dimanche, septembre 10, 2017

Cambodge - Magazine : Les nouvelles voix du Cambodge : Bloggeuses et Vloggeuses

Nous partagerons cette semaine une série d'articles de la version papier du magazine Cambodge Mag, le titre phare de la presse francophone locale. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir un exemplaire papier, il est à présent possible de consulter l'intégralité du contenu de la version papier Cambodge Mag, en PDF, et en suivant le lien ici...

Si le roi Norodom Sihanouk tenait un blog avec ses photos de voyages, la pratique du blogging est assez récente dans le royaume, où désormais un Cambodgien sur deux a un accès régulier à internet. La pionnière, Kounila Keo et son « Blue lady blog », s’est vue distinguée par le magazine Forbes en février dernier, parmi les 300 personnalités de moins de 30 ans à suivre en Asie. Un parcours ayant ouvert la voie à une génération d’influenceurs 2.0 et surtout d’influenceuses, car les femmes se font plus volontiers porte-voix des sujets de société et s’attaquent aux tabous.

Catherine V Harry
La transgressive
Catherine, 22 ans, s’est lancée dans le blogging il y a quatre ans, initiée par la BBC Media Action. Depuis, cette étudiante en médias de masse à l’Université Pannasastra s’est fait spécialiste des sujets liés au genre, qu’elle explore à travers son blog « A dose of Cath », sur sa page Facebook (suivie par plus de 100 000 personnes) et sur Youtube. En février dernier, elle a créé son vlog, ou blog vidéo, en khmer avec sous-titres en anglais.

Catherine, 22 ans, s’est lancée dans le blogging il y a quatre ans
Face caméra, sur un fond coloré, elle disserte aussi bien de la pression au mariage, des types de contraception, ou de la violence à l’encontre des femmes dans les clips musicaux. « Mon blog, on l’adore ou on le déteste, affirme la Phnom Penhoise. Des ‘’haters’’ m’accusent de casser les traditions, de ne pas être une vraie khmère. Les médias traditionnels ne remettent pas en questions les normes, si les médias sociaux ne jouent pas ce rôle, qui le fera ?». Toujours documentées, ses vidéos offrent des repères et des réponses aux questions que les jeunes ne peuvent sans doute pas poser au sein de leur famille, ou à l’école. Le plus : son style imagé, comme par exemple, lorsqu’en passant en revue les pratiques BDSM, elle déclare : « Certain aiment manger le même plat tous les jours, d’autres veulent juste expérimenter des saveurs différentes ».

DJ Nana
La populaire

C’est une star de la radio : Sovathana Neang, aka DJ Nana, 30 ans, a aussi découvert l’art du blog à travers une ONG, puis a gagné sa popularité en animant dès 2009 l’émission « Lovely Night » sur Sakira FM. Après avoir lancé un Blogspot en anglais, elle vloggue depuis 2015 en khmer sur la page Facebook « DJ Nana TV », likée par 275 000 personnes.

DJ Nana, La populaire
La jeune femme originaire de Kampong Cham n’a pas suivi d’études supérieures et a su en faire un atout : elle s’adresse directement au cœur des Cambodgiennes. Avec des manières de grande sœur attentive, elle distille ses conseils sur l’amour, la famille, ou le travail, cause ex, infidélité, divorce, en invitant toujours les femmes à se faire confiance. Au fil du temps, les vidéos tournées dans sa chambre sont devenues de véritables clips professionnels, mis en scène en décors extérieurs, dans des cafés, ou avec des produits qu’elle n’hésite pas à promouvoir, à l’image des bloggeuses mode occidentales.
 
Thavry Thon
L’intrépide
C’est dans un village d’une île du Mékong que Thavry Thon, 27 ans, a grandi et développé son goût pour l’indépendance. Encouragée par des parents n’ayant pas pu poursuivre leurs études, elle prend son envol dès 17 ans et part étudier dans une ONG à Siem Reap, avant de décrocher une bourse en République Tchèque, où elle étudie la technologie pendant trois ans. En 2007, maîtrisant aussi bien l’anglais que le langage HTML, elle créée son blog où elle réunit d’abord CV, textes et dessins. 

Thavry Thon, L’intrépide
« Je puise mon inspiration dans mes expériences personnelles, donc je m’intéresse à l’éducation, à la différence de traitement entre filles et garçons, ou entre riches et pauvres », rapporte-t-elle. Cette baroudeuse, employée dans une agence spécialisée en tourisme responsable, invite les jeunes femmes à tracer leur route, par exemple, en ne prêtant pas d’attention aux moqueries entendues en voyageant seule à vélo. Après deux livres pour enfants, Thavry a compilé ses textes dans l’autobiographie « A proper woman » (Une vraie femme), auto-publiée en 2016, afin de « donner aux jeunes le goût de lire et écrire ».

Miss Cheng 
L’atypique
Le blog « Miss Cheng’s Corner » (Le coin de Miss Cheng) est à l’image de son auteure : spirituel, drôle et décalé. Originaire de Sihanoukville, Sokcheng Seang, 23 ans, étudiante en anglais à l’Université royale de Phnom Penh, a lancé son blog en 2013. Dans ses posts, cet « esprit curieux » se moque des manies des jeunes de son âge, comme par exemple l’emploi du terme « idol » sur les réseaux sociaux ; s’interroge sur le matérialisme ambiant ou se pose des questions existentielles sur le bouddhisme.

Miss Cheng, l’atypique
 « Je suis un peu geek, je passe pas mal de temps à réfléchir seule, alors j’avais envie de partager des idées », explique cette fausse timide. Sokcheng lit – classiques britanniques du 19ème siècle, poésie khmère ou ouvrages de développement personnel - et ça se voit. Son originalité tient aussi bien dans le fond que dans la forme, rédigeant poèmes, nouvelles, ou encore cette lettre adressée aux « gentils mecs rejetés » qu’elle conclue par un « sincèrement pas vôtre ». 
Eléonore Sok

Pays/territoire : Cambodia
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