dimanche 5 mars 2017

Interview - Affaires - Cambodge : Arnaud Darc, entre projets et passion

Entretien avec Arnaud DARC, patron du groupe Thalias (Topaz, Malis, Arunreas et Khéma), au cours duquel l’homme d’affaires fait le point sur les résultats et projets du groupe, se confie sur les priorités qu’il se donne comme président d’Eurocham et nous livre aussi quelques détails sur le personnage privé. 

2016 vient de se terminer, êtes-vous satisfait ? Le concept de cuisine de qualité que vous avez développé au cours des années, est-il toujours aussi porteur ?
Je pense qu’il y a eu de gros progrès dans le secteur de la restauration en général au Cambodge, et c’est une bonne chose. Cela contribue à améliorer très sensiblement l’image du Cambodge comme destination touristique. Chez Thalias, nous poursuivons notre démarche qualitative, mais une démarche réaliste, nous faisons de notre mieux, avec nos moyens et en tenant compte du contexte. C’est vrai qu’il y a beaucoup de nouvelles ouvertures, cela n’affecte pas réellement le développement de la fréquentation de nos établissements, peut-être de façon ponctuelle, lors d’une nouvelle ouverture par exemple mais, globalement, la fréquentation de nos restaurants et de notre hôtel connait une courbe de croissance régulière et très satisfaisante. Quant aux nouveaux établissements qui ouvrent, les touristes qui viennent ont ainsi plus de choix et je trouve cela bien. Enfin, le restaurant Topaz va prochainement recevoir de la part du Ministère du tourisme sa classification cinq étoiles, et cela est une très belle reconnaissance du travail de qualité effectué par l’équipe qui anime ce restaurant. 

Arnaud DARC, patron du groupe Thalias (Topaz, Malis, Arunreas et Khéma)
Arnaud DARC, patron du groupe Thalias (Topaz, Malis, Arunreas et Khéma)
La métamorphose très rapide du Cambodge vous oblige-t-elle à vous adapter ?
A l’évidence, oui. Nous avons un nombre de visiteurs chinois qui croit régulièrement, et il est nécessaire de s’adapter, c’est une clientèle qui aime se retrouver autour d’une bonne table française ou cambodgienne, mais ils apprécient de pouvoir bénéficier d’un service dans leur langue et d’avoir des interlocuteurs qui les comprennent. Il est donc utile d’avoir une partie de notre personnel qui soit capable d’accueillir ce type de clientèle, donc de parler leur langue, d’être à l’écoute de leurs attentes, oui il faut s’adapter et nous y travaillons. 

Vous avez développé un concept d’hôtel de luxe couplé à un restaurant (Khéma – Arunreas), qui marche bien auprès de la clientèle d’affaires, allez-vous étendre ce concept ?
Oui. Les deux concepts fonctionnent bien. Khéma est aujourd’hui plus qu’un point de vente, c’est devenu une marque reconnue et plutôt appréciée. Il est très probable que nous étendions la ‘’marque’’ dans les deux autres grandes villes du pays et peut-être aussi à Phnom Penh. Quant à Arunreas, le concept assez original que nous avions imaginé, un hôtel pour la clientèle d’affaires mais bâti en tenant compte de l’esprit et de la culture khmère  est très bien perçu. Je crois aussi que la qualité haut-de-gamme des services que nous proposons à cette clientèle, et qui reste dans la fourchette des prix habituellement pratiqués dans ce secteur, contribue largement au joli succès d’Arunreas. Nous cherchons d’ailleurs à agrandir l’Arunreas existant à Phnom Penh et, bien sûr, nous envisageons très sérieusement d’en ouvrir un à Sihanoukville et un autre à Siem Reap. Les projets sont prêts, nous travaillons actuellement sur les emplacements et sur les financements. 

D’autres projets en cours ?
Dans un proche avenir, en avril de cette année très certainement, nous allons ouvrir un établissement qui s’appellera ‘’La Poste’’, et qui sera situé en face du Ministère de la Poste et des télécommunications à Phnom Penh. Ce sera une brasserie inspirée du modèle français, mais qui proposera aura aussi à la carte une sélection  des meilleures spécialités khmères. Nous proposerons aussi à notre clientèle un petit voyage culturel et vintage avec une décoration faite de cartes postales anciennes, de posters de l’époque, et même de lettres du début du siècle dernier.

