lundi, juillet 24, 2017

Cambodge - Arts - Magazine : Dans l'atelier de Chhim Sothy

Nous partagerons cette semaine une série d'articles de la version papier du magazine Cambodge Mag, le titre phare de la presse francophone locale, que les lecteurs plébiscitent depuis de longs mois au point de l'avoir porté parmi les titres francophones les plus consultés du pays,largement, mais aussi de la région. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir un exemplaire papier, il est à présent possible de consulter l'intégralité du contenu de la version papier Cambodge Mag, en PDF, et en suivant le lien ici... pour ce partage, découvrir ou redécouvrir l'artiste Chhim Sothy, par Éléonore Sok...Rencontre dans l'atelier de : 

C’est l’un des artistes les plus connus du Cambodge ; prolifique, il a réalisé plus de 300 œuvres en vingt ans de carrière, s’est fait un nom sur le marché de l’art international, et parvient à vivre de son art, ce qui est plutôt rare au royaume. C’est un jeune homme de 48 ans qui reçoit en tenue de travail dans sa maison-atelier-salle d’exposition située près du Wat Mongkolvan, à Phnom Penh. Le premier étage est son repère ; du balcon, il a vue sur une cour calme et arborée d’où l’on aperçoit les bureaux du Premier Ministre. A l’intérieur, le trésor de l’artiste ; toiles, pots de peinture, pinceaux, tas de livres, diplômes encadrés, et une batterie qu’il utilise de temps en temps pour se détendre.

Chhim Sothy devant ses œuvres
Comme beaucoup d’artistes de sa génération, Chhim Sothy a été marqué par le régime des Khmers rouges. A l’arrivée des chemises noires, sa famille quitte son domicile de Takhmau pour s’exiler à Pursat. Enfant, Sothy continue à pratiquer son talent pour le dessin, mais officie désormais au charbon de bois ou sur le sable. En 1979, sa famille compte ses morts ; son père, fonctionnaire d’état sous le régime de Lon Nol a été exécuté, son grand-père, un petit-frère et une petite-sœur ont suivi. Assis au milieu de cette pièce colorée, Sothy se souvient de ses années sombres ; son retour dans une capitale silencieuse en 1980, ses heures passées à couper les joncs dans les étangs de Takhmau afin de faire vivre les siens, et sa passion pour le Français. « J’ai toujours voulu apprendre cette langue, alors après le boulot, je prenais des cours privés avec un vieux professeur survivant, que je payais en pots de riz », raconte Sothy. 

Peinture de Chhim Sothy
En 1985, Sothy réalise son rêve et intègre les Beaux-Arts, à Phnom Penh. Comme de nombreux étudiants pauvres, il vit sur place. « Avant qu’un internat ne soit construit, on étendait nos hamacs le soir pour dormir dans les couloirs », se remémore-t-il, nostalgique. Il passera dix ans dans ce lieu cher ; deux ans en peinture classique religieuse, deux ans en création d’affiches, puis cinq ans en peinture moderne, un cursus créé suite aux Accords de Paris. « L’APRONUC faisait venir des professeurs étrangers, ils nous ramenaient des livres d’art ; j’ai découvert Monet, Manet, Picasso, Les Nabis, Les Fauves », énumère-t-il avec délice. De 1995 à 1997, Sothy s’implique dans différents projets comme directeur artistique. Mais c’est le nouveau millénaire qui voit sa carrière décoller. Il expose aux autres coins du monde : Vietnam, Etats-Unis, Philippines, France, ou encore en Chine. 

Son style, classique - fait de grands formats aux tons bleus ayant pour objet les récits légendaires du Reamker - est reconnaissable entre tous, mais le peintre veut surprendre. « Je me suis passionné pour l’abstraction qui ne dit pas les choses mais les laisse deviner », sourit-il. Ce touche-à-tout poursuit son exploration, de l’univers impressionniste à l’expressionnisme, de la technique du Dripping de Jackson Pollock, aux Ready Made à la Marcel Duchamp. Si une recherche de spiritualité affleure toute son œuvre, Sothy s’est aussi intéressé plus récemment à des sujets tels que l’environnement, ou encore les inégalités sociales. « La vie d’artiste, c’est une vie d’imagination », philosophie-t-il, face à son chevalet, où il aime peindre tôt le matin, lorsque l’air est frais et la lumière claire. 

1969 : Naissance dans la province de Kandal 

1995 : Diplôme de l’Université Royale des Beaux Arts (URBA) 

1998 : Est nommé directeur adjoint au Ministère de la Culture 

2000 : Représente le Cambodge lors d’une exposition sur les Arts de l’Asean à Singapour 

2015 : Exposition « Passion Consommation» sur l’environnement à La Plantation 

Contact : Email: chhimsothy@yahoo.com 
Adresse : N 1E0 rue 109, Phnom Penh , Cambodge 

Il est également possible de trouver les œuvres exposées de l’artiste à l’hôtel Arunreas et au restaurant Khema au 163 rue Pasteur (51), à Phnom Penh 
Textes et photographies : Eléonore Sok


Pays/territoire : Phnom Penh, Cambodia
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