lundi, mai 29, 2017

Cambodge - Banque - Parcours : Yuthika Hin, trente ans d’expérience internationale au service du CMK

Avec le sérieux et l’élégance traditionnelle qui caractérise les gens de son milieu et de sa génération, Yuthika Hin nous accueille dans son bureau  tamisé, sobre mais soigneusement décoré, du Crédit Mutuel Kampuchea (CMK) à Phnom Penh. En défroissant à peine un costume impeccable d’un délicat revers de main, Yuthika, Cadre de Direction de l’établissement mutualiste, lève légèrement les yeux, hésite un peu, comme pour se rappeler plus précisément les grandes étapes de sa vie qui l’ont amené à devenir banquier. Il esquisse un sourire, et se décide à nous raconter…

Yuthika Hin, Cadre de Direction au CMK
Rien ne destinait Yuthika Hin aux métiers de la finance, il voulait être médecin ou pilote mais, comme tant de Cambodgiens nés dans les années soixante, le destin du jeune Hin Yuthika va basculer un jour d’avril 1975. Issu d’une famille aisée de de six enfants, Yuthika ne devra son salut lors des heures sombres de Phnom Penh qu’à la présence d’esprit de son père, alors Général d’armée, qui parviendra à faire évacuer sa famille quelques heures avant la prise de la capitale.

Âge d’or et exil
Yuthika nait en 1959, quatre ans après le début du Sangkum Reastr Niyum, cette période souvent appelée l’âge d’or du Cambodge. Le royaume vit ses premières années d’indépendance, connait un développement économique sans précédent et,  Yuthika n’est alors qu’un enfant qui goûte à la délicate joie de vivre de ces années prospères : ‘’…Nous avions une maison très agréable dans Phnom Penh, l’atmosphère générale de ces années Sangkum était un peu l’insouciance, mais je les garde dans ma mémoire comme les plus belles de ma vie jusqu’à aujourd’hui. Phnom Penh était radieux, les gens étaient souriants, élégants et respectueux de nos règles de savoir-vivre traditionnelles…’’, précise-t-il en souriant.

Yuthika suit une scolarité exemplaire, fait ses études au lycée Sisowath, puis chez Descartes, avant que le destin ne vienne tourmenter la vie du jeune collégien : ‘’…Je savais que la guerre était proche, mais, vous savez, je n’avais que 16 ans et je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Lorsque nous avons dû partir, notre père ne nous a rien dit. Nous sommes partis à Ream, la base militaire, puis vers un camp de réfugiés en Thaïlande avant d’arriver en France. J’ai commencé à comprendre, lorsque nous étions encore à Ream, j’avais le mauvais pressentiment que je ne reverrai plus mon père, et je ne me suis pas trompé. Ce fut le début d’un exil de mon pays qui durera 35 ans…’’.

Nouvelle vie et carrière
En Aout 1975, Yuthika et sa famille sont des réfugiés politiques en France, la famille est éparpillée, sa mère est alors femme de maison au presbytère de Limours dans l’Essonne . Cela va provoquer un déclic : ‘’…J’étais quelque part choqué, je me demandais ce qui se passait pour ma mère, j’ai alors compris qu’il fallait que je prenne les choses en main, que je devais m’orienter vers un métier qui me permettrait de prendre ma famille en charge rapidement. J’ai choisi la comptabilité. J’ai passé mon bac et entamé des études de comptabilité et gestion à l’école Asselineau. Mon premier poste fut à la National Bank of Pakistan, cela a duré six mois, puis je rejoignais ma chef comptable à la State Bank of India. Je suis ensuite parti chez la Banca Nazionale del Lavoro jusqu’en Novembre 1987. Puis des chasseurs de tête m’ont proposé de travailler à la Republic National Bank of New York, dont la succursale française avait alors ses bureaux place Vendôme.  Les affaires sérieuses avaient déjà commencé, et là, j’avais en charge de gros portefeuilles de clients privés, j’avais la responsabilité des rapports avec la maison mère et la direction des opérations. La Hongkong and Shanghai Banking Corporation (HSBC) a ensuite racheté la Republic National Bank of New York, ils m’ont gardé, mais ces périodes de fusions-acquisitions sont toujours des moments professionnels assez intenses. Je faisais donc une belle carrière dans la finance, dans des établissements prestigieux, et je le dois au travail, mais aussi à ma mère qui m’avait dit quelque temps avant notre arrivée en France que nous étions des réfugiés, que je devais toujours travailler pour être le meilleur…’’.

Yuthika Hin, Cadre de Direction au CMK : toujours travailler pour être le meilleur
Retour au Cambodge et CMK
‘’…Ce n’est qu’en Juillet 2006 que je me suis décidé à revenir visiter le Cambodge, j’avais durant toutes ces années entretenu un rapport ambigu avec mon pays d’enfance. Je gardais le traumatisme du départ,  mais beaucoup de choses me manquaient, les odeurs par exemple : l’odeur de mon jardin, de la maison, des fruits etc…J’ai bien évidemment retrouvé un Cambodge totalement différent des années Sangkum. J’avoue que certains aspects m’ont choqué. Mais, en allant visiter les temples d’Angkor, je me suis souvenu alors de mon père, je l’entendais presque me dire qu’il fallait enfin revenir au pays. Je suis alors rentré en France et j’ai posé ma démission, qui a été acceptée à des conditions très avantageuses, et j’ai pu revenir avec  un petit  capital qui m’a permis de m’installer et de prendre le temps de trouver une activité. J’ai donc fait de l’audit pour Global Fund puis travaillé dans une banque japonaise à Phnom Penh…

‘’…Je n’ai rejoint le CMK qu’en Janvier 2016. La perspective m’intéressait car j’ai rencontré des gens motivés, un bon esprit et un développement intéressant. Et, surtout, j’évolue dans un environnement francophone et je suis un grand amoureux de la langue française. Mon travail au CMK comporte plusieurs volets, je suis en charge de beaucoup de dossiers administratifs, des audits, de la formation, des partenariats avec les associations et du service contentieux. Je n’ai donc pas de contacts fréquents avec la clientèle ni d’activités purement commerciales. Notre directeur général est excellent dans ce domaine, et c’est aussi l’avantage de travailler dans cet établissement, les compétences sont complémentaires et il n’y a pas de rivalités ou de carriérisme dans le sens péjoratif du terme.

Pour répondre à votre question concernant mon ‘’élégance’’, il s’agit tout simplement d’une question d’éducation. Notre génération a été éduquée avec le respect des bonnes manières, les convenances, et le respect de notre interlocuteur. C’est une question de principe et de respect. Chaque matin, je salue mes collaborateurs avec la gestuelle cambodgienne appropriée car, comme vous le savez, il y a plusieurs saluts différents dans notre culture…voilà donc les quelques raisons.

Concernant mes loisirs, j’en ai assez peu car je travaille beaucoup, mais comme je l’ai déjà souligné, j’adore lire, j’adore les mots, l’évasion qu’ils procurent, je dévore plusieurs livres de tous genres chaque année…. Je travaille un peu dans le social également : Je sers de mentor  et j’apporte mon aide à six jeunes étudiants qui font un parcours universitaire remarquable…’’, conclut Yuthika Hin, l’homme le plus élégant de l’établissement comme aiment à le souligner, avec respect, l’ensemble de ses collègues….

Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire