mardi, février 14, 2017

Histoire : Indradevi, reine, féministe, stratège et poète...

L'histoire n'a pas retenu sa date de naissance précise, mais se rappelle bien de l'épouse de Jayavarman VII, la reine Indradevi, comme étant l'une des premières conjointes royales à avoir fortement influencé les affaires de l'empire. Indradevi était la sœur aînée de la première épouse de Jayavarman, Jayarajadevi. Avant que son beau-frère ne devienne roi, il était souvent absent, Indradevi avait pour habitude de venir réconforter sa sœur en lui contant les préceptes du bouddhisme. Quand Jayavarman VII monta sur le trône, la reine Jayarajadevi était devenue très populaire pour avoir fait don de tous ses biens aux pauvres. Mais Jayarajadevi mourut assez rapidement, et le roi se remaria avec Indradevi.

La reine Indradevi
Belle, très belle, comme en témoignent les bas-reliefs du temple du Bayon montrant une reine aux yeux de chat, aux lèvres abondantes et aux traits finement dessinés, la reine Indradevi  était aussi décrite comme intelligente et cultivée, et le roi ne chercha jamais à minimiser son influence sur les affaires d'état, en particulier pour son action en faveur des jeunes filles et des femmes. Pour sa connaissance approfondie du sanskrit et son sens du dévouement, Jayavarman VII lui avait donné rapidement la responsabilité de trois universités bouddhistes destinées aux femmes. C'est elle qui, à travers son enseignement, poussa les Khmères à s'émanciper par l'éducation, le travail, et la religion bouddhiste dont elle appréciait tout particulièrement les préceptes et tenait à en diffuser l'enseignement le plus largement possible. 

La reine Indradevi
La reine Indradevi était habile à gérer les affaires du gouvernement lorsque que son mari partait guerroyer. Elle organisait des réunions de travail, prenait des décisions pour mettre en oeuvre les directives du roi, rappelait aux responsables les grandes ambitions du monarque et les programmes de construction de l'empire qui comprenaient à la fois des infrastructures et des monuments. A rappeler en effet que le règne de Jayavarman VII fut aussi marqué par une politique sociale largement encouragée par Indradevi, il fit construire beaucoup d’hôpitaux, tenta d'améliorer les systèmes d'irrigation, et de regrouper les populations tout en centralisant l'appareil d'état. Alors que la plupart des programmes sociaux contemporains sont nés à travers les luttes ou les révolutions, ces changements provinrent de la royauté elle-même... Tandis que les civilisations hindoues ont souvent limité l'éducation aux hommes, les monastères construits sous Jayavarman VII étaient des écoles ouvertes et des centres de formation qui accueillaient des hommes et des femmes, des filles et des garçons. 

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Dans cette illustration du Bayon ci-dessus, il apparaît que la reine Indradevi et la reine Jayarajadevi sont représentées comme des professeurs enseignant à des groupes d'étudiants. D'autres bas-reliefs montrent également la reine assise devant Jayavarman VII, ce qui laisse supposer que ce grand conquérant reconnaissait aussi Indradevi comme un fin stratège militaire et entendait aussi lui donner publiquement la reconnaissance qu'il éprouvait pour cette épouse dévouée à son roi, à ses ambitions et à la cause du peuple. 

De nombreux historiens soulignent que ce roi Khmer n'aurait pas pu réaliser ses ambitions sans la Reine Indradevi et, aussi, la Reine Jayarajadevi à ses côtés. Elles l'ont aidé à organiser et gérer son vaste empire. C'est sous son règne qu'Angkor Thom est devenue une vaste métropole d'un million d'habitants au 12ème siècle. Mais Indradevi n'était pas seulement l'épouse éclairée du monarque, elle était aussi une poète. Certains de ses écrits en sanskrit, et à la gloire de son souverain bien-aimé, ont été retrouvés sur une stèle à Phimeanakas dans la province de Siem Reap. En voici la traduction : 

Dans la ville nommée Temple de la Patience,
Dans la ville d'Ancien Éloquence, et finalement
Dans la ville d'Angkor, cette fille brahmane de rang royal
Devint la bien-aimée du roi Jayavarman.

Sa tête baissée sur les pieds levés du roi,
Elle s'approcha du Gange, dont les pieds tombés reposaient sur la tête de Shiva.
Parmi les amants qui aimaient apprendre, elle répandit les faveurs du roi,
Beaux nectars sous forme d'apprentissage.

Sage par nature, un polymat, parfaitement pur,
Consacré au roi Jayavarman,
Ayant composé ce paean pur
Au détriment de tous les autres arts, elle luisait.



Pays/territoire : Krong Siem Reap, Cambodia
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