Vous avez opéré un petit changement identitaire (Thalias – Thalias Hospitality), allez-vous étendre les activités du groupe à d’autres domaines ?
Nous avons voulu tout simplement redonner un graphisme, une image, un reflet  un peu plus ‘’corporate’’ à notre logo et donc à notre groupe. Cette nouvelle identité visuelle n’est qu’une volonté de renforcer notre identité en tant que groupe d’affaires spécialisé dans la restauration et l’hôtellerie. Nous avons eu quelques remarques concernant notre précédent logo qui n’était, apparemment,  pas assez explicite sur notre activité professionnelle.

Vous êtes devenu président d’Eurocham, la chambre est devenue très active avec beaucoup d’actions de communication et d’informations pratiques. Était-ce un projet qui vous tenait à cœur ou est-ce la conjoncture qui vous l’impose ?
Sincèrement, je ne suis qu’un maillon dans l’évolution du travail effectué par Eurocham depuis le départ. S’il nous est possible de travailler beaucoup plus sur l’information vers les entreprises aujourd’hui, c’est parce que nous avons une équipe de professionnels plus étoffée grâce à un financement européen. Dans un pays qui évolue en permanence il est important d’aider nos membres, les adhérents d’Eurocham, en les informant de façon efficace sur l’ensemble des mesures qui touchent à la vie de l’entreprise, que ce soit pour une entreprise installée ou un nouvel arrivant. Sur bien des aspects, la réglementation, les taxes, l’environnement business, nous souhaitons qu’Eurocham puisse fournir une aide précise, complète, une information professionnelle et constamment actualisée vers ses adhérents, c’est sa vocation première. C’est pour cela que nous avons pratiquement un évènement par semaine, en raison de la réglementation et de l’environnement d’affaires qui évoluent très rapidement dans le royaume ces derniers temps.

Un landmark dans vos interventions reste le forum de Sihanoukville, êtes-vous optimiste sur cette volonté de développement plus régulé ?
Oui. Je crois même que la démarche de proposer un cadre de développement plus rigoureux, et susceptible de participer à un développement touristique et donc économique, aurait pu être enclenchée plus tôt. Mais, le principal  est que le processus ait pu démarrer. Un cadre juridique bien pensé, qui tient compte des spécificités environnementales, des cadres de vie, des contraintes de destination touristique, et qui est respecté, doit être amélioré et mis en application rapidement. Imaginez-vous en train de construire un resort de luxe au bord de mer et voir ensuite les bulldozers arriver pour construire des tours en face de vos bungalows…non…c’est ce type de mésaventure que nous voulons éviter. Et le forum a été l’occasion de constater qu’il y avait un large consensus sur cette priorité, et une volonté partagée par le Ministre du tourisme également.  J’ajouterais aussi que les mesures que nous voulons mettre en place pour garantir un développement touristique de façon pérenne et harmonieuse devront être appliquées pour tous les projets de construction quel que soit l’origine des investisseurs. Quant aux mutations que connaîtra la région côtière, ce n’est qu’une logique que nous avons déjà pu observer chez nos voisins thaïlandais. D’abord destination privilégiée des backpackers, donc des petits budgets, les stations balnéaires se sont modernisées, ont évolué vers une destination pour une clientèle plus aisée, et sont devenues un pan entier de l’économie thaïlandaise. Je pense que cette logique s’applique aussi au Cambodge. La destination côtière est très intéressante économiquement. A l’inverse des temples qu’on ne visite qu’une fois en général, sur des séjours plutôt courts, la plage est un endroit où l’on revient régulièrement, et pour des séjours plus longs, je crois d’ailleurs que la moyenne thaïlandaise est de neuf jours.

Comme tous les gens qui réussissent, vous êtes respecté. Toutefois comme de nombreux dirigeants d’organismes consulaires, cela suscite parfois quelques critiques.
C’est normal, j’ai déjà entendu ces critiques…Mais il est normal que les professionnels d’un secteur s’investissent dans des activités consulaires, pour leur intérêt propre et pour celui de la communauté d’affaires qui travaille dans ce secteur. Je n’invente rien en disant que l’union fait la force et qu’il est préférable de travailler ensemble au sein d’organismes comme les chambres de commerces ou les associations. Si je pense que des actions ou des mesures vont être bénéfiques pour mon entreprise, elles le seront aussi, probablement, pour mes concurrents ou collègues et il est logique de les proposer et d’en débattre entre professionnels. Mieux vaut se partager un gâteau que nous essayons tous de faire grossir plutôt que de se chamailler autour de celui qui ne change pas de taille…

