lundi, février 27, 2017

Documentaire - Disponible en ligne : Scars of Cambodia

Scars of Cambodia est à la fois un film, une série photographique et un web documentaire. Le binôme français Emilie Arfeuil, photographe, et Alexandre Liebert, réalisateur, témoignent de l’histoire du régime Khmer Rouge à travers le portrait d’un Cambodgien qui en porte les cicatrices corporelles et morales.

Tut  héros de  Scars of Cambodia. Photographie fournie
Tut, héros de  Scars of Cambodia. Photographie fournie
Le sujet : Tut est un pêcheur de 52 ans vivant à Kampot. Malgré la barrière de la langue, il a raconté, pour la première fois et sans mots, son passé sous les Khmers Rouges, à une photographe et un réalisateur, mimant les tortures subites en prison l’année de ses 15 ans. Ce projet partage cette rencontre intime et témoigne de la mémoire enfouie, de la manière dont elle transparaît dans les gestes, les attitudes et les regards, la manière dont elle marque quelqu’un à vie et constitue une personne. Les traumas physiques et psychologiques de Tut permettent de mettre en lumière les cicatrices historiques du Cambodge.

RENCONTRE
Il est de ces rencontres dues au hasard qui marquent une vie. Au bas de son immeuble, au café d’en face ou à l’autre bout du monde. C’est par hasard qu’Emilie et Alexandre ont fait la connaissance de Tut, un pêcheur de 52 ans, dans une petite rue de maisons sur pilotis, en périphérie de la ville de Kampot. La ressemblance d’Emilie avec l’une des sœurs perdues de Tut déclencha la rencontre, la curiosité réciproque, puis le retour de la mémoire et le besoin soudain de raconter. C’est plus de 30 ans plus tard que Tut choisit de se livrer pour la première fois. Après deux voyages, entre 2012 et 2013, et plus de 5 mois passés au Cambodge, une intimité profonde et une véritable confiance se sont construites entre Tut et le couple d‘artistes. C’est grâce à cette confiance que pour la première fois, à travers les souvenirs de son passé, il a dévoilé l’horreur du régime de Polpot.

UN TÉMOIGNAGE SILENCIEUX
Dès la première rencontre en Août 2010, Tut a de lui-même décidé d‘aborder ce douloureux sujet et de se confier à eux, comme si cela était naturel de leur en parler, comme si le moment était enfin venu. Lorsqu’ils reviennent un an et demi plus tard avec leurs caméras, ils décident de ne pas l’interroger : ils lui donnent simplement la parole. La barrière de la langue enclenche une communication sans mots qu’ils choisiront de garder intacte : ils ne feront pas appel à un traducteur, il ne feront pas d‘interviews. Lorsque les mots ou la langue créent une distance, le langage du corps, lui, crée une proximité directe, sensorielle, émotive, parfois très crue et violente, face aux assauts de la mémoire. La transmission de la mémoire restera donc silencieuse, à travers des gestes et des écrits, dans le cadre d’une rencontre intime et non formelle. 


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Les deux artistes auteurs du projet vont plus loin que la simple réalité documentaire, et grâce à la confiance mise en place, créent des mises en scène avec Tut. Dans des jeux de lumière, ils mettent en avant les traces de son passé sur son visage et son corps. Emilie Arfeuil, la photographe, décrit la cicatrice au sens premier du terme, en tant que marque physique inaltérable. Pour cela, elle utilise la technique du light painting. Il s’agit d’un temps de pose long dans le noir total, où elle peint avec une lampe torche sur le corps afin de choisir la direction de la lumière, dans une sorte de chorégraphie. Cette technique oblige le modèle à rester totalement immobile pendant toute la durée de la prise de vue, et crée une réelle intimité entre le photographe et le modèle. La lumière met en relief les marques du passé sur le corps de Tut en l‘isolant de son environnement et de son présent.

Alexandre Liebert réalise quant à lui un documentaire silencieux, principalement axé sur le visuel et le sensoriel, où le scénariste est Tut lui-même, de par sa mémoire mais aussi sa vie aujourd’hui. Tut ne parle ni français ni anglais, Alexandre ne parle pas khmer. Son unique moyen de communication est le langage du corps, élément visuellement intense possédant une réelle puissance dramaturgique. La caméra se positionne à la fois en observatrice de cette réalité où le passé refait surface, mais passe également par de la mise en scène pour mettre en lumière certains aspects de ses souvenirs. Il applique également la technique du « light painting » à la vidéo pour filmer les marques sur le corps, explorer son épiderme dans le noir total à l’aide d’une lampe torche pour dévoiler la marque indélébile de l’Histoire. Son approche du sujet a la particularité d’allier une esthétique et des techniques issues de la fiction à une écriture documentaire.

Les récompenses :

FILM
- Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand 2014
 - Prix de la meillleure Photographie & Prix de la meilleure Musique Originale (France)
- SEDICICORTO IFFF 2014 (Italie)
- Festival Partie(s) de Campagne 2014 (France)
- Festival des Films du Monde 2014 (Québec)
- Phnom Penh International Film Festival 2014 (Cambodge)
- DocsDF / Festival Internacional de Cinema Documental 2014 (Mexique)
- XXXI Festival de Cine de Bogotá (Colombie)

SÉRIE PHOTO
- Lauréate du concours “Rendez-vous à Arles avec votre livre”. Série éditée dans la collection créée par Chez Higgins,
Photographie.com et Blurb / 2013
- Finaliste de la Bourse du Talent #53 Reportage 2013
- Exposition au Centre Bophana, à Phnom Penh / Décembre 2012



Pays/territoire : Cambodia
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