dimanche, juillet 30, 2017

Cambodge - Magazine - Livre : 1990 : Calvino dans la noirceur de Phnom Penh

« Une des plus grandes forces de Moore... est sa connaissance de l’histoire de l’Asie du Sud-est...», indiquait Newsweek lors de la sortie de « Zéro heure à Phnom Penh », un polar de l’écrivain canadien Christopher G.Moore, qui met en scène l’italo-américain Vincent Calvino, détective privé basé en Thaïlande, et dont l’auteur conte les aventures pour la quatorzième fois. 

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L’histoire : Au début des années 1990, alors que les forces de l’APRONUC tentent de ramener la paix dans un Cambodge encore à genoux après plusieurs années de dictature meurtrière et de guerre civile, le détective Calvino tente de retrouver un ‘’farang’’  (nom donné par les Thaïlandais pour désigner les étrangers), porté disparu à Bangkok, et dont les traces mènent à Phnom Penh. En compagnie de son ami d’école, le colonel Pratt, Calvino enquête dans une capitale où règnent corruption, violence, et prostitution. Au fur et à mesure de son investigation, le détective découvre que le disparu semble être lié à un vol de bijoux qui appartenaient à la famille royale saoudienne. Il s’aperçoit  également que son ‘’ami’’ Pratt en sait peut-être un peu plus que lui mais reste étrangement discret. Calvino ne serait aussi pas le seul à la recherche du présumé voleur de bijoux.
« Zéro heure à Phnom Penh » est le seul roman de l’auteur Christophe G.Moore à avoir été traduit en français, et c’est dommage. Comme à son habitude, l’auteur utilise et remixe des contextes historiques authentiques, ici les années 90 à Phnom Penh, et des événements qui ont réellement eu lieu, comme cette affaire de vol de bijoux de la famille royale saoudienne, une histoire authentique qui a même perturbé les relations diplomatiques entre la Thaïlande et l’émirat durant plusieurs années. Moore a un réel talent pour dépeindre les atmosphères noires et sulfureuses, c’est d’ailleurs son empreinte : des lieux enfumés et glauques, des filles faciles et perdues, des culs-de-sac interminables, des personnages cyniques et sans scrupules, ça picole, ça fume, c’est noir, avec parfois une touche d’humour…noir. En parfait détective désabusé, Calvino fonce tête baissée dans son enquête, quitte parfois à se mettre dans des situations quasi-inextricables. Tous les ingrédients du genre sont réunis pour faire de cette enquête un polar digne du genre qui flirte parfois avec la peinture sociale : des  personnages retors, opportunistes, naïfs ou émouvants, avec bien souvent des vies cabossées, une  intrigue qui tient la route jusqu’aux dernières lignes, et une peinture assez proche de la réalité du Cambodge de l’époque, même si l’auteur tend à emmener très souvent ses personnages dans les endroits les plus propices à se laisser embourber ou plumer, laissant supposer que le Cambodge des années 1990 ressemblait seulement à un vaste repère de renégats,  d’aventuriers, et de criminels.

Extrait :
Dans le taxi entre l'aéroport et l'hôtel, le chauffeur avait choisi une station de radio anglophone de Phnom Penh. Il comprenait l'anglais. Tout le pays étudiait l'anglais. Les librairies regorgeaient des titres de Grisham, et le livre de Madonna, An Intimate Biography, s'arrachait des rayons où s'empilaient également quantité de livres destinés à l'apprentissage du japonais, du chinois ou du français. Il y a un peu plus d'une génération, les Khmers rouges assassinaient encore systématiquement ceux qui parlaient une langue étrangère ou qui avaient le malheur de lire un livre édité à l'étranger. À présent, les rues étaient pleines d'étudiants en blouse blanche et pantalon noir transportant leurs livres et rêvant de devenir riches. En 1993, l'hôtel Monorom était déjà populaire auprès des journalistes qui, grâce à leurs généreux frais de séjour, en avaient fait leur quartier général, s'appropriant depuis une vingtaine d'années les chambres avec balcons. Ils avaient rebaptisé l'hôtel, lui donnant le nom de Holiday Villa, même si l'endroit avait plutôt l'apparence d'une vieille pute ayant abusé du rimmel. En 1993, le hall de ce palace était parsemé de chaudières qui recueillaient l'eau qui coulait du plafond. On pouvait y louer une chambre pour dix-huit dollars et aller admirer la piscine pleine de boue et d'herbes. Aujourd'hui, les entrepreneurs de Singapour ont transformé l'endroit en un hôtel cinq étoiles de classe internationale où on vous propose une chambre à trois cents dollars la nuit et un dîner au Champagne pour pas moins de soixante-dix dollars par tête.

Avis
Moore à ses aficionados, et parmi eux, un autre adepte du noir, Christopher Minko, le bluesman du groupe KROM  à Phnom Penh et dont certaines chansons sont directement inspirées de l’œuvre de son auteur préféré et ami : « Pour ma part, et je pense aussi pour beaucoup d’autres,  Christopher G. Moore est le Parrain d’un genre reconnu aujourd’hui sous l’appellation de ‘’Noir d’Asie du Sud-est’’, qui désigne un style de polar créatif et dont la popularité ne cesse de s’accroitre.  Dans le genre détective privé, Calvino est un de mes personnages préférés, dont je me sens parfois très proche…Chaque roman de Moore est une exploration unique des bas-fonds de l’Asie du Sud-est. Moore a un sens de l’observation remarquable de cette région de l’Asie, dont il dépeint avec un talent hors du commun les cultures, les contradictions et les atmosphères. « Zéro heure à Phnom Penh » est un excellent livre qui raconte l’une des premières escapades de Calvino dans le Cambodge des années 1990. Je suis arrivé au Cambodge dans ces années-là et je peux confirmer que l’auteur encapsule parfaitement, avec magnificence et aussi un certain cynisme, l’obscurité qui entourait le Cambodge durant ces temps de graves incertitudes politiques et de violence sournoise. De mon point de vue, une lecture à ne pas manquer ».
Christophe Gargiulo et Christopher Minko

« Zéro heure à Phnom Penh » est disponible sur Amazon, et Babelio. Il est également possible de trouver des nouvelles de l’écrivain, traduites en français dans le recueil « Bangkok Noir » aux éditions GOPE.
En savoir plus sur l’auteur : http://www.cgmoore.com 

Pays/territoire : Phnom Penh, Cambodia
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