, et pourtant elle n'avait pas de goutte à boire. Le seul aliment avec lequel elle subsistait était la chair de son fils mort, mélangé à du sang et à du pus...", écrivait-il, avant de continuer sa description avec une horrible série d'émotions, d'humiliations et de dépravations uniquement conçus pour rappeler les péchés commis par le fantôme de son vivant.

 Offrandes aux moines à la Pagode de Wat Kraya. Photographie par Christophe Gargiulo
L'aspect positif' de tout cela est que, contrairement à la souffrance éternelle imaginée par les chrétiens, la rédemption et la miséricorde sont tout-à-fait possibles. Chaque année au moment de Pchum Ben, les portes de l'enfer s'ouvrent, et les fantômes sont libérés. S'ils ont accumulé suffisamment de mérite grâce aux actions de leurs familles, certains peuvent sortir de l'enfer et retrouver leur karma par la réincarnation. Les malheureux fantômes - preta qui n'ont pas gagné suffisamment de mérite pour envisager leur rédemption doivent revenir au purgatoire avec, peut-être, l'espoir d'en sortir l'année suivante.

C'est en effet un rituel de rédemption au sein d'une «fête des morts» considérée comme unique dans le monde grâce à sa fusion des traditions animistes, chinoises et hindoues, et ses liens aux fortes sensibilités spirituelles du Cambodge. Pour de nombreux Cambodgiens, Pchum Ben est le plus attendu de tous les festivals, ils préparent leurs vêtements les plus élégants et rentrent à la maison pour se réunir avec leur famille, et leurs vieux amis dans les villes et les villages ou ils ont grandi.
Par Nikki Sullivan et Christophe Gargiulo

Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire