lundi, septembre 11, 2017

Cambodge : Quand la Chine congédie les USA

Accusés de fomenter un complot avec le chef de l'opposition actuellement emprisonné pour trahison, les USA ont, via l'ambassade américaine à Phnom Penh, publié l'image d'un hareng rouge sur leur page d'accueil Facebook...

Vue aérienne de Phnom Penh. Photographie Wiki Commons (cc)
Cette suggestion mystérieuse a été suivie par d'autres communiqués publiés lundi, tentant de démontrer comment les États-Unis aidaient à préserver les temples et les forêts du Cambodge. Ces publications tentaient également de souligner la grande différence entre l'aide apportée par les États-Unis et celle de la Chine, dont le soutien accru pour les grands projets a permis au Premier ministre Hun Sen de faire fi ou peu des critiques, plutôt très prudentes, des pays donneurs qui ont suivi l'arrestation de son rival politique Kem Sokha.

Non seulement la Chine dépense bien plus pour le Cambodge que les États-Unis, mais son engagement s'inscrit aussi dans des projets d'infrastructure très visibles et sans réelle demande de réforme politique dans le royaume. L'aide américaine, elle, s'oriente davantage vers des projets sociaux et environnementaux, plutôt controversés pour leur efficacité, et prétend vouloir construire la démocratie à l'américaine, orientation peu séduisante pour un premier ministre qui domine la vie politique depuis trente ans, et faisant de la stabilité et du développement économique ses leitmotivs, qu'il oppose volontiers et de façon assez récurrente depuis quelques temps, aux visions expansionnistes américaines qu'il n'hésite pas à railler en rappelant les dommages collatéraux de la guerre du Vietnam et les douloureuses expériences du Moyen Orient. Hun Sen n’hésite pas à parler de ''démocratie sanglante à l'américaine'' lorsque le ton monte, et il monte souvent depuis la fin 2016...

''...Accepter l'aide d'une grande puissance ne signifie pas qu'ils peuvent nous ordonner de faire ce qu'ils veulent. Nous ne sommes pas leur alliés et encore moins leurs esclaves ", a déclaré lundi le porte-parole du gouvernement Phay Siphan à l'agence Reuters. "...Les Chinois nous soutiennent toujours dans notre croissance économique et ils n'interfèrent jamais dans nos décisions intérieures...".

Alors que l'arrestation du leader de l'opposition Kem Sokha a suscité une condamnation, encore une fois bien timide, de la part des puissances occidentales partenaires, la Chine n'a pas hésité à déclarer haut et fort son soutien inconditionnel à l'homme fort du régime. "...Pour assurer la sécurité du Cambodge, la Chine coopérera avec le Cambodge en toutes circonstances...les problèmes du Cambodge sont aussi les préoccupations de la Chine...", a déclaré Wang Jiarui, vice-président de l'assemblée nationale chinoise, en visite officielle à Phnom Penh la semaine dernière. Sans ambiguïté...Mais ce support n'est pas tout-à-fait inconditionnel, la Chine s’accommode bien du support Cambodgien sur quelques préoccupations d'ordre géopolitique, particulièrement sur des questions telles que ses revendications dans la mer de Chine méridionale. 

Si la Chine fournit quatre fois plus d'aide au développement que les USA, la disparité est encore plus flagrante dans les investissements. La Chine représentait près de 30% des investissements au Cambodge l'année dernière - encore plus que les Cambodgiens eux-mêmes. Les États-Unis représentaient, eux, seulement un peu plus de 3% des investissements dans le royaume. les réductions d'aide proposées par le président américain Donald Trump laissent envisager une réduction de 70%t de l'aide en provenance des États-Unis vers le Cambodge à partir de 2018. Ce que le Cambodge obtient des États-Unis et de la Chine est très différent. Les projets chinois préfèrent des routes, des ponts, des systèmes d'irrigation, des infrastructures de réseau électrique et des barrages, le prétexte étant que le royaume doit devenir une destination attrayante pour les investisseurs, et cela passe d'abord par les infrastructures.

La liste des projets des États-Unis est beaucoup plus longue, mais ils ont beaucoup moins d'envergure : ils interviennent dans l'éducation, la santé, la conservation et la ''transparence''. Par contre, les États-Unis constituent un marché d'exportation beaucoup plus significatif que la Chine, en particulier pour les usines de vêtements du Cambodge, mais les États-Unis n'ont pas publiquement suggéré de pouvoir utiliser le levier du commerce pour faire pression sur le changement politique qu'ils souhaitent.

La députée CNRP, Mu Sochua, a déclaré que l'aide qui ne tenait pas compte des conditions relatives aux droits de l'homme ne servait pas vraiment le Cambodge. "...Le Cambodge a besoin de la Chine, il a besoin de l'Amérique, il a besoin de la démocratie pour sortir de nombreuses années de pauvreté...", a-t-elle déclaré à Reuters.

Mais le Cambodge dépend beaucoup moins aujourd'hui de l'aide internationale que par le passé. 2017 marquera la septième année d'une croissance de près de 7%,  Les chiffres de la Banque mondiale montrent que l'aide au développement des pays étrangers est passée de plus de 120% des dépenses du gouvernement central en 2002 à à peine 32% en 2015. Le produit intérieur brut par habitant est passé de moins de 340 $ en 2002 à près de 1 300 $ l'année dernière.

En fustigeant une nouvelle fois l'interférence des États-Unis lors d'un discours ce lundi, Hun Sen a évoqué une éventuelle dissolution du parti d'opposition : ''...si la trahison et la collusion de plusieurs membres du parti d'opposition avec une puissance étrangère sont clairement démontrées, le CNRP risque d'être dissous...'', a-t-il précisé alors que l'Assemblée Nationale, ce même jour, autorisait la justice à poursuivre ses enquêtes sur le leader mis en cause, Kem Sokha, et vers d'éventuelles complices.

Ensuite, le Premier Ministre a pris un avion pour Beijing pour participer à la quatorzième Exposition ASEAN-China. Il a déclaré qu'il demanderait à cette occasion des capitaux pour le secteur de la santé - un domaine dominé par les donateurs occidentaux jusqu'à maintenant.
Avec Reuters

Pays/territoire : Cambodia
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