Arnaud DARC, patron du groupe Thalias
Arnaud DARC, patron du groupe Thalias 
Comment se déroule la journée d’Arnaud Darc ?
Elle commence à 5h30 et se termine aux alentours de minuit…J’ai un emploi du temps très chargé, d’abord par mon activité professionnelle, par mon travail au sein d’Eurocham et d’autres associations professionnelles, et en raison de beaucoup de sollicitations également. Je passe énormément de temps en rendez-vous. Mes déjeuners et dîners ne sont plus des « pauses », ce sont fréquemment des repas d’affaires. Toutefois, depuis quelque temps, je me réserve mes dîners en famille. 

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer, ambition, passion, l’expérience unique ?
La passion évidemment…j’aime mon travail et, j’en ai déjà parlé auparavant, Thalias a débuté comme une petite structure. Il y a aujourd’hui 500 employés dont certains sont les enfants de ceux que j’ai embauchés au tout début. Certains de ces derniers n’avaient pas de situation, venaient de milieux difficiles, ils sont à présent bien installés et fiers de travailler pour Thalias, et encore plus fiers que leurs enfants y travaillent également. Le coté familial du début s’est un peu effacé, nous sommes beaucoup aujourd’hui, mais une vraie culture d’entreprise s’est développée. Nous avons eu récemment notre dîner annuel en présence de l’ensemble des collaborateurs et employés du groupe et c’était une très belle satisfaction de voir tout ce monde-là réuni, heureux et fier. Ça, c’est une vraie, belle, et immense satisfaction.

Jamais eu envie de changer de domaine ?
Non, je suis né dans un hôtel, littéralement, et, malgré les conseils de mes parents, j’ai toujours voulu continuer dans cette branche et je m’y suis immergé professionnellement très jeune, dès l’âge de quinze ans. Ceci dit, j’ai un Master en Management et je reste ouvert à d’autres opportunités.

Savez-vous cuisiner ?
Oui, et j’adore cela…

Qu’est-ce qui énerve le plus Arnaud Darc ?
J’aime résoudre les conflits sereinement, si j’estime que les conditions idéales à leur résolution ne sont pas réunies je m’attache à ce qu’elles le soient dans un premier temps avant d’essayer de trouver une solution. Si je devais citer des défauts qui me déplaisent profondément : la vulgarité, le manque de respect envers autrui, l’emportement et la malhonnêteté intellectuelle. Je peux en accepter des manifestations accidentelles une fois si c’est une réaction de défense, parfois compréhensible, mais pas de façon répétée ou caractérisée.

Vos passions personnelles ? 
Mon travail…(Sourire)…encore une fois, j’adore mon métier. Je n’ai plus le temps de lire ni trop de regarder des films, mais j’arrive à regarder quelques séries. J’ai bien rigolé avec Boston Legal, j’ai adoré les dialogues dans West Wings. Quant au cinéma, je suis de la génération de ceux qui aimaient surtout Lelouch, Truffaut et Sautet.

Vous êtes relativement discret sur le ‘’personnage privé’’ Arnaud Darc, volonté délibérée, manque de temps ou l’occasion ne s’est jamais présentée ?
Ma famille, étendue à mes amis les plus proches, compose un tout petit cercle fermé qui, en fait, constitue mon jardin secret. J’ai un compte Facebook sur lequel je poste ou partage des informations que j’estime intéressantes et qui font partie de ma vie publique. 

Pourquoi vous aimez le Cambodge ?
Parce que les Cambodgiens sont des gens uniques que j’aime. Ils ont envie d’apprendre, ils sont capables de loyauté, de fidélité et on parfois cette naïveté saine qui m’apporte un regard plus simpliste sur le temps qui passe. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce qui s’est passé il y a quarante ans et les conséquences encore perceptibles aujourd’hui, bien sûr, mais le côté positif des Cambodgiens est celui que j’aime à retenir. Le Cambodge est aussi un pays où il est relativement facile de s’installer et d’entreprendre. Il n’y a pas tant de contraintes que cela, à l’inverse de certains pays voisins ou même ailleurs. Cela favorise la libre entreprise et l’initiative. 



Pays/territoire : Cambodia
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