vendredi, août 04, 2017

Cambodge - Cuisine - Revue : Le FCC, au-delà de la carte postale

S’il y a bien un endroit où le Phnom Penhois féru d’exploration de nouvelles adresses ne pense pas à faire ripaille, c’est le Foreign Correspondents Club. Doyen parmi les restaurants de cuisine occidentale, l’établissement de riverside a ouvert en 1992, après rénovation par des investisseurs hongkongais, attirant correspondants de presse et employés d’ONG. Devenu depuis le « passage obligé » des touristes et amis visiteurs, le FCC n’a pourtant pas perdu ses atouts. Au premier étage, lambris en bois, fauteuils club en cuir, et bar central en U, fleurent bon la nostalgie d’une époque coloniale virile. C’est donc par le cocktail Frontline, un délicat mélange de vodka infusée au poivre de Kampot, jus de passion et piment, qu’on ouvre le bal.


En entrée, on est d’emblée séduit par les beignets de crabe - dont on se méfie en général, la faute à une fréquente consistance caoutchouteuse -, ici fermes et fondants, leur goût est assez fin pour s’abstenir de la sauce piquante. Les Scotch eggs, des œufs de caille enrobés de chair à saucisses, panés sont aussi savoureux et roboratifs. Sur un mur, un carton narre les excès de Nate Thayer, le dernier plumitif à avoir interviewé Pol Pot, qui n’hésitait pas à jouer de son flingue quand il avait un coup dans le nez. Photos en noir et blanc de la prise de la ville par les Khmer Rouges, extraits d’articles, et même le slogan au dos des tee-shirts portés par les serveurs « I’m part of the legend », finissent d’entretenir le mythe. « Ce n’était pas tant le QG des journalistes qu’un lieu de rencontre pour tous les expatriés, à une époque où il n’y avait pas beaucoup d’endroits où sortir ; il y avait de gros fauteuils indéplaçables où l’on pouvait chiller et lire la presse », précise Madeleine, une ancienne journaliste.

Des chats serpentent entre les tables et observent l’arrivée des plats ; avec ce temps pluvieux et frisquet, on a opté pour un curry de canard. Copieusement servi, avec la cuisse entière, la cuisson est réussie, et la chair fondante se marrie délicieusement avec une sauce un poil trop sucrée, aux accents d’anis et de cannelle, et ses tomates cerises, aubergines et ananas. Un détail qui n’en est pas un, le riz est bon et parfumé. On picore aussi dans l’assiette d’en face ; des cannellonis de poulet émincé, sauce béchamel, parmesan, sertis de petits champignons et d’huile de truffes au basilic d’un beau vert tendre. 

A ce stade de la soirée, on s’étale un peu dans sa chaise siglée FCC en écoutant un velouté de jazz, à peine recouvert par les accents anglo-saxons et chinois de nos voisins de tablée. L’atmosphère est douce et agréable pour qui apprécie s’entendre en mangeant. A notre grand dam, il n’y a plus de tarte citron meringuée déstructurée ! On opte donc pour une panna cotta ; si l’on sent peu la coco, et que le coulis de fruits rouges n’est rien de moins qu’une confiture Bonne Maman, le biscuit au sésame relève le tout. Mais le gros titre revient à la crème brulée, nuageuse et acidulée, un régal.
Eléonore Sok

Pays/territoire : Phnom Penh, Cambodia
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