mardi, avril 25, 2017

Histoire - ONG : Les jeunes d'aujourd'hui commentent le Cambodge de 1980

Trois jolis textes - commentaire sur photo d'archives, dont un poème, écrits par des adolescents cambodgiens de l'ONG Anjali House, en prélude à l'exposition “Renaissance du Cambodge – Un an après les Khmers Rouges” qui se tiendra à Siem Reap début mai, et pour laquelle l'ONG a souhaité recueillir les impressions des jeunes d'aujourd'hui concernant cette période de l'histoire du Cambodge Une initiative à encourager, pour que la mémoire ne meure pas.

Train surchargé par John Burgess

Pendant longtemps, nous avons vécu l’enfer. Nous avons essayé de vivre avec. Nous avons prié Dieu chaque jour. Nous lui avons raconté notre chagrin. Nous avons besoin de son aide. Nous avons besoin que Dieu nous sorte de l’enfer. Nous souffrons tant. Nous sommes tellement énervés. Nous ne voulons plus vivre en enfer. Nous n’avons jamais connu la liberté, nous ne mangeons jamais à notre faim, nous ne nous reposons pas quand nous sommes fatigués. Nous n’avons pas de maison où vivre. Nous vivons dans la peur. Nous devons travailler du lever au coucher du soleil. Nous n’avons pas le temps de faire autres choses. Si nous voulons essayer, ils ordonnent « Tuez-les ». Ils sont les Khmers Rouges. Ils n’ont pas de cœurs. Ils détruisent notre humanité. Ils nous apprennent à tuer, à haïr les intellectuels. Ils apprennent aux enfants à tuer leurs parents. Ils sont comme le diable. Parfois, ils nous exécutent sans raison. S’ils ont décidé que c’était notre heure, nous ne pouvons pas les implorer. Nous ne pouvons-nous enfuir. Nous ne pouvons protester. Il n’y a qu’un chemin, s’asseoir et les laisser nous tuer. Nous devons les suivre et découvrir l’endroit où nous allons mourir. Savez-vous combien nous avons souffert ? Mais maintenant nous sommes libérés de l’enfer. Nous sommes tellement heureux. Nous y avons échappé, nous sommes en vie. Cela ne se reproduira jamais. Nous ne voulons plus y retourner. Nous savons que nous pouvons vivre heureux, que nous pouvons être libres, que nous pouvons manger autant qu’on veut. Personne de nous empêchera d’être libre. Personne ne nous tuera. Personnes ne nous mettra en joute pour nous forcer à travailler. Mais nous n’oublierons jamais ce cauchemar, jusqu’à notre mort. 
Chy, 17 ans

Enfants dans la rue par John Burgess
Je pense que cette photo a été prise après la guerre. Des personnes ont perdu leur mère, leur père, leur sœur, leur frère, leur tante, leur oncle et d’autres membres de leur famille. Je pense que leurs mères et leurs pères sont morts pendant la guerre et qu’ils essayent de survivre en travaillant après la guerre.  J’ai de la peine et je suis triste, car je ne sais pas comment ils ont vécu après la guerre ou pendant le temps du Pol pot. Je veux les encourager à se battre pour vivre. Ne pas pensez au passé et tournez-vous vers l’avenir, faire de ton mieux, entraidez-vous les uns les autres pour vivre. Soyez une bonne personne et vous réussirez dans l’avenir. 
Soknang, 19 ans

Char abandonné par John Burgess
Char abandonné par John Burgess
Je veux savoir pourquoi

Sur mon vieux vélo
Sous le soleil, sans chaussure. 
Un petit sac de riz et un tapis. 
Pas d’école. 
Où dois-je aller ? 
Que puis-je faire ? 

Je vois un tank.
Mes larmes coulent.
Je pense au passé. 
Je pense à la guerre. 
Ma famille. 
Mon pays. 
Ma vie de souffrance. 

Je veux savoir. 
Je veux comprendre. 
Qu’avons-nous fait de mal ? 
Pourquoi devez-vous tuer ? 
Pourquoi devez-vous nous punir ?
Je veux savoir pourquoi. 
Eung Sok Buntha, 17 ans



Pays/territoire : Krong Siem Reap, Cambodia
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