mercredi, août 23, 2017

Cambodge - Histoire - Destination : Les Temples Mystérieux de Koh Ker

Enfoui parmi les forêts épaisses et feuillues à cent-trente kilomètres au nord-est de Siem Reap, se trouve un complexe de temples dont l'opulence dépassait même celle d'Angkor. Aujourd'hui, le pillage a dépouillé Koh Ker de cette magnificence, mais cet ensemble reste un site fascinant, dont la restauration en cours depuis quelques années, lui redonne une toute nouvelle dimension.

 Koh Ker par Andy Enero
C'est un site paisible, implanté autour d'un emplacement richement boisé avec une série de petits ensembles de temples démarqués par une magnifique zigurat (1) installée dans un complexe derrière le temple principal, Prasat Thom. Si vous êtes chanceux lors de votre visite, vous ne rencontrerez peut-être aucun autre touriste.

Construit par le soi-disant «roi usurpateur», Jayavarman IV, il y a environ 1100 ans, il est bien possible que l'emplacement fut déjà stratégique à l'époque. Sinon, on ne comprend toujours pas pourquoi il aurait choisi de construire sa capitale si loin du siège du pouvoir établi par l'Empire Khmer. Mais son emplacement lointain n'est qu'un élément des mystères de Koh Ker. Ses proportions et le dynamisme exceptionnel de sa statuaire en font un monument hors normes, même dans un pays qui abonde dans une extraordinaire monumentalité.

Portrait présumé de Jayavarman IV
En fait, Jayavarman IV avait une prétention légitime au trône mais fut souvent crédité d'une prise de possession illégitime par la violence. La première mention de Jayavarman IV remonte à 921, avec une inscription sur un énorme linga du site de Prasat Thom, il y est appelé Roi de Chok Gargyar, qui deviendra plus tard Koh Ker. Sept ans plus tard, suite à une sanglante guerre d'accession au pouvoir, il fut couronné souverain de l'Empire Khmer. Les treize années suivantes, il régna sur Koh Ker avant que le pouvoir ne soit transmis à son fils Harshavarman II dont l'oncle et le premier cousin, Rajendravarman II, s’emparèrent du trône trois ans plus tard, et réinstallèrent la cour royale à Angkor.

Enfoui parmi les forêts épaisses et feuillues
Couvrant 81 kilomètres carrés, la ville de Jayavarman IV était remplie de temples et de sanctuaires ornés de sculptures puissantes, sans oublier ses impressionnants et immenses Lingas qui lui donnèrent le nom de Lingapura. Malheureusement, il en reste peu, tant l'éloignement du site a facilité le pillage des œuvres d'arts de ce complexe unique. En 2012, un sondage LiDAR (laser) réalisé par l'Autorité Apsara en collaboration avec l'Université de Sydney a révélé que jusqu'à 30 000 personnes pouvaient vivre dans cette ville. Son existence et tout le succès de l'Empire Khmer ont été rendus possibles par des systèmes complexes d'ingénierie hydraulique qui leur permettaient de gérer les variations annuelles des pluies et d'assurer des récoltes régulières et, de là, une sécurité alimentaire pour ses habitants.

Prasat Thom est le temple romantique à souhait, on y accède par une grande passerelle à travers laquelle il faut un peu se courber. Entourés d'un fossé : les murs du temple, vingt-et-un sanctuaires et deux bibliothèques ont mal vécu les ravages du temps, les pillages et la pousse des arbres. Prasat Thom n'est pas aussi bien restauré que les temples d'Angkor, un peu d'escalade est nécessaire, mais cela rajoute un petit sentiment d'aventure à cette découverte.

Prasat Thom par Thomas Wanhoff
L'espace encombré de l'intérieur du temple contraste fortement avec la prairie qui s'étend à l'arrière du temple. Au milieu, un autre temple de sept étages, qui mesure 36 mètres de haut. À son apogée, ce monument était surmonté d'un sanctuaire abritant un linga de quatre mètres de haut. Malheureusement, ils ne sont plus là, mais il est maintenant possible de grimper au sommet via un escalier en bois magnifiquement construit. De là, vous pouvez voir tout le chemin vers les montagnes des Dangrek, au nord, jusqu'à Phnom Kulen. En continuant la visite, il est possible d'observer une série de sanctuaires orientés vers le grand barray qui reste enfoui dans la petite forêt centrale. La plupart de ces sanctuaires ont également été pillés, même s'il reste quelques linga qui valent le détour. Les Prasat Plae Beng et Prasat Pir Chean méritent particulièrement une visite.

Plus loin, Prasat Chen qui fut autrefois dédié à Vishnu, ce qui le distingue du reste de Koh Ker dédié à Shiva. Le temple était autrefois flanqué d'immenses statues de guerriers, remarquables non seulement par leur taille mais aussi par leur dynamique exceptionnelle du mouvement, ce qui est tout à fait distinctif dans la statuaire khmère. À l'origine, neuf statues à l'extérieur de Prasat Chen représentaient une scène célèbre du Mahabharata, l'une des principales épopées indiennes anciennes. Deux d'entre elles montraient les magnifiques singes de combat. Elles ont enfin pu être renvoyées au Cambodge depuis les États-Unis suite au retour du Duryodhana en 2014.

Il n'y a pas de service de bus public sur le site, mais il est possible d'y accéder en taxi, avec votre propre moto ou en réservant un forfait dans une agence, qui inclura probablement un détour vers Beng Mealea, le temple préféré des aventuriers. Pour ceux qui souhaitent rester dans la région un peu plus longtemps, Une maison d'hôtes très simple est située juste au sud de la billetterie  - pas d'air conditionné ou d'eau chaude - . Sinon, faites une véritable aventure et livrez une visite de deux jours et une nuit avec Hidden Adventures Cambodia qui propose une belle villa en bois dans le village derrière le temple principal.
Par Nicky Sullivan

(1) Édifice religieux en forme de pyramide à étages, dont le sommet qui pouvait servir à l'observation des astres, portait un sanctuaire, et dont la fonction essentielle était probablement d'établir une sorte de niveau intermédiaire entre les dieux et les hommes.

Pays/territoire : Krong Siem Reap, Cambodia
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