mardi, février 28, 2017

Cambodge - Eurocham - Débat : Les nouveaux challenges économiques du royaume

Depuis le premier juillet 2016, le Cambodge est passé de la catégorie des pays à faible revenu à celle des pays à revenu intermédiaire inférieur, une classification établie par la Banque Mondiale et dont le critère d'évaluation est le revenu moyen annuel par habitant. A rappeler que la classification attribuée au Cambodge correspond à celle des pays dont la tranche de Revenu National Brut par habitant est comprise entre 1026 et 4035 dollars US par an. Si cette information a eu peu d'impact auprès de la population, pour l'instant, elle fait néanmoins la fierté des décideurs car cela témoigne d'un certain succès dans la réduction de la pauvreté et dans les efforts visant à améliorer le revenu moyen par habitant. 

Les nouveaux challenges économiques du royaume
Débat  : Les nouveaux challenges économiques du royaume
Toutefois, cette nouvelle classification pourrait rapidement devenir un véritable challenge pour le pays dans les années à venir car, un certains nombre de facteurs qui ont largement contribué au développement économique rapide et spectaculaire du royaume, tels l'aide internationale, les traitements commerciaux préférentiels à l'export, les possibilités d'emprunt auprès des grandes institutions, le contexte favorable à l'agriculture et l'abondance d'une main d'oeuvre bon marché, risquent de ne plus être les principaux éléments déterminants pour une croissance économique pérenne. Une série de réformes et un besoin de diversification dans les industries leaders deviennent des priorités pour que le royaume du Cambodge puisse soutenir bien davantage son propre développement par les échanges et l'investissement.

Revue économique : Rester compétitif en devenant un pays à revenu intermédiaire inférieur...était le thème d'un déjeuner-débat organisé par Eurocham ces jours-ci, réunissant plus d'une centaine de dirigeants d'entreprises dans les salons du Sofitel. Cette rencontre était animée par Miguel Eduardo Sánchez, analyste économique senior à la Banque Mondiale, et fort d'expériences solides en matière de développement économique, de commerce extérieur et de politique budgétaire dans les pays du sud. L'économiste de la Banque Mondiale a d'abord proposé un exposé assez technique et plutôt bien abondé en statistiques concernant les principaux secteurs d'activité du Cambodge, a souligné ensuite les principaux besoins de réformes avant de se prêter enfin au jeu des questions-réponses.

Miguel Eduardo Sánchez, analyste économique senior à la Banque Mondiale.
Miguel Eduardo Sánchez, analyste économique senior à la Banque Mondiale.
Au cours des deux dernières décennies, le Cambodge a été la septième économie à la croissance la plus rapide au monde, et la deuxième en termes d'exportations de biens et de services. Le succès a été stimulé par une combinaison de facteurs, mentionnés dans notre introduction, qui ont stimulé la croissance mais sur lesquels le Cambodge ne pourra peut-être plus compter à lavenir. Concernant l'évolution de la part des secteurs d'activité qui ont contribué à la croissance du PIB entre 1994 et 2015, le schéma ci-dessous montre bien les fluctuations des rôles joués par chacun des secteurs, avec une diminution significative de la part des revenus agricoles (en gris), une relative stabilité de celle du textile (en jaune), et une stabilité également des services qui comprennent tourisme transports, santé, divertissement, formation et secteurs financier (en bleu foncé). On remarque enfin la part croissante de la construction et de l'immobilier (en vert) globalement entre 1995 et 2015, avec toutefois des amplitudes plutôt impressionnantes...ce qui ne sera une surprise pour personne.

La contribution des différents secteurs à la croissance du PIB. Source Comptabilité Nationale
La contribution des différents secteurs à la croissance du PIB. Source Comptabilité Nationale
Parmi les facteurs qui ont largement favorisé et stimulé la croissance ces dernières années, Miguel Eduardo Sánchez mentionne également la progression rapide des exportations de biens et services (+ 19,6%), l'ouverture de marchés à l'export avec des conditions avantageuses, la mise en place de régulations dans les secteurs de la banque, des services financiers et des conditions d'investissement. A rappeler également l'abondante aide étrangère, l'ouverture aux capitaux étrangers avec un environnement favorable pour les investisseurs étrangers, et l'absence d'interventionnisme dans les prix de vente du secteur agricole .

