dimanche, février 26, 2017

Cambodge - CETC : Im Chaem la Khmer Rouge ne sera pas jugée...

Les chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens (CETC) ont décidé de ne pas donner suite aux poursuites engagées en 2015 contre Im Chaem, ancienne responsable de district durant le régime khmer rouge, arguant dans un communiqué que Chaem, aujourd'hui dans sa soixantaine, n'était pas un haut responsable du régime. Par conséquent, Im Chaem ne serait pas soumise à la juridiction des CETC, ce qui signifie qu'elle ne sera pas jugée et que toutes les demandes des parties civiles (287 requérants) relatives à Im Chaem sont rejetées. Les juges se sont appuyés sur l'article 1 de la loi sur les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens stipulant que le tribunal avait pour objet ''...de juger les hauts dirigeants du Kampuchéa démocratique et ceux qui étaient les plus responsables des crimes et violations graves du droit pénal cambodgien entre le 17 avril 1975 et le 6 janvier 1979...".

Im Chaem. Photographie VOA
Im Chaem. Photographie VOA
De 1976 à 1979, Mme Chaem était responsable de la mise en place de bureaux de sécurité dans les deux secteurs dont elle avait la charge, le secteur 13 dans le district de Koh Andet (zone sud-ouest) et plus tard le district Preah Net Preah (secteur 5 de la zone nord-ouest). Pour les procureurs internationaux des CETC, la position de Mme Chaem lui donnait le pouvoir et l'autorité pour prendre des décisions importantes, y compris l’exécution, la mise en détention ou l'affectation aux travaux forcés des civils. Chaem aurait initié et mis en route la construction du barrage de Spean Spreng et du réservoir de Prey Roneam, chantiers au sein desquels les conditions éprouvantes et assimilables à l'asservissement étaient évidentes. Elle était également accusée d'avoir à l'époque, fait exécuter des Cambodgiens soupçonnés d'être associés au Vietnam, au régime Lon Nol et, quiconque était considéré comme "ennemi" du PCK. Ces responsabilités lui auraient été directement confiées par Pol Pot, démontrant ainsi ses liens étroits avec les plus hauts niveaux du PCK (Parti communiste du Kampuchéa) et la confiance que les principaux dirigeants khmers rouges avaient dans Im Chaem pour mettre en œuvre les programmes du PCK.

Le procureur national, n'était pas d'accord et s'en est tenu à la position locale officielle : ''...Elle n'avait pas de rôle majeur et n'était pas un haut responsable...''. Des contraintes budgétaires ont également été invoquées. Mme Chaem avait été accusée in absentia, le 3 mars 2015, d'homicide, de crimes contre l'humanité, de meurtre, d'asservissement et d'emprisonnement. Elle devait également faire face à des accusations d'extermination et de persécution pour des raisons politiques, qui ont été publiées par l'ancien juge international Mark Harmon, qui démissionnera quatre mois plus tard pour des raisons personnelles. Chaem était devenue très médiatique lorsqu'en 2010, une sorte de réconciliation - dialogue  avait eu lieu, avec moult échos dans la presse, entre elle et l'une des anciennes victimes des camps de travail khmers rouges placés sous sa responsabilité : Youk Chhang. Chhang est aussi le directeur du DC-Cam, le centre de documentation dont les équipes ont beaucoup travaillé sur cette période noire du Cambodge et donc sur ces camps de travail. Son équipe a passé plus de 20 ans à documenter les horreurs du régime et a fourni un demi-million de documents au tribunal. Concernant cette décision des tribunaux de ne pas poursuivre Im Chaem,  Chhang dira : ''...Tant que les juges ont suivi les procédures et ont travaillé sur la recherche de preuves, nous devons accepter la décision, mais cela peut être parfois difficile à avaler...''.

Depuis sa création, le tribunal a été contesté et sujet ensuite à des luttes intestines, des pressions, des démissions et des pénuries de financement pour traduire correctement en justice ''...les plus responsables...'' de la mort d'un cinquième de la population entre 1975 et 1979.


Pays/territoire : Cambodia
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