lundi, juillet 31, 2017

Cambodge - Santé - Dossier : La rage au Cambodge, ce fléau mal connu

Nous partagerons cette semaine une série d'articles de la version papier du magazine Cambodge Mag, le titre phare de la presse francophone locale. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir un exemplaire papier, il est à présent possible de consulter l'intégralité du contenu de la version papier Cambodge Mag, en PDF, et en suivant le lien ici...

La situation générale de la rage au Cambodge
L’institut Pasteur du Cambodge estime à 600 000 le nombre de morsures graves causées par des chiens chaque année parmi la population cambodgienne, le nombre total de morsures avoisinant probablement un million. Près de 60 % des morsures graves sont recensées chez des enfants âgés de moins de 17 ans. La rage tuerait environ huit cent personnes chaque année dans le royaume. D’après plusieurs études menées par l’unité d’épidémiologie et de santé publique de l’Institut Pasteur du Cambodge, les communautés rurales comptent en moyenne un chien pour trois personnes, la proportion la plus élevée au monde.  Avec 80 % de sa population vivant en zone rurale, le Cambodge abriterait donc plus de quatre millions de chiens dans ces contrées. Même si ces animaux ont des propriétaires, ils ne sont pas vaccinés. Depuis 2000, l’Institut Pasteur du Cambodge a testé en moyenne 200 chiens mordeurs par an. Près de 50 % d’entre eux étaient porteurs du virus de la rage.

Vaccination à l’Institut Pasteur du Cambodge
Rage endémique
L’absence de couverture vaccinale chez les chiens et le nombre élevé de morsures font du Cambodge un pays où la rage est endémique. La plupart des habitants n’ont pas accès à une prophylaxie post exposition abordable (PPE) et efficace dans les délais requis – Une PPE consiste à  nettoyer abondamment et désinfecter la plaie suivie de l’administration d’Immunoglobulines antirabiques tout autour de la plaie et de cinq vaccins antirabiques (jours 0, 3, 7, 14, 28). Il n’existe pas de données de surveillance fiables sur les cas de rage au Cambodge. Toutefois, les modèles épidémiologiques développés par l’IPC révèlent des chiffres figurant parmi les plus élevés dans le monde. Le Cambodge déplorerait 1,3 % des décès provoqués par la rage autour du globe, une part disproportionnée au vu de sa population qui atteint à peine les 15 millions d’habitants, soit moins de 0,2 % de la population des pays touchés.

Obstacles à l’éradication de la rage
Depuis 2007, le nombre d’habitants au Cambodge a augmenté mais aucune campagne de vaccination canine n’a été déployée et les centres offrant PPE restent rares. Selon toute probabilité, le bilan de la rage s’est alourdi dans le pays. Si le Cambodge s’est engagé à éradiquer la rage canine d’ici 2030, le pays fait cependant face à de nombreux obstacles. Il n’existe à l’heure actuelle aucune vaccination canine, aucune stratégie validée, aucun financement et pas suffisamment d’expertise dédiée à l’élimination de la rage canine dans le royaume. Au Cambodge, seule la PPE fait rempart à l’apparition de la rage chez l’Homme et, aujourd’hui, seule une minorité de patients y ont accès. Au prix du vaccin rendu abordable grâce à l’Institut Pasteur, s’ajoute néanmoins le coût de quatre allers-retours pour le patient. Le montant de ces dépenses est évalué à 64 dollars US par personne en moyenne. Les enfants doivent être accompagnés par un parent, ce qui double le coût du transport. Pour le revenu moyen d’un cambodgien vivant en zone rurale, c’est une dépense lourde. Les estimations des frais annexes ne tiennent pas compte du coût d’un rappel antitétanique et de celui d’une confirmation de l’infection chez le chien, tous deux pris en charge par l’IPC.

L’Institut Pasteur du Cambodge
Le centre de prévention de la rage de l’IPC  vaccine plus de 21 000 personnes par an dans le cadre de la prophylaxie post exposition antirabique. Il est aujourd’hui le premier fournisseur de PPE du pays. L’Institut Pasteur du Cambodge finance ces efforts, laissant dix dollars US seulement à la charge du patient, correspondant au protocole de vaccination dans son intégralité. L’unité de virologie de l’IPC est un centre de référence en matière de diagnostic de la rage animale et humaine. Elle réalise gratuitement le diagnostic du virus de la rage dans des délais rapides au moyen d’un matériel de pointe et applique le protocole d’injection par voie intradermique validé par l’OMS, le seul actuellement reconnu. 

Parallèlement aux travaux de recherche menés par l’IPC dans le but de réduire les doses ainsi que le coût vaccinal et les frais de transport, la création de centres de prévention secondaires par le ministère de la Santé/l’IPC améliorerait l’accès à la PPE d’un point de vue géographique et financier, tout en assurant une vaccination rapide et fiable au Cambodge. L’équipe de l’Institut Pasteur du Cambodge a participé à l’élaboration du plan national de contrôle de la rage du ministère de la Santé cambodgien. Ce plan doit encore être finalisé et validé. L’ébauche actuelle ne prévoit pas de vaccination systématique des chiens mais est articulée autour d’une surveillance renforcée, d’une meilleure communication sur la prévention, d’interventions dans les foyers infectieux identifiés et de l’implantation de centres secondaires de prévention de la rage pour permettre aux populations de se faire vacciner dans les conditions requises.
Par Didier Fontenille, directeur de recherche IRD, directeur de l’Institut Pasteur du Cambodge. Juin 2017
Adresse : Centre de prévention de la rage de l’Institut Pasteur du Cambodge. 
5 Boulevard Monivong. P.O Box. 983, Phnom Penh.
Ouvert du lundi au vendredi de 7 à 17 heures et le samedi de 7 à 11h30.
Email : accueil@pasteur-kh.org  - Téléphone : +855 (0)23 426 009

A savoir :
Le virus de la rage (Famille Rhabdoviridae, genre Lyssavirus) provoque une encéphalomyélite aiguë, progressive et fatale. La maladie progresse d’une phase prodromale aspécifique vers une parésie ou une paralysie associée à une hydrophobie avec spasmes des muscles de la gorge. Délire et convulsions peuvent se développer suivi par un coma et le décès. Pas de traitement efficace une fois les symptômes présents. Une prophylaxie précoce post exposition est donc le seul traitement disponible. Il est donc prudent de se faire vacciner. 

Pays/territoire : Cambodia
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