vendredi, août 04, 2017

Cambodge - Economie - Investissement : Quand le Royaume inspire confiance

Les projets d’investissements, tant cambodgiens qu’étrangers, soumis au Conseil de Développement du Cambodge (CDC) sont de précieuses données pour évaluer  le caractère attractif, la santé économique du Cambodge et son évolution. Beaucoup de projets, un volume global soutenu : le pays inspire confiance, le Cambodge inspire confiance. Le montant total des projets agréés a atteint 3,92 milliards en 2015, 3,24 milliards de dollars en 2016.  Pour les trois premiers mois de 2017, ils s’élèvent à 131,3 millions de dollars. 

Phnom Penh, capitale d’un royaume qui connait aujourd’hui une croissance annuelle régulière de 7%
Ces chiffres appellent quelques remarques : les investissements les plus importants s’étalent en général sur plusieurs années. Un seul projet très important peut donc influencer les statistiques sur une année, mais l’incidence sur le long terme sera faible.  Pour une idée plus précise de la répartition des investissements par pays ou par secteurs d’activité, il est donc plus pertinent de considérer plusieurs années. Le CDC ne prend pas en compte les “petits” investissements, qui sont de loin les plus nombreux, ni d’une façon générale le secteur des “services”. Seuls les projets qui atteignent ou dépassent approximativement deux millions de dollars, et qui cherchent à obtenir des “incentives” (avantages fiscaux), sont listés. 

Les “Incentives”  sont des exonérations sur les taxes que l’entreprise devra payer, par exemple, sur les “intrants” importés pour la fabrication de ses produits. Ces taxes ont une forte incidence sur le prix de revient du produit et donc, au final, sur la compétitivité de l’entreprise, elles constituent ainsi un élément déterminant dans la décision d’investissement.  Le CDC  instruit les dossiers et décide de ces exonérations, de leur montant, et de  leur durée. Les décisions finales d’agrément sont délivrées au nom du gouvernement par Son Excellence Sok Chenda, qui est à la tête du Conseil de Développement du Cambodge.

Son Excellence Sok Chenda,
Secrétaire Général du Conseil de Développement du Cambodge
En fonction de quels critères sont accordées ces exonérations ?  Il y en a trois : le montant de l’investissement, le secteur d’activité et le potentiel d’exportation. Certains secteurs et activités, 46 au total, ne peuvent pas bénéficier de ces mesures préférentielles.  Le livret « Laws and Regulations » disponible au CDC en donne la liste. 

Investir dans une SEZ (Special Economic Zone), Zone Spéciale de Développement Economique donne accès à de multiples avantages tels le montant des loyers, les tarifs de l’électricité, la sécurité et autres, mais la seule exonération fiscale possible s’avère être celle sur la Taxe sur la Valeur Ajoutée

Première observation : dans ces investissements agréés par le CDC, la part très fortement majoritaire des investissements d’origine asiatique… Les pays de l’ASEAN, le Cambodge et les “autres pays asiatiques” (Chine, Japon …) atteignent en cumul 98 % du total des investissements. En 2016, les investissements agréés originaires du Cambodge atteignaient 28,98 %, la Chine à elle seule représentait 731,3 millions de dollars de projets, soit 22,5 % du total, le Japon pour 773,7 millions, soit 23,8%. Suivaient ensuite Hong Kong avec 9,8 % et  la Thaïlande avec  4,0 %.

La part de l’Europe dans le total des projets d’investissements agréés en 2016 s’est amoindrie : 1,22 % (3,7% les années précédentes),  celle des Amériques n’atteint que 0,53%. Ces contrastes sont assez impressionnants. Les investissements au Cambodge ‘’s’asiatisent’’ fortement, l’Europe est en recul, et le Cambodge lui-même participe de plus en plus à la tendance. La part des projets cambodgiens  arrive en tête (30 %), ce qui montre bien les progrès et la bonne santé de l’économie du royaume, et surtout la confiance des investisseurs cambodgiens dans leur propre pays.

En réalité, souligne Sok Chenda, la répartition des projets d’investissements par origine géographique est souvent complexe : par exemple, tel projet de droit cambodgien, qui augmente la part du Cambodge dans les pays investisseurs, est peut-être financé par un ou plusieurs investisseurs étrangers.  Investisseurs, direction ou salariés peuvent être de nationalités diverses. 

Et la France ?  Elle est bien plus présente au Cambodge que les chiffres ci-dessus ne l’indiquent. Même si les interventions françaises dans les secteurs prioritaires comme l’électricité, l’eau, l’éducation, la santé, les finances publiques, la fiscalité, la banque, l’hôtellerie, les transports, l’assurance et la défense sont moins importantes que durant la reconstruction des années 1990, la France reste bien présente au Cambodge avec quelques grands noms comme  Accor, Vinci, Total, Sanofi, Bolloré, le Crédit Mutuel, et la BRED qui vient de s’y installer. 

Et il existe aussi une multitude de petites et moyennes entreprises, et des spécialistes français,  dans quelques secteurs, principalement dans la restauration et l’hôtellerie, mais aussi dans le conseil juridique, la construction, l’ingénierie, l’équipement, la médecine, la culture, l’édition, le tourisme, le transport, l’architecture, la communication et l’artisanat. Avec une certaine augmentation du niveau de vie et la présence grandissante d’expatriés, des marques de luxe françaises (groupe LVMH par exemple) s’installent au Cambodge. Les investissements français directs ont été multipliés par deux en quatre ans, nous indique Philippe Chatignoux, chef du Service Economique de l’Ambassade de France. L’Annuaire d’Eurocham compte environ 130 entreprises françaises regroupées dans la Chambre de Commerce Franco-Cambodgienne, et ce nombre est en augmentation régulière. 

Le rôle des capitaux français est moins facile à préciser : il y aurait environ 400 investissements français dans des entreprises de droit cambodgien qui échappent donc aux statistiques. Mais la France est clairement le premier investisseur européen au Cambodge.  Les Français inscrits seraient officiellement environ 5000 nous dit le consulat, et sans doute près de 10 000 au total,  dont 50% seraient des franco-cambodgiens.

Et l’Europe ? Les listes du CDC ne mentionnent aucun projet d’origine européenne agréé en 2016, un seul au premier trimestre 2017, un projet britannique de 35,3 millions de dollars.  Mais il faut souligner que les PME européennes sont de plus en plus présentes sur le terrain, comme l’indique l’annuaire d’Eurocham. De grandes marques sont représentées (voitures allemandes par exemple).  Et voici que les pays du Nord  arrivent : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède sont maintenant représentés dans Eurocham par une « chambre nordique ». 

Objectif : diversifier
L’objectif prioritaire pour le CDC souligne Son Excellence Sok Chenda, est la diversification des investissements :  
     
Diversification par pays d’origine. La Chine a été  un investisseur majeur dans la confection. Parce que leurs usines avaient besoin d’électricité, les Chinois ont beaucoup investi dans les barrages hydro-électriques. Nous avons vu, plus récemment, arriver aussi des investisseurs japonais dans la grande distribution, les infrastructures et les transports. Nous travaillons, indique S.E Sok Chenda à diversifier ces sources d’investissements en essayant d’attirer aussi Thaïlandais et Coréens. Pour les investissements français, européens, comme ils relèvent en général du secteur des services, ils ne bénéficient pas de mesures incitatives et ne passent donc pas par le CDC. Il faut bien comprendre que les projets agréés par le CDC sont différents des investissements réels, et donc difficiles à chiffrer.

Diversification sectorielle : avec de forts contrastes selon les années, il y a des constantes sur le long terme. La construction, la confection et les chaussures,  le tourisme, les services attirent les plus gros investissements.   La confection est un secteur stratégique en bonne santé  avec ses plus d’un million de salariés et 7,3 milliards de dollars d’exportations en 2016. Mais il faut aller au-delà dans en misant sur plus de valeur ajoutée  avec des produits plus sophistiqués, et aussi en  maîtrisant mieux la filière et ses approvisionnements en matières premières comme le coton, le fil, la teinture. Et, bien sûr, il faut que l’économie du royaume se diversifie au-delà des secteurs traditionnels comme la confection, la construction, le tourisme, et les services. 

La construction, un secteur en pleine croissance dans le royaume.
Photographie Alain Gascuel.
Une tendance que nous cherchons à développer est celle des entreprises industrielles étrangères qui souhaitent se relocaliser au Cambodge pour bénéficier d’un environnement avantageux, et qui attirent des activités  annexes.  C’est le cas par exemple de Toyota à Poipet, qui produit des pièces détachées pour 4x4 et motos, et d’une entreprise coréenne à Bavet qui occupe 105 ha de terrain. Sur 30 ha elle assemble des véhicules, et sur plus de 70 ha elle installe des usines de pièces détachées  pour ces véhicules. C’est exactement le type d’activité industrielle que nous cherchons à développer.

Pour Son Excellence Sok Chenda, l’agro-industrie est LE secteur d’avenir : « C’est là le secteur qui devrait attirer le plus d’investissements. Le Cambodge a beaucoup de terres cultivables, 80% de sa population est rurale et, la consommation mondiale de produits agricoles s’accroit très rapidement. Il faut des idées nouvelles, des activités nouvelles, pensez au kiwi de Nouvelle Zélande, inconnu il y a 20 ans ! Toutes les initiatives, tous les investisseurs dans ce secteur sont les bienvenus ! ». conclut-il.
Alain Gascuel


Pays/territoire : Cambodia
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