Agriculture traditionnelle au Cambodge
Agriculture traditionnelle au Cambodge
Ce qui pourrait changer parmi quelques-uns de ces facteurs, indique l'économiste, serait le besoin pour l'agriculture cambodgienne de se diversifier et d’accroître ses rendements au lieu de poursuivre une politique d'expansion foncière au détriment d'une agriculture intensive. Cela induirait de meilleurs schémas d'irrigation, une collaboration entre le public et le privé pour la recherche de technologies productives adaptées au pays, plus de mécanisation et l'introduction de nouveaux standards en matière d'image et de marques, permettant au Cambodge de développer une identité ''produits'' plus performante. Enfin, le niveau des salaires et la tendance à la hausse susceptibles d'obérer le modèle low-cost (bon marché) développé pour l'export, et la réduction des aides non-remboursables au bénéfices de prêts sont autant de facteurs pouvant influer à terme sur l'avenir économique du pays. 

Ouvrières du textile au Cambodge
Ouvrières du textile au Cambodge
Au sujet des exports, il est à souligner que, contrairement à ses voisins, le Cambodge concentre 80% de ses exportations dans le textile et la chaussure, une tendance qui ne s'est jamais infléchie depuis 1999. Les débouchés à l'export restent concentrés sur quelques clients et, le secteur bénéficie de traitement préférentiel de la part de l'Union Européenne, des USA, de la Chine, du Japon, du Canada et de l'ASEAN. Et, les incertitudes demeurent quant au maintien de ces conditions avantageuses même si leur attribution ne dépend pas directement de la Banque Mondiale. Enfin, Miguel Eduardo Sánchez avance le manque de produits nouveaux dans ce secteur, le taux de ''renouvellement-produit'' étant tombé de 25 à 10% seulement ces dernières années. Sont avancées également la parité Dollar - Euro et la dépendance du secteur aux matières premières importées qui risquent de pénaliser le développement.

Parmi les participants du débat, Arnaud Darc, George Edgar, Anthony Galliano et Miguel Eduardo Sánchez
Parmi les participants du débat, Arnaud Darc, George Edgar, Anthony Galliano et Miguel Eduardo Sánchez
Si des progrès notables sont constatés en matière d'environnement d'affaires, la création d'entreprise reste soumise à des formalités plutôt souples et les taxes restent à un niveau intéressant pour les investisseurs, le Cambodge doit encore surmonter quelques obstacles dans ce secteur. Les ''pratiques informelles'' durant l'enregistrement d'une société restent encore à un niveau élevé, les transports et la logistique sont encore perfectibles alors que le Cambodge propose un coût d'export au container raisonnable mais supérieur à ses voisins asiatiques : 795$ US, contre 595 en Thailande (le plus bas), 610 au Vietnam et 620 au Myanmar. Le tableau ne serait pas complet sans mentionner le problème de l'énergie, en particulier l'électricité qui reste parmi la plus chère du Sud-est asiatique, le manque de recherche et de développement, les technologies de pointe limitées et le manque de scientifiques et d'ingénieurs et aussi de main d'oeuvre qualifiée...Pour conclure sur ces éléments qui méritent une attention toute particulière, Miguel Eduardo Sánchez mentionne le manque d'épargne dans le pays et la progression encore faible des dépôts domestiques. Alors que la bancarisation connait quelques progrès, elle demeure, aussi, insuffisante.

Concernant les finances publiques, l'économiste a mis en avant les efforts du gouvernement pour implémenter plus efficacement la collecte des impôts et taxes qui a permis de réduire l'impact du déclin des aides étrangères, déjà amorcé. Bonne tenue des finances publiques annoncée, avec des augmentations de salaire pour les agents de l'état et des dépenses globales contrôlées, masse monétaire disponible en augmentation avec l'afflux d'investissements directs mais une dollarisation accrue, augmentation significative des emprunts par le secteur privé encouragée par un accès plus facile au crédit sont aussi des tendances avancées par la Banque Mondiale, et pour lesquelles il est souhaitable d'introduire un peu plus de régulation et des clignotants notamment dans la gestion du risque financier, des garanties d'emprunt et des mesures conservatoires en cas de risque d'insolvabilité.

Miguel Eduardo Sánchez
Miguel Eduardo Sánchez
En réponse à quelques questions après son exposé, l'analyste de la Banque Mondiale n'a pas manqué de faire valoir son optimisme même si : ''...Les projections et analyses que nous proposons sont basées sur des modèles déjà connus avec d'autres pays ayant changé de statut, il y a des facteurs récurrents, mais il n'y  a pas de solution universelle ni de recette miracle. Je pense que le Cambodge est à même d'opérer sa transition et de relever les challenges à venir, cela prendra quelques années, peut-être dix, mais c'est tout-à-fait possible...''.

Débat  : Les nouveaux challenges économiques du royaume
Débat  : Les nouveaux challenges économiques du royaume


